Açores : Ce poisson-lune de 3 tonnes bat le record du plus gros poisson osseux du monde

Avec ses 2 744 kg, l'impressionnante carcasse de Mola alexandrini découverte en décembre dernier dans l'archipel des Açores bat de près de 500 kg le précédent record du monde, déjà détenu par un individu de cette même espèce de poisson-lune.

De Jason Bittel
Photographies de Atlantic Naturalist
Publication 2 nov. 2022, 15:39 CET
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Le 9 décembre 2021, des scientifiques ont remonté et pesé une gigantesque carcasse de poisson-lune, trouvée près de l'île de Faial, dans l'archipel des Açores.

PHOTOGRAPHIE DE Atlantic Naturalist

Dès qu’il a vu l’énorme carcasse du poisson-lune se balancer dans les vagues au large de l’archipel des Açores, José Nuno Gomes-Pereira s’est douté que l’animal pourrait bien battre un record.

C’était le 9 décembre 2021, et Gomes-Pereira répondait à un appel dans le cadre de son travail de biologie marine avec le réseau d’échouages marins des Açores et l’association Atlantic Naturalist, une organisation non gouvernementale dédiée au contrôle et à la surveillance des océans.

Selon Gomes-Pereira, les carcasses massives en décomposition représentent une menace pour la santé humaine, mais aussi pour le trafic maritime. C’est pourquoi le réseau surveille de près toute carcasse de grande taille qui dérive près des côtes.

De même, lors de collisions en surface, des navires humains blessent ou tuent fréquemment de grandes créatures océaniques. Une large contusion ayant été observée sur sa tête, le poisson-lune serait mort à la suite d’une telle collision avec un navire ; la blessure contenait des fragments de peinture rouge, couramment utilisée sur la coque des bateaux.

Toutefois, en l’absence d’un vétérinaire marin, il était impossible de déterminer si l’incident avait eu lieu avant ou après la mort de l’animal, d’après le chercheur.

Après avoir remorqué l’imposant poisson jusqu’au rivage, un chariot élévateur l’a hissé en hauteur pour pouvoir le peser avec davantage de précision à l’aide d’une balance à grue.

Les espèces de poissons sont divisées en deux grandes classes : les poissons cartilagineux (les requins et les raies) et les poissons osseux (la plupart des autres espèces). Avec ses 2 744 kg, ce spécimen pesait près de 500 kg de plus que l’ancien détenteur du record du poisson osseux le plus lourd du monde, un autre poisson-lune (également appelé môle) de la même espèce, Mola alexandrini, capturé près du Japon en 1996.

Selon Gomes-Pereira, qui est l’auteur principal d’une étude publiée dans le Journal of Fish Biology, cette découverte est à la fois une source d’espoir et un avertissement.

« [Cette découverte] signifie que l’écosystème marin est encore suffisamment sain pour accueillir ces grands animaux », explique le scientifique.

Toutefois, la cause de la mort de l’animal étant probablement liée à l’activité humaine, le poisson-lune devrait également servir de rappel concernant les efforts qu’il nous reste à réaliser en matière de conservation, poursuit-il.

(À lire : Une raie de 300 kg bat le record du monde du plus gros poisson d’eau douce.)

 

UNE ESPÈCE MYSTÉRIEUSE

Les poissons-lunes sont faciles à repérer à la surface de l’eau. Ils peuvent atteindre les 3 mètres de long et ont tendance à aimer prendre des bains de soleil. Cependant, de nombreuses questions concernant ces curieuses créatures persistent dans la communauté scientifique.

« Nous ne savons pas combien de temps elles vivent ni à quelle vitesse elles se développent à l’état sauvage », explique Tierney Thys, biologiste marine à l’Académie des sciences de Californie et exploratrice National Geographic. « Nous ne savons pas non plus combien d’individus existent dans le monde, ni la taille des populations régionales. »

Thys s’efforce de répondre à ces questions depuis 2000, date à laquelle elle a reçu sa première bourse de la National Geographic Society pour étudier ces poissons.

Le nouveau détendeur du record, quant à lui, était probablement une femelle âgée d’au moins 20 ans, explique la biologiste, qui est également la fondatrice du programme Adopt A Sunfish.

Le spécimen a été pesé avec un dynamomètre à grue. La carcasse a d'abord été soulevée à l'aide d'un chariot élévateur, puis maintenue au-dessus du sol pour permettre aux mesures exactes de se stabiliser.

PHOTOGRAPHIE DE Atlantic Naturalist

« Mola alexandrini est vraiment l’un des poissons les plus étranges de l’océan et, bien que son apparence extérieure puisse sembler quelque peu maladroite et encombrante, c’est en réalité un gentil géant qui nage avec des mouvements d’ailes étonnamment gracieux », décrit-elle.

Les poissons-lunes commencent leur vie sous forme de larves de même pas 1 cm de long. Les scientifiques ne savent toujours pas où a lieu la ponte, ni même comment de si petites larves parviennent à survivre suffisamment longtemps pour devenir le plus gros poisson osseux de la mer.

« Le seul spécimen de larve génétiquement confirmé comme appartenant à Mola alexandrini a été trouvé au large de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, ce qui signifie que cette région pourrait être l’une des zones de ponte », ajoute Thys.

 

« UN RAPPEL COLOSSAL »

Bien que la plupart des gens connaissent probablement davantage Mola mola, le cousin proche de Mola alexandrini, le poisson-lune fait partie de ces animaux qui inspirent une « curiosité primitive », selon Thys.

Pour tenter de répondre à certaines questions courantes au sujet de ces animaux, la biologiste a récemment coécrit le tout premier ouvrage universitaire sur le groupe des Molidés, intitulé The Ocean Sunfishes: Evolution, Biology and Conservation.

Le nouveau spécimen permettra également de mieux comprendre l’espèce. Gomes-Pereira et ses collègues ont non seulement recueilli des écailles, des contenus intestinaux et des échantillons génétiques de l’animal, qui contribueront aux recherches à venir, mais ont également enterré la carcasse dans l’espoir qu’elle puisse un jour être exhumée, assemblée et utilisée comme spécimen dans un musée.

« C’est un rappel colossal que notre océan regorge encore de nombreuses surprises mystérieuses », conclut Thys.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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