À Madagascar, une épidémie de tuberculose dans un zoo inquiète les spécialistes

Les visiteurs ont très probablement transmis la maladie aux lémuriens du parc zoologique.

De Dina Fine Maron
Publication 7 oct. 2022, 09:15 CEST
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Un vari noir et blanc photographié dans un parc national de Madagascar. Dans un zoo de la capitale malgache, plusieurs de ces lémuriens considérés comme en danger critique ont contracté la tuberculose.

PHOTOGRAPHIE DE Paul Souders, Getty Images

Une épidémie de tuberculose sévit actuellement dans un zoo de Madagascar. Plusieurs lémuriens appartenant à des espèces considérées comme en danger critique sont déjà morts. C’est la première fois que la maladie est observée chez ces animaux.

Ces dernières semaines, huit varis noir et blanc, un sifaka et un fossa sont vraisemblablement morts de la tuberculose dans le parc botanique et zoologique de Tsimbazaza (PBZT) d’Antananarivo, la capitale de Madagascar, un établissement géré par le gouvernement. Des scientifiques de l’Institut Pasteur de Madagascar ont confirmé la présence de Mycobacterium tuberculosis (tuberculose) dans les tissus de plusieurs cadavres. Leurs conclusions ont été corroborées par des membres de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Le zoo, où vivent plusieurs centaines d’animaux, est encore ouvert aux visiteurs. Le primatologue malgache Jonah Ratsimbazafy recommande sa fermeture immédiate.

Dix animaux sont morts ces dernières semaines au Parc botanique et zoologique de Tsimbazaza, où sévit une épidémie de tuberculose.

PHOTOGRAPHIE DE Travelpix, Alamy Stock Photo

Contacté, le zoo n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Selon le primatologue, ce sont probablement les soigneurs et les visiteurs qui sont à l’origine de la transmission de la maladie, très répandue chez les humains dans le pays. La tuberculose, qui n’a jamais été observée chez des lémuriens à l’état sauvage, avait été détectée en 2019 chez un maki catta détenu en tant qu'animal de compagnie.

Une dizaine d’espèces de lémuriens vit au Parc botanique et zoologique de Tsimbazaza. Selon Jonah Ratsimbazafy, c’est la première fois que des varis noir et blanc, des sifakas et des fossas contractent la maladie. Les deux espèces de lémuriens sont considérées comme en danger critique par l’Union internationale pour la conservation de la nature ; le fossa est, quant à lui, classé parmi les espèces vulnérables.

« Nous ignorons si ces animaux peuvent se transmettre la maladie ou s’ils peuvent contaminer des humains », précise le primatologue. [Mais] nous savons que les humains peuvent transmettre la tuberculose aux lémuriens et nous pensons que les animaux ont attrapé la maladie par l’intermédiaire de personnes avec lesquelles ils sont, ou ont été, en contact étroit ».

Marni LaFleur, exploratrice National Geographic et anthropologue à l’université de San Diego (États-Unis) spécialiste des lémuriens, faisait partie de l’équipe à l’origine de l’étude parue l’année dernière qui a démontré la présence de la maladie chez le maki catta détenu en tant qu’animal de compagnie. Elle confie que les visiteurs du zoo publient régulièrement des photos sur Instagram, en se mettant en scène avec des lémuriens dans les bras ou en train de les nourrir.

Pour Jonah Ratsimbazafy, la fermeture du zoo est inévitable pour que les visiteurs ne contractent pas la tuberculose au contact des soignants et des animaux. D’après lui, le parc n’est pas en capacité de contrôler cette maladie très contagieuse et doit travailler main dans la main avec des vétérinaires nationaux et internationaux, ainsi que des experts médicaux, pour enrayer sa propagation.

« L’euthanasie des animaux est très probable pour limiter la propagation de la tuberculose au sein du PBZT », poursuit-il. Il déconseille fortement la capture de lémuriens dans la nature en vue de remplacer les animaux déjà morts ou ceux qui pourraient être euthanasiés.

L’île de Madagascar abrite plus d’une centaine d’espèces de lémuriens, soit environ 20 % de toutes les espèces de primates au monde.

La National Geographic Society soutient l’initiative Wildlife Watch, une série d'articles d'investigation portant sur l'exploitation et le trafic illégal d'espèces sauvages. N'hésitez pas à nous envoyer vos conseils et vos idées d'articles ainsi qu'à nous faire part de vos impressions à l'adresse ngwildlife@natgeo.com. Rendez-vous sur natgeo.com/impact pour en savoir plus sur les initiatives à but lucratif de la National Geographic Society.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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