Voyage

Les 8 plateformes panoramiques les plus terrifiantes du monde

Le Pas dans le Vide, nouveau perchoir situé à 3856 mètres d'altitude dans les Alpes, est-il le seul à pouvoir vous glacer le sang ?

De Roff Smith

« Il me faut des torrents, des rochers, des sapins, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés, qui me fassent bien peur, » écrit Jean-Jacques Rousseau à propos de son amour pour la randonnée dans les Alpes. « Ce qu'il y a de plaisant dans mon goût pour les lieux escarpés est qu'ils me font tourner la tête ; et j'aime beaucoup ce tournoiement, pourvu que je sois en sûreté. »

Rousseau n’était pas le seul à apprécier les lieux escarpés et le tournoiement. Dans toute l’Europe, les gentilshommes et les gentes dames du 18e siècle sur le « Grand Tour » randonnaient dans les montagnes, se penchaient au-dessus des abysses et se tenaient au bord des falaises dans une quête de ce qu’ils appelaient « le sublime », c’est-à-dire des vues aussi magnifiques que terrifiantes.

Certaines choses ne changent jamais. Trois siècles plus tard, il semblerait que l’on continue à ressentir quelque chose de, eh bien, de sublime, en prenant de la hauteur et en se faisant peur avec des vues qui donnent le tournis.

Grâce à l’ingénierie moderne, il est aujourd’hui possible de rechercher le sublime d’une façon encore plus palpitante que ne l’auraient imaginé Rousseau et les autres romantiques du 18e siècle : à partir de plateformes perchées de façon précaire au-dessus des précipices, sur les rebords des gratte-ciels à plus de 300 mètres au-dessus du trottoir, et sur les pointes exposées des tours de communication à plusieurs dizaines de mètres du sol.

La plus terrifiante, et la plus sublime, de toutes est sans aucun doute le Pas dans le Vide, une plateforme panoramique qui a ouvert en décembre 2013 sur la terrasse du sommet de l’Aiguille du Midi, à 3856 mètres d’altitude, au cœur de l’ancien terrain de jeu de Rousseau près de Chamonix dans les Alpes.

Se tenir au sommet de l’abrupte et rocheuse Aiguille du Midi est en soit déjà intimidant, mais ce « skywalk » offre un niveau supérieur de sublime car il permet de s’avancer dans un cube de verre à cinq faces qui s’étend au-dessus du précipice, avec rien d’autre sous les pieds qu’un sol de verre et un peu plus de 1000 mètres d’air alpin jusqu’aux glaciers en-dessous. Une vue magnifique sur le Mont Blanc et Chamonix s’offre à vous, mais la vue qui finira par capter toute votre imagination et vous glacer le sang sera celle qui s’ouvre sous vos pieds.

On peut imaginer que Rousseau aurait adoré : il suffit de prendre le téléphérique pendant une vingtaine de minutes pour atteindre cet endroit qui, petit bonus, est en toute sécurité. La structure se compose de cinq vitres épaisses d’un centimètre en verre spécialement renforcé, et a été spécialement conçue pour supporter des vents soufflant à 225 km/h. Les visiteurs doivent enfiler des chaussures spéciales pour que le sol reste propre et transparent et pour éviter les rayures. Tout est fait pour assurer une parfaite sensation du sublime.

Voici sept autres plateformes panoramiques parmi les plus terrifiantes du monde :

Il faut avoir le cœur bien accroché pour se promener au-dessus des précipices du Grand Canyon sur cette passerelle de verre. Le chemin est long avant d’atteindre le Colorado vu du dessus. Si vous veniez à en tomber, vous toucheriez le sol entre 150 et 244 mètres plus bas. Cette passerelle en porte-à-faux en forme de fer à cheval emmène les visiteurs à une distance de 21 mètres du rebord du canyon.

Une vue étourdissante du centre-ville de Chicago, du lac Michigan et de la campagne environnante à 80 kilomètres à la ronde, c’est ce qui vous attend dans les balcons de verre en saillie du 103e étage de la Wills Tower (anciennement connue sous le nom de Sears Tower), à environ 412 mètres au-dessus du sol. Par beau temps, vous pouvez apercevoir quatre États : l’Illinois, le Wisconsin, le Michigan et l’Indiana. Mais le meilleur moment de la journée pour y monter est le coucher du soleil, lorsque les lumières de la ville commencent à s’illuminer comme une grande constellation en train de s’étaler sous vos pieds. Ceux qui ont le courage peuvent organiser un petit-déjeuner ou un dîner privé sur ces balcons au sol de verre, voire même y tenir un mariage.

Présenté comme le plus haut et le plus terrifiant pont suspendu d’Europe, cette étroite passerelle (seulement 91 centimètres de large) des Alpes suisses traverse un abysse glacial de 457 mètres de profondeur. Le pont a été construit par une compagnie de téléphérique suisse pour célébrer le centième anniversaire du funiculaire Engelberg-Gerschnialp, situé à proximité, en 1913.

Les torrents occupaient une place de choix dans la liste des choses que Rousseau voulait voir pendant sa quête du sublime, et on fait difficilement plus torrentiel que les chutes d’Iguaçu, une succession de 270 rapides écumants et de chutes d’eau tonitruantes au long de la rivière Iguaçu à la frontière entre l’Argentine et le Brésil. « Mon pauvre Niagara ! » se serait exclamée Eleanor Roosevelt en voyant Iguaçu. La passerelle suspendue surplombant les eaux déferlantes sur une chute de 250 mètres donne le tournis rien qu’à l’idée d’imaginer l’horreur de subir le même chemin.

Se promener sur une passerelle de 1,2 mètre de large ne ressemble en rien à l’idée qu’on se fait d’un défi qui donne des frissons. Après tout, à quand remonte la dernière fois que vous avez perdu l’équilibre et que vous êtes tombé en marchant en plein milieu du trottoir ? Placez ce trottoir à 193 mètres au-dessus du sol d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, sur le pont d’observation en haut de l’antenne de télécommunications de la ville, la Sky Tower, et sa largeur semble tout de suite aussi étroite que la poutre d’un gymnaste. Les visiteurs sont doublement attachés pour des raisons de sécurité. Ils doivent également enfiler une combinaison par-dessus leurs vêtements pour éviter la chute d’un objet qui pourrait blesser quelqu’un en bas. Il y a aussi l’option de sauter de la passerelle. La promenade autour de la passerelle est réputée comme plus terrifiante que le saut car l’exposition est plus longue et les frissons du sublime ont plus de chance de vous faire tourner la tête.

Les plateformes panoramiques ne doivent pas nécessairement être en verre, en acier et à une forte inclinaison pour être terrifiantes. Les architectes norvégiens Tommie Wilhelmsen et Todd Saunders en ont conçu une élégante et merveilleusement pétrifiante avec du bois scandinave classique et des courbes très stylées. Elle surplombe le majestueux fjord Aurland, dans l’est de la Norvège, à une hauteur de plus de 610 mètres. Lorsque vous approchez vers le bout de cette passerelle de bois lisse, elle plonge juste devant vous comme un grand-huit mortel. Tout ce qui vous empêche de plonger avec elle est une vitre de verre. Et, dans la plus pure tradition du sublime, c’est loin de paraître suffisant.

Connu sous le nom d’Escalier vers le néant, ce perchoir précaire à 2743 mètres d’altitude dans les Alpes autrichiennes a ouvert en juillet dernier. Pour y arriver, il faut prendre un téléphérique, suivre un long pont suspendu très exposé qui traverse un abysse de 396 mètres de profondeur et enfin descendre 14 marches à flanc de falaise sur le Hunerkogel pour rejoindre une plateforme panoramique de verre qui offre une vue imprenable sur les Alpes, jusqu’en Slovénie, et, si vous avez le courage de regarder en bas, sur le glacier Dachstein.

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