La France a abattu un millier de visons porteurs de la COVID-19

Contaminés par le virus, un millier de visons d’Amérique ont été abattus dans un élevage d’Eure-et-Loir. Le mammifère, domestiqué pour sa fourrure, serait vecteur du virus et représenterait un risque pour l’Homme.

Publication 3 déc. 2020 à 11:58 CET
Vison juvénile (Neovison vison) photographié au Nebraska Wildlife Rehab.

Vison juvénile (Neovison vison) photographié au Nebraska Wildlife Rehab.

Photographie de JOEL SARTORE, NATIONAL GEOGRAPHIC PHOTO ARK

« L’abattage de la totalité des mille animaux encore présents sur l’exploitation et l’élimination des produits issus de ces animaux » a été ordonné par le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie dimanche 22 novembre par voie de communiqué de presse. Parmi les quatre élevages présents en France, tous ont été testés. Pour l’instant, seulement celui de Champrond-en-Gâtine serait infecté. On ne sait pas encore comment le virus a pu les infecter mais les études menées dans d’autres pays tendent à prouver que le virus pourrait avoir été transmis à ces animaux par l’Homme.

Au Danemark, premier exportateur mondial de peaux de vison, la totalité des visons élevés sur le territoire, entre quinze et dix-huit millions, ont été abattus après que douze personnes ont été testées porteuses d’une mutation du virus. Les Pays-Bas, l’Italie, l’Espagne, la Suède, la Grèce, les États-Unis ont également pris des mesures après la détection du virus dans les élevages. 

« Les résultats des analyses réalisées sur les éleveurs des quatre élevages se sont tous révélés négatifs. Une surveillance renforcée a été mise en place pour quatre personnes en lien avec l’élevage contaminé et de nouvelles analyses sont en cours » a précisé Julien Denormandie. Pour l’instant aucun éleveur n’a été testé positif à la Covid-19.

 

LA FOURRURE DE VISON, 90 % DU MARCHÉ DE LA FOURRURE DANS LE MONDE

« Avec ce qu’il se passe en Europe pour les visons, il y aura moins de peaux disponibles mais ce n’est pas un danger pour la filière, les fourrures sont nobles, synonymes de rareté, elles continueront de se vendre » déclare Pierre Philippe Frieh, porte-parole de la filière Fourrure Française, interrogé par National Geographic sur ce marché pour lequel il y a peu de données officielles.

Le vison d’Amérique (Neovison vison) appartient à la famille des mustélidés au même titre que le furet, la belette ou la loutre. Premier animal à fourrure à être largement domestiqué pour sa fourrure dès 1870 aux États-Unis, il est introduit en France à partir de 1920. « La France comptait à peu près 300 élevages de visons dans les années 1960, aujourd’hui quatre visonnières, où sont réparties trente-sept sous-espèces de couleur, de pelage, de tailles différentes, continuent l’exploitation » déclare Pierre-Phillipe Frieh. « À l’origine, les ventes de peaux de visons permettaient aux éleveurs d'avoir un complément de salaire sur leurs activités agricoles » ajoute-t-il.

Aujourd’hui, près de 2 500 emplois sont directement ou indirectement liés à la filière fourrure et le domaine engendre près de 300 000 millions d’euros de chiffre d’affaire. Dans le monde, environ 60 millions de visons sont élevés dans des fermes à fourrure. L'Europe est aujourd'hui en tête de la production mondiale de visons avec vingt-et-un pays abritant des fermes à fourrure de vison. Mais c'est la Chine s’impose dans le marché de la fourrure : selon une enquête de 2017, les élevages s'y sont multipliés, les chiffres de la consommation aussi. Certaines des fermes présentes en Chine disposent d’un cheptel de 15 000 renards et 6 000 visons. Elles prennent en charge l’insémination artificielle, élevage, l’abattage, la transformation de la peau, le tannage puis exportent les peaux à 80 % pour le marché intérieur.

Elle 2018, l'association L214 révélait des images d'un élevage de visons en Vendée, dans lequel ces mammifères étaient élevés dans des conditions déplorables. Depuis, l'élevage a dû fermer ses portes. 

Photographie de L214

 

« LES ÉLEVAGES SONT DE VÉRITABLES BOMBES SANITAIRES ! »

« Les visons sont élevés en très grand nombre, dans un espace minimal, dans des cages exiguës, collés les uns aux autres comme c’est le cas de manière générale dans tous les élevages intensifs. Les élevages sont de véritables bombes sanitaires ! » s’insurge Brigitte Gotthière, porte-parole et co-fondatrice de l’association L214. De fait, la proximité des animaux, combinée à une variabilité génétique très faible, accélère la propagation du virus.

Notre espèce possède un point commun avec le petit mammifère : une protéine appelée ACE2 qui sert de « porte d’entrée » au virus dans les cellules-hôtes. Le vison peut donc contracter la maladie, mais aussi réinfecter l'être humain selon un avis de l’ANSES. Il est la seule espèce connue à ce jour à l'origine de contaminations inter-espèces. Principale crainte des autorités sanitaire : si la COVID était amenée à muter et que cette mutation se propageait ensuite parmi la population humaine, cela pourrait remettre en question l’efficacité du futur vaccin sur lequel les scientifiques travaillent depuis des mois. Le rendre donc inefficace.

« Nous voulons insister sur la prise de décision des pouvoirs publics, aussi il faut se poser la question suivante : comment on prévient et évite les pandémies futures ? Je pense qu’il faut faire entrer en vigueur l’interdiction des élevages maintenant pour éviter de redémarrer un nouveau cycle d’élevage. Il ne manque plus que le courage politique » estime Brigitte Gotthière. (À lire : Mieux protéger la nature et les animaux permettra d'éviter de futures pandémies)

En octobre 2020, l’ONU assurait qu’il était possible d’échapper à des « ères des pandémies » si des changements de modes de consommation et des modes de vie s’opéraient. Près de 1.7 millions de virus n’auraient pas été découverts, dont près de 850 000 pourraient avoir la capacité d’infecter les Hommes.

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