Les États-Unis adoptent une loi signant la fin de l’élevage de fauves

Cette nouvelle loi historique, qui interdit de prendre des photos avec des tigres, de caresser des tigreaux ou encore d’élever des fauves comme animaux de compagnie, jette une certaine incertitude quant à l’avenir des milliers de grands félins du pays.

De Dina Fine Maron
Publication 21 déc. 2022, 22:32 CET
Des touristes observent un jeune tigre jouer avec une peluche pendant une séance où ils pourront ...

Des touristes observent un jeune tigre jouer avec une peluche pendant une séance où ils pourront prendre en photo et caresser l'animal au Myrtle Beach Safari. Les visiteurs n'ont pas conscience des pratiques nécessaires pour rendre dociles ces tigreaux, ni même de ce qui arrive aux tigres captifs lorsqu'ils deviennent trop vieux pour interagir avec le public et ne peuvent pas être utilisés pour l'élevage ou le spectacle.

PHOTOGRAPHIE DE Steve Winter, Nat Geo Image Collection

L’exploitation lucrative des tigreaux, qui s’est retrouvée sous le feu des projecteurs dans la série documentaire Netflix Au royaume des fauves, sera bientôt illégale aux États-Unis.

Adoptée la semaine dernière par le Sénat américain, la « Big Cat Public Safety Act » (loi sur la sécurité publique relative aux fauves) s’applique aux lions, tigres, léopards, guépards, jaguars, pumas et tout hybride de ces espèces et devrait bientôt être promulguée. Elle interdit la pratique consistant à permettre au public de caresser de jeunes félins ainsi que l’élevage des fauves pour les propriétaires privés. Elle rendra également illégal au public d’approcher les animaux pour notamment prendre des selfies en leur compagnie ou nourrir des tigreaux au biberon.

Rien ne change pour les zoos et les sanctuaires accrédités ainsi que les établissements universitaires qui détiennent des fauves. Si les ménageries ou autres zoos de bord de route peuvent montrer leurs animaux, ils n’auront en revanche plus le droit de proposer au public de s’en approcher. Quant aux particuliers, ils pourront garder leurs fauves, mais ne seront plus autorisés à les faire se reproduire ou à en acquérir de nouveaux. Ils devront en outre déclarer leurs animaux auprès de l’U.S. Fish and Wildlife Service dans les 180 jours suivant l’adoption de la loi.

Il aura fallu attendre la sortie de la docu-série Au royaume des fauves pour que cette loi sur le bien-être animal, dont les premières versions ont été présentées il y a une dizaine d’années, soit finalement adoptée en juillet dernier par la Chambre des représentants. La législation a également bénéficié du soutien public de la Maison-Blanche. Il ne reste désormais plus qu’au président Joe Biden de la signer.

Si Kate Dylewsky, conseillère principale en politiques pour les questions gouvernementales auprès de l’Animal Welfare Institute, estime que la série documentaire fait dans le sensationnel plutôt que de « s’intéresser à la souffrance animale », elle a toutefois permis la prise de conscience du public sur les questions de bien-être animal dans les établissements proposant notamment de caresser les jeunes félins et a « finalement contribué à l’adoption de la loi ».

Avec les permis nécessaires, la reproduction de grands félins, les spectacles dont ils étaient les vedettes, ainsi que les caresses données aux jeunes fauves jusqu’à un certain âge, étaient alors autorisés. L’U.S. Department of Agriculture, qui est chargé de l’application de l’Animal Welfare Act (loi américaine sur le bien-être animal), a déclaré que les établissements accrédités pouvaient montrer au public les jeunes animaux âgés d’environ 8 semaines tout en se conformant aux exigences réglementaires ; il n’encourage cependant pas ce type de pratique. Tout contact avec des félins âgés de moins d’un mois « y compris pour le nourrissage et la manipulation par le public » est interdit.

Sophie, un tigreau âgé de 8 semaines appartenant à Woody’s Menagerie, est montrée au public lors d’une foire du comté de l’Oregon, dans l’Illinois, en août 2018. Environ 4 500 fauves vivent en captivité aux États-Unis.

PHOTOGRAPHIE DE Steve Winter, Nat Geo Image Collection

Ce sont principalement aux États qu’incombe le contrôle du secteur, pour la simple et bonne raison que l’USDA n’a pas le pouvoir de réglementer la détention d’animaux sauvages en captivité par des particuliers. Selon la branche américaine de l’organisation Humane Society, 12 États américains ont déjà interdit tout contact du public avec des fauves, quelques-uns ont réglementé la pratique et d’autres n’ont pris aucune mesure. Selon ses estimations, la majorité des 4 500 fauves en captivité aux États-Unis vivent dans des « roadside zoos » (zoos de bord de route en français). On ignore combien d’entre eux sont détenus comme animaux de compagnie, que ce soit en toute illégalité ou dans les États ne disposant pas de législation en la matière. (À lire : La folie américaine des tigres.)

 

QUEL AVENIR POUR LES ANIMAUX ?

Comme le montre la docu-série Au royaume des fauves, les selfies avec des fauves génèrent d’importants revenus. Cette pratique est cependant décriée par les défenseurs du bien-être animal, puisqu’elle nécessite la reproduction à outrance des animaux et la séparation des petits de leur mère dès la naissance pour être photographiés avec les touristes.

« Utiliser de jeunes fauves pour des séances photos jusqu’à ce qu’ils soient trop lourds à porter est courant », explique Sara Amundson, présidente de la Humane Society Legislative Fund. « Ils sont ensuite refourgués à quelqu’un ou vendus, ce qui alimente un cycle sans fin ». Les fauves dont personne ne veut croupissent souvent dans des établissements peu recommandables ou sont tués, précise-t-elle. D’autres finissent comme animaux de compagnie dans les jardins ou les sous-sols des particuliers ; ils peuvent alors constituer une menace à la sécurité publique face à laquelle les municipalités et les forces de l’ordre ne savent pas réagir. Selon la branche américaine de la Humane Society, plus de 400 incidents dangereux ont impliqué des fauves vivant en captivité depuis 1990.

Certains animaux indésirables sont également susceptibles d’être vendus sur le marché noir pour certaines parties de leur corps, alimentant ainsi la demande de produits tels que le vin ou l’onguent à base d’os de tigre, qui constituent une menace importante pour les tigres sauvages, souligne Leigh Henry, responsable de la politique relative à la faune et la flore pour WWF. Ces articles sont très prisés en Chine et ailleurs. « En l’absence de réglementation, faire entrer ces tigres dans le commerce illégal est un jeu d’enfant », déclare-t-elle.

La nouvelle loi interdit de se prendre en photo en train de tenir et de câliner de jeunes fauves.

PHOTOGRAPHIE DE Steve Winter, Nat Geo Image Collection

Il ne reste aujourd’hui environ plus que 4 000 tigres à l’état sauvage.

Les milliers de tigres détenus en captivité aux États-Unis ont constitué un sujet de discorde lors de discussions internationales relatives à la fermeture de fermes d’élevage de tigres en Chine, au Vietnam, au Laos et en Thaïlande, ajoute Leigh Henry, plusieurs pays s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles les États-Unis n’avaient pas mis un terme à cette activité sur son sol. Elle espère que l’adoption de la nouvelle loi permettra « de recentrer le débat pour faire des progrès » dans le domaine.

Ainsi, les autorités ont saisi les animaux de nombreux établissements cités dans la docu-série Au royaume des fauves en raison de plusieurs infractions à la loi américaine sur le bien-être animal. Cela a eu pour conséquence de réduire l’offre des expériences très populaires au cours desquelles les visiteurs peuvent caresser de jeunes félins. Selon l’organisation Humane Society, seuls deux établissements font la publicité des séances photos avec les animaux aux États-Unis (ils sont cependant bien plus nombreux à les proposer sans en faire la promotion).

Sara Amundson demande aux propriétaires de fauves qui ne souhaitent pas garder leurs animaux après l’entrée en vigueur de la loi de les confier aux sanctuaires accrédités par la Global Federation of Animal Sanctuaries (Fédération mondiale des sanctuaires pour animaux).

Wildlife Watch est un projet d'articles d'investigation de la National Geographic Society. Ce projet s'intéresse à l'exploitation et à la criminalité liées aux espèces sauvages. Retrouvez d'autres articles de Wildlife Watch à cette adresse et découvrez les missions à but non lucratif de la National Geographic Society ici. N'hésitez pas à nous envoyer vos conseils et vos idées d'articles et à nous faire part de vos impressions à l'adresse ngwildlife@natgeo.com.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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