Les dérives du tourisme animalier : les conclusions de notre grande enquête

"J'ai parcouru le monde pour enquêter sur la souffrance invisible. Voici quelques conseils pour respecter les animaux pendant vos voyages."

Immersion dans l'univers cruel du tourisme animalier.
Immersion dans l'univers cruel du tourisme animalier.

Dès mon arrivée, j'ai senti qu'Elephant Valley Thailand était un lieu différent. Installé dans une forêt en bordure de Chiang Rai, une petite ville du nord de la Thaïlande, ce domaine était la cinquième attraction dédiée aux éléphants que je visitais dans la semaine. J'avais vu des éléphants frapper des ballons de football ou faire du hula hoop. J'avais observé des touristes monter sur leur dos et se balancer sur leur trompe. Lorsque je jetais un œil dans leurs enclos, ils étaient enchaînés, leurs pattes attachées à des poteaux.

À Elephant Valley, j'ai trouvé la tranquillité. C'était la première fois que je voyais les éléphants à bonne distance. Il y en avait un qui se baignait dans une mare. Un autre qui mangeait au milieu d'un champ. Des barrières en bois entouraient une grande partie des terrains, elles étaient destinées à nous empêcher d'entrer et non pas à les empêcher de sortir, m'indique John Lee, l'un des gérants d'Elephant Valley. Personne n'était autorisé à toucher les animaux. Dans ce parc, les éléphants mènent une vie d'éléphant. (À lire : Pourquoi National Geographic publie une grande enquête sur le tourisme animalier.)

Elephant Valley Thailand accueille cinq éléphants qui travaillaient auparavant dans des camps pour randonneurs ou dans le secteur de l'exploitation forestière. Cette attraction est en tous points différente de la plupart des autres attractions thaïlandaises mettant en scène des éléphants. Sur les 3 800 éléphants retenus en captivité dans le pays, la majorité vivent dans des camps qui proposent des expériences interactives au plus près des animaux, en permettant par exemple aux visiteurs de les monter, de les baigner ou d'assister à un de leurs numéros. Ces activités attirent une foule de touristes venus du monde entier et s'inscrivent dans un secteur mondial très lucratif qui offre aux visiteurs la possibilité de vivre une expérience unique au plus près des animaux exotiques.

C'est ce qui m'a amené en Thaïlande, un séjour d'un mois dans le cadre d'un reportage pour le magazine National Geographic qui nous a entraînées, la photographe Kirsten Luce et moi-même, sur quatre continents pour un voyage long de plus d'un an et demi. Notre objectif était clair : observer les animaux qui nous divertissent et les touristes à la recherche de ce divertissement. Ces personnes sont comme vous et moi. Je me souviens d'une photo de moi à deux ans, perchée sur un éléphant dans un zoo de Toronto, ma ville natale, au Canada. Il y a huit ans, à l'occasion de ma lune de miel, j'étais allée nager avec des raies Manta au Mexique. Mais sept ans plus tard, alors que je démarrais ce reportage, je me suis retrouvée à observer des touristes donner le biberon à un tigreau contre quelques dollars, et à me demander si quelqu'un s'inquiétait de l'absence de sa mère.

Le sujet est complexe. Tout le monde aime les animaux et naturellement, plus on les approche, mieux c'est, et parallèlement, le désir d'en apprendre plus à leur sujet est bel et bien sincère. Cette volonté d'approcher les animaux est de plus en plus alimentée par les réseaux sociaux sur lesquels les voyageurs peuvent partager leurs expériences en temps réel. Ce que de nombreux touristes ne réalisent pas, c'est que pour rester dans la course, les attractions d'éléphants tout comme les séances photos avec des tigres et la nage avec des raies Manta reposent sur un flot continu d'animaux sauvages forcés à la tâche qui ont tous sans exception été capturés, élevés ou domptés dans le but d'être soumis.

De plus, il est facile de se tromper en essayant de décrypter les signes de souffrance. Les éléphants en captivité agitent leur queue d'avant en arrière, presque comme s'ils dansaient. En réalité, c'est un signe de détresse psychologique. Les paresseux semblent apprécier les câlins, mais cette étreinte n'est qu'une tentative de s'accrocher à ce qu'ils prennent pour une branche. Les dauphins donnent l'impression de sourire, mais ce n'est que la forme naturelle de leur bouche.

Les voyageurs prennent de plus en plus conscience du manque d'éthique de nombreuses attractions touristiques centrées sur les animaux. Ils sont toujours plus nombreux à boycotter les balades à dos d'éléphants.

Le secteur a remarqué cette tendance. Des dizaines de domaines en Thaïlande se sont autoproclamés « sanctuaires. » Certains ressemblent beaucoup à Elephant Valley et mettent en avant leurs cinq étoiles sur des sites de voyage comme TripAdvisor. Toutefois, Kirsten et moi avons découvert que contrairement à Elephant Valley, ils proposent presque tous aux visiteurs qui le souhaitent de barboter avec des éléphants, dans des rivières ou des bains de boue. Ces séances de baignade sont bien souvent répétées tout au long de la journée et seuls les éléphants dressés se prêtent à ce type d'activité.

Jack Highwood a ouvert Elephant Valley en 2016. D'une superficie de 16 hectares, c'est son deuxième sanctuaire réservé aux éléphants après celui, bien plus grand, qu'il a établi au Cambodge. Pour la Thaïlande, il a opté pour un modèle plus petit en installant des barrières en bois peu coûteuses et une infrastructure minimaliste car il souhaitait qu'il soit le plus facile possible à copier. Plusieurs visiteurs du domaine m'ont parlé de la tranquillité qui régnait à Elephant Valley. Comme si les éléphants n'avaient pas conscience d'où ils étaient.

Au cours de notre voyage à travers le monde, j'ai discuté avec les touristes que je croisais à chaque étape. Dans les restaurants ou dans les hôtels, dans les aquariums ou aux spectacles de singes. Je leur demandais souvent s'ils préféraient s'approcher au plus près d'un animal en captivité ou l'observer d'une certaine distance. La plupart du temps, ils choisissaient la deuxième option. Pourtant, les rencontres avec les animaux en captivité sont extrêmement populaires. Peut-être parce que les visiteurs sont assurés d'apercevoir des animaux. Peut-être parce que les animaux paraissent heureux et qu'il semble que les droits d'entrée profiteront aux employés du parc. Et enfin, le dernier et probablement l'argument le plus convaincant : peut-être parce que vous pourrez prendre une photo aux côtés d'un animal exotique, qui pourra ensuite être publiée sur votre réseau social préféré où vous serez assuré d'obtenir un maximum de « j'aime » et de commentaires.

De l'autre côte de l'océan Pacifique, sur la côte nord d'Oahu, à Hawaï, il y a une plage du nom de Laniakea. Cette plage est également surnommée Turtle Beach (la plage des tortues), car les tortues de mer s'aventurent régulièrement sur le rivage. Elles y choisissent un coin pour dormir quelques heures au soleil. Des volontaires sont présents tous les jours pour éloigner les touristes des animaux. Lorsqu'une tortue sort de l'eau, les volontaires balisent la zone avec une corde afin de donner à la tortue suffisamment d'espace pour se détendre en paix.

Un jour de semaine en septembre, je m'étais assise avec des dizaines de touristes derrière cette corde pour les regarder observer les tortues. Dans la plupart des cas, ils étaient respectueux. Certains ont demandé pourquoi ils ne pouvaient pas toucher les tortues. C'est illégal à Hawaï, leur avaient expliqué les bénévoles, en ajoutant qu'il était important de respecter leur espace. Après tout, c'est aussi leur plage.

 

Pour la plupart des visiteurs, il est difficile de faire la différence entre les expériences animalières éthiques et problématiques. Les zones d'ombre sont nombreuses. Vous pouvez toutefois suivre ces quelques conseils simples :

GARDEZ VOS DISTANCES. Préférez les expériences qui proposent d'observer les animaux se livrant à des activités naturelles dans leur environnement naturel.

FAITES VOS RECHERCHES. Une bonne note sur TripAdvisor ne garantit pas un traitement humain. Attardez-vous sur les commentaires à une ou deux étoiles qui font souvent état de préoccupations vis-à-vis du bien-être des animaux.

ATTENTION AUX TERMES À LA MODE. Une structure peut employer des termes comme « reversé à la conservation, » « sanctuaire, » et « refuge. » Posez-vous des questions si une infrastructure vous fait toutes ces promesses tout en offrant à de nombreux touristes une expérience très proche des animaux.

 

Wildlife Watch est un projet d'articles d'investigation commun à la National Geographic Society et à National Geographic Partners. Ce projet s'intéresse à l'exploitation et à la criminalité liées aux espèces sauvages. Retrouvez d'autres articles de Wildlife Watch à cette adresse et découvrez les missions à but non lucratif de la National Geographic Society ici. N'hésitez pas à nous envoyer vos conseils et vos idées d'articles et à nous faire part de vos impressions à l'adresse ngwildlife@natgeo.com.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
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