Chine : les médicaments à base de pangolins ne seront plus remboursés

Ce changement pourrait pourrait être le signe de la volonté du gouvernement de garantir plus de protections à cette espèce menacée d'extinction.vendredi 30 août 2019

Les pangolins, petits mammifères semblables à des fourmiliers, sont victimes de leur succès dans la médecine traditionnelle chinoise.
Les pangolins, petits mammifères semblables à des fourmiliers, sont victimes de leur succès dans la médecine traditionnelle chinoise.
photographie de Brent Stirton, Getty/National Geographic

Les médicaments traditionnels chinois à base d'écailles de pangolins ne seront bientôt plus couverts par l'assurance maladie de l'État chinois, selon une annonce faite par le gouvernement. Les écailles du petit mammifère en voie d'extinction sont aujourd'hui utilisées dans plus de 60 agents curatifs, produits et commercialisés par plus de 200 sociétés pharmaceutiques, selon un rapport de la fondation China Biodiversity and Green Development. Ces traitements ont la réputation de soigner divers maux, allant des problèmes d'allaitement à la mauvaise circulation sanguine.

La médecine traditionnelle nécessite une telle quantité d'écailles que celle-ci menace huit espèces de pangolins d'extinction, en Afrique et en Asie.

L’annonce, faite le 20 août par la National Medical Insurance et le Bureau des Ressources Humaines et l'équivalent de la Sécurité Sociale chinoise, évoque également la suppression de la liste des médicaments remboursés par l'assurance ceux à base de divers autres produits dérivés de la faune ; les tortues imbriquées, les hippocampes, les coraux et les bois d’antilopes saïga. Cette liste est mise à jour régulièrement, ajoutant et supprimant des médicaments à la fois occidentaux et traditionnels. Elle n'entre toutefois pas dans les détails concernant les types de produits à base de pangolin et ne mentionne que les « décoctions » de pangolins ou les liquides infusés.

En février, les douaniers de Hong Kong ont saisi huit tonnes d'écailles de pangolins en provenance du Nigéria, démontrant ainsi l'ampleur du commerce illégal.
En février, les douaniers de Hong Kong ont saisi huit tonnes d'écailles de pangolins en provenance du Nigéria, démontrant ainsi l'ampleur du commerce illégal.
photographie de Anthony Wallace, AFP/Getty

Si ce n'est pas une interdiction totale du commerce intérieur du pangolin, comme le préconisent de nombreux défenseurs de la faune, cela pourrait tout de même marquer un changement important, à la fois concernant le nombre de pangolins utilisés ainsi que dans l'approche du gouvernement chinois pour la conservation de cette espèce, a déclaré dans un mail Steve Given, l'ancien doyen associé du Collège américain de médecine traditionnelle chinoise.

« En Chine, la nature du système politique est telle que l’État a toute latitude pour décider de ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas », a déclaré Given. Non seulement le gouvernement augmente le coût d'utilisation des écailles de pangolins, car maintenant les gens doivent payer eux-mêmes pour ces produits, mais, comme le dit Given, « cela suggère que le gouvernement ne soutient plus l'exploitation du pangolin ».

Daisy He, une avocate du cabinet international CMS basée à Pékin qui suit les changements apportés aux plans d'assurance, indique également que le statut d'espèce menacée de l'animal pourrait avoir joué un rôle dans la décision du gouvernement. Selon l'organisation de surveillance du commerce d'espèces sauvages Traffic, les pangolins seraient en effet les mammifères les plus touchés au monde par ce genre de pratiques. On estime qu'un million d'entre eux ont été capturés à l'état sauvage entre 2000 et 2013 et comme les quatre espèces de pangolins d'Asie se font de plus en plus rares, le trafic s'est déplacé vers les quatre espèces africaines de pangolins - des centaines de milliers voire des millions de spécimens sont chassés chaque année.

« Le gouvernement et le public chinois ont pris note de l'importance de protéger ces animaux », juge Daisy He dans un mail. En outre, ajoute-elle, la liste de remboursement des médicaments ne devrait inclure que les médicaments nécessaires, à un prix raisonnable. Les soins développés à base d'écailles de pangolins ne sont ni l'un, ni l'autre.

Le commerce international des pangolins d'Asie a été interdit en 2000 et celui des espèces africaines en 2017. La Chine a cependant continué à autoriser la vente de pangolins et de produits à base de pangolins à l'intérieur de ses frontières, insistant sur le fait que ces produits proviennent de stocks amassés avant que l'interdiction n'entre en vigueur. Les provinces chinoises autorisent les sociétés pharmaceutiques à utiliser 29 tonnes de produits par an, ce qui nécessite la capture et l'abattage d'environ 73 000 pangolins.

« Bien que ce [changement d'assurance maladie] ne supprime pas l'intérêt culturel pour le pangolin, il créera un environnement dans lequel davantage de Chinois se sentiront habilités à remettre en question son utilisation », estime Given. Il a identifié au moins 125 alternatives à base d'herbes, de minéraux et d'animaux aux écailles de pangolins dans la pharmacopée de la médecine chinoise, en fonction des besoins du patient en matière de traitement. « Il sera intéressant de voir s'il s'agit d'un changement en profondeur ou d'un cas isolé. »

L'administration nationale des forêts et des prairies de Chine a également indiqué qu'elle envisageait de faire passer les pangolins du statut d'espèce protégée de classe 2 à un statut de classe 1, en vertu de sa loi sur la protection de la faune. Cela signifierait que la vente et l'utilisation de pangolins et de produits à base de pangolins ne seraient autorisées que dans certaines circonstances, telles que la recherche scientifique, et nécessiteraient l'approbation du gouvernement national.

Le changement entrera en vigueur le 1er janvier 2020.

 

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Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
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