Pourquoi les excréments de wombat sont-ils cubiques ?

Les wombats sont les seuls animaux au monde à produire des excréments cubiques. Des scientifiques ont récemment découvert les processus biologiques cachés derrière cette étrange forme.jeudi 28 novembre 2019

Les wombats sont des animaux fouisseurs natifs d'Australie célèbres pour leur bonhomie rondouillarde et leur côté mignon. Cependant, il y a quelque chose d'étonnant à propos de ces créatures dont vous n'êtes peut-être pas au courant : les wombats sont les seuls animaux au monde à produire des excréments cubiques.

 

Bien que cette particularité ait déjà été au cœur de nombreux débats, les recherches à son sujet se sont faites plutôt rares. Les scientifiques étaient donc plongés dans le noir jusqu'à très récemment.

Plus tôt cette année, une chercheuse du Georgia Institute of Technology nommée Patricia Yang qui se spécialise dans les fluides corporels a commencé à s'intéresser de plus près au sujet après en avoir entendu parler lors d'une conférence.

« Je n'y croyais pas vraiment, » déclare Yang. Mais après avoir confirmé que c'était bien le cas, elle s'est lancée le défi de comprendre pourquoi, et surtout comment, les wombats arrivent à ce résultat spectaculaire.

« Les théories se sont multipliées, » rapporte Mike Swinbourne, spécialiste des wombats rattaché à l'université d'Adelaide en Australie. L'une des hypothèses populaires prétend que les wombats produisent ces cubes afin de pouvoir les empiler et ainsi marquer leur territoire, sans que le fruit de leur digestion puisse rouler dans tous les sens. Cependant, pour Swinbourne ce concept est une idée fausse.

Quand bien même les wombats utilisent leurs excréments pour marquer leur territoire, « ce n'est pas comme s'ils essayaient de bâtir leur propre pyramide, » plaisante-t-il. « Ils font leur commission à l'endroit où ils doivent la faire. »

Swinbourne suggère plutôt que cette forme cubique serait liée aux milieux secs dans lesquels vivent la plupart des wombats. « Ils doivent vraiment absorber la moindre goutte d'eau de leur nourriture, » explique-t-il. Et parfois, dans les zoos, des endroits où les animaux ont plus facilement accès à l'eau, il indique que leurs excréments sont moins cubiques. Le fait d'être sec facilite la création de formes plus rigides avec des angles droits.

L'humidité joue un rôle, mais « c'est également une histoire d'appareil digestif, » ajoute Bill Zeigler, vice-président principal des programmes animaliers du zoo de Brookfield à Chicago, qui accueille des wombats depuis 1969. Peter Clements, président de l'organisation Wombats SA en Australie du Sud, le rejoint sur ce point et ajoute qu'il pourrait s'agir d'une combinaison des deux éléments.

Une chose est sûre, il n'a pas été facile de trouver une réponse plus concrète. Yang et ses collègues ont dû patienter plusieurs mois avant d'avoir l'opportunité d'explorer des entrailles de wombats. Aucun zoo d'Amérique du Nord n'en avait à disposition, Yang s'est donc tournée vers l'Australie qui lui a envoyé les intestins de deux wombats tués sur la route. La chercheuse n'avait aucune idée de ce qu'elle allait recevoir.

« Au début, je pensais qu'ils avaient peut-être un anus carré, ou alors une forme cubique au niveau de l'estomac, » raconte-t-elle. Mais aucune de ces hypothèses ne s'est avérée. Elle s'est alors aperçue d'un autre facteur important : l'élasticité des intestins du wombat.

À mesure que la nourriture est digérée, elle progresse à travers l'intestin et la pression intestinale aide à sculpter les excréments, ce qui signifie que la forme des intestins affectera la forme du résultat final. Yang et son équipe ont donc déployé des intestins de wombat et de cochon à l'aide d'un ballon pour mesurer et comparer leurs élasticités.

L'intestin de cochon avait une élasticité relativement uniforme, ce qui pourrait expliquer la forme cylindrique des excréments de cochons. En revanche, les intestins de wombat avaient une forme bien plus irrégulière. Yang a remarqué deux rainures semblables à des ravines à l'endroit où l'intestin est plus étroit, ce qui selon elle contribuerait à donner aux excréments de wombats leur forme singulière.

« C'est la toute première fois que quelqu'un fournit une bonne explication biologique et physiologique, » observe Swinbourne, qui a évalué une ébauche de l'étude. Clements a lui aussi lu cette première version de l'étude et il ajoute : « Je pense que c'est une contribution utile, mais il serait intéressant de fournir davantage d'explications sur les mécanismes possibles. »

Yang reconnaît que de nombreuses questions sont toujours en suspens, elle indique que ses recherches suivent leur cours. Sa prochaine mission sera de déterminer comment deux rainures peuvent aboutir à elles seules en un cube quand la logique en voudrait qu'il en faille quatre. Cela dit, même ses premiers résultats pourraient avoir d'importantes répercussions dans des secteurs comme l'industrie de fabrication.

Les cubes, explique Yang, sont très rares dans la nature. « Nous ne disposons actuellement que de deux méthodes pour fabriquer des cubes, » dit-elle, le moulage à partir de matériaux souples ou le découpage dans des matériaux plus solides.

« Visiblement, les wombats connaissent une troisième méthode. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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