Les populations de requins de récifs déclinent partout dans le monde

Au cours d'une étude à l'étendue sans précédent, des scientifiques ont constaté que les requins endémiques des récifs coralliens de 58 pays se faisaient de plus en plus rares. Mais tout espoir n'est pas perdu.

Thursday, July 23, 2020,
De Riley Black
 

Les requins gris de récif, ci-dessus un spécimen de Kimbe Bay en Papouasie-Nouvelle-Guinée, font partie de ...

 

Les requins gris de récif, ci-dessus un spécimen de Kimbe Bay en Papouasie-Nouvelle-Guinée, font partie de ces espèces qui ont disparu sur certaines zones de leur habitat natif.

Photographie de David Doubilet, Nat Geo Image Collection

Depuis quelque temps déjà, les requins connaissent une période sombre, principalement à cause de la surpêche, mais une nouvelle étude démontre que leur situation est encore plus grave que nous ne le pensions.

Après avoir parcouru 371 récifs répartis à travers 58 pays, du Pacifique central aux Bahamas, des scientifiques ont découvert qu'environ 20 % d'entre eux étaient dépourvus de requins. En tant que super-prédateurs, les requins jouent un rôle essentiel dans leur écosystème en se nourrissant des poissons les plus faibles, ce qui contribue au maintien d'une population saine et empêche l'explosion du nombre de proies.

Parmi les récifs concernés par ces disparitions, les chercheurs ont constaté que les plus touchés se situaient à proximité d'établissements humains, comme le Qatar, la République dominicaine, la Colombie, le Sri Lanka et Guam.

Un requin à pointes noires évolue dans les eaux de Kiribati, au beau milieu de l'océan Pacifique.

Photographie de Enric Sala

Publiée dans la revue Nature, l'étude s'inscrit dans le cadre de l'initiative Global FinPrint Project et d'après son coauteur Enric Sala, explorateur résident de la National Geographic Society, « c'est la plus grande étude jamais réalisée sur les requins des récifs. »

Ce sont plus de 15 000 pièges photographiques à appâts qui ont été installés par Aaron MacNeil et ses collègues biologistes de l'université Dalhousie. En analysant les clichés capturés par ces dispositifs, les chercheurs ont constaté que des espèces telles que le requin gris de récif (Carcharhinus amblyrhynchos), le requin à pointes noires (Carcharhinus melanopterus) et le requin de récif des Caraïbes (Carcharhinus perezii) étaient souvent absentes des récifs qui constituaient leur habitat historique.

« Après avoir effectué des centaines de plongées à travers le monde, des milieux les plus vierges aux plus dégradés, je n'ai pas été surpris de voir qu'un cinquième des récifs sondés était dépourvu de requins, » déclare amèrement Sala, également fondateur en 2008 de la Pristine Seas initiative visant à conserver les océans.

Il ajoute que même dans les lieux où les requins des récifs sont toujours présents, leurs populations ont tellement chuté qu'ils ne jouent plus les mêmes rôles écologiques de prédateurs.

Alors qu'ils étaient autrefois l'espèce de requin des récifs la plus abondante dans la région, les requins des Caraïbes ont vu leur nombre diminuer ces dernières décennies.

Photographie de Andy Mann

Nick Graham est biologiste marin à l'université de Lancaster au Royaume-Uni ; sans être impliqué dans l'étude, il attire notre attention sur un point remarquable : même si l'approche par piège photographique « est éprouvée à l'échelle locale, l'étude est parvenue à coordonner de manière efficace une évaluation mondiale. »

« Les requins sont assurément victimes de la surpêche, » consent Graham, en les qualifiant de « rares occurrences lors de plongées dans divers pays. »

 

« UN REQUIN MORT NE SE VEND QU'UNE FOIS »

Deux tiers des 500 espèces mondiales de requins sont menacés par la surpêche, la plupart du temps pour satisfaire la demande en viande et ailerons de requins, mais aussi par les équipements de pêche au filet et à la palangre qui piègent accidentellement les requins et affectent considérablement leur population.

L'espoir subsiste tout de même pour certains requins. « La bonne nouvelle, c'est qu'en protégeant complètement ces zones de la pêche, la vie aquatique et les requins pourront rebondir, » explique Sala. Par exemple, la protection des eaux de Cabo Pulmo, au Mexique, a permis de restaurer de riches communautés sous-marines, y compris des requins.

Le rétablissement de populations saines de requins ne se limite pas à la création d'espaces pour le retour des animaux ; la gestion des pêches est également un facteur essentiel, par exemple en imposant des limites de prises ou en limitant l'utilisation de matériel dangereux pour les requins. D'après Graham, la nouvelle étude « met en lumière l'importance » de ces approches.

Un suivi plus scrupuleux de la façon dont sont pêchés les requins couplé à la réduction du nombre de spécimens capturés accidentellement en tant que prise accessoire augmentera les chances de rétablissement des populations de requins, ajoute-t-il.

La communication et la sensibilisation ont également un rôle critique à jouer, précise Carlee Jackson de la Nova Southeastern University. « Bon nombre de pays tirent profit de la viande de requin très régulièrement, mais on ne peut jamais leur dire qu'ils font quelque chose de "mal", » poursuit-elle.

Amener le public du monde entier à comprendre toute l'importance des requins pour la santé des océans est une étape primordiale. Ce processus pourrait en partie se traduire par une transition de la pêche à l'écotourisme centré sur les requins et les récifs au creux desquels ils évoluent.

« C'est une bonne chose pour les locaux également car ils peuvent vendre les requins aux touristes amateurs de plongée encore et encore, conclut Sala, alors qu'un requin mort ne se vend qu'une fois. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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