Big Bull, l'une des plus grandes requins-bouledogues du monde, a eu des petits

Big Bull, une femelle requin-bouledogue de plus de 450 kg, reste introuvable depuis des années. Pourtant, grâce à des analyses ADN, des scientifiques ont retrouvé trois de ses petits par hasard.

Publication 16 juil. 2021, 10:26 CEST, Mise à jour 16 juil. 2021, 14:42 CEST
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Les requins-bouledogues, qui ont pour habitude de fréquenter les eaux côtières, tolèrent également les eaux douces.

PHOTOGRAPHIE DE Andy Mann, Nat Geo Image Collection

Neil Hammerschlag, écologiste marin, a capturé et relâché de nombreux requins dans sa vie. Pourtant, sa prise la plus mémorable reste sans l’ombre d’un doute celle de la femelle requin-bouledogue de plus de 450 kg, appelée Big Bull. Elle est l’un des individus les plus grands jamais observés.

« Ça m’a littéralement coupé le souffle », déclare M. Hammerschlag, directeur du Shark Research and Conservation Program à l’université de Miami. « Ce n’était pas vraiment par rapport à sa longueur mais plutôt à la corpulence. Son cou était tellement bombé, comme celui d’un catcheur. » La plupart des requins-bouledogues mesurent un peu plus de 2 mètres de long. Big Bull faisait 3 mètres.  (À lire : Requins, crocodiles, araignées : pourquoi les animaux géants nous fascinent.)

Ce requin-bouledogue a été capturé en 2012, au large de Marathon, une ville des Keys de Floride. Lorsque M. Hammerschlag et son équipe ont prélevé des échantillons de sang et de tissus, sans blesser le requin, sa biologie sanguine indiquait qu’elle avait récemment mis bas. Malgré des années de recherche, personne n’a jamais retrouvé la trace de Big Bull.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les trois requins-bouledogues attrapés au large de la côte de la Floride se sont révélés être des descendants de la légendaire femelle observée en 2012.

Retrouver la progéniture d’un requin est un phénomène relativement rare. « Je veux dire, vous êtes à la recherche d’une aiguille, non pas dans une botte de foin, mais dans tous les océans du monde », plaisante le chercheur.

Bien que cette histoire soit fascinante, pour les spécialistes de ces animaux, elle comporte aussi une dimension plus inquiétante. Il y a simplement de moins en moins de requins-bouledogues assez matures pour se reproduire. À l’échelle internationale, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a listé les requins-bouledogues comme une espèce quasi menacée. Il existe également des preuves qui attestent du déclin de l’espèce dans l’Atlantique.

« On ne devrait pas juste lancer notre ligne et remonter des requins bouledogues frères et sœurs. Ça ne devrait pas arriver, mais c’est le cas », déplore Toby Daly-Engel, écologiste moléculaire à l’institut technologique de Floride. C’est elle qui a mené les analyses ADN. « Ce que nous remarquons, globalement, c’est qu’il ne reste plus beaucoup de requins. »

 

LA MÈRE DES GÉANTS

Dans le cadre de son travail, M. Hammerschlag capture régulièrement des requins-bouledogues à des fins de recherche. Il hisse les prédateurs sur une plateforme spéciale située à l’arrière d’un bateau afin de prendre leurs mesures et de prélever des échantillons sanguins. Dans certains cas, il les équipe avec une balise satellite. Lors de l’examen, les animaux reçoivent de l’eau oxygénée en continu afin qu’ils puissent respirer.

Ces données sont importantes. Elles aident les scientifiques à en apprendre davantage sur le comportement des requins, elles permettent de suivre les mouvements des animaux dans la région et contribuent à la planification de la conservation.

(À lire : Les découvertes les plus fascinantes sur les requins.)

À l’été 2018, les collègues de M. Hammerschlag ont capturé et prélevé des échantillons sur deux jeunes requins, un mâle et une femelle, à Palm Beach, à plus de 320 km au nord de Marathon. L’équipe a procédé à une analyse ADN pour vérifier si une correspondance pouvait être révélée avec les individus déjà présents dans leur base de données. Contre toute attente, les deux requins étaient des descendants de Big Bull.

En 2017, encore plus au nord de la côte, un requin-bouledogue d’un an observé à l’Indian River Lagoon possédait la moitié des gènes de Big Bull, indiquant qu’elle était sa mère.

Le requin-bouledogue, encore plus dangereux que le Grand requin-blanc

Toutes ces découvertes suggèrent que cette immense femelle, qui aurait autour de quarante ans aujourd’hui, est une mère très productive. Les requins-bouledogues n’atteignent leur maturité qu’à 15 ou 20 ans, et ils peuvent vivre encore 25 ans de plus. Une femelle donne généralement naissance à treize petits chaque année.

Outre la progéniture de Big Bull, Mme Daly-Engel a trouvé près d’une demi-douzaine d’autres requins-bouledogues partageant des liens de parenté avec elle, d’une manière ou d’une autre. Elle précise qu’elle a obtenu ces résultats en ne prélevant des échantillons que de cinquante requins.

(À lire : Loin d’être solitaires, les requins entretiennent des amitiés pendant des années.)

« Les populations semblent dominées par certaines femelles vraiment imposantes. Une fois [qu’elles atteignent] cette taille, [elles] deviennent en quelque sorte des super reproductrices et [elles] n’ont pas une tonne de prédateurs », explique Mme Daly-Engel, également directrice du Florida Tech Shark Conservation Lab. Puisque la pêche aux requins-bouledogues est légale en Floride, elle craint que la plupart des requins ne survivent pas jusqu’au même âge que Big Bull.

Ces mères prolifiques sont « intéressantes d’un point de vue scientifique mais ne transmettent pas vraiment quoi que ce soit de positif sur l’état des requins dans l’océan », ajoute-t-elle.

 

UNE ESPÈCE EN PROIE AUX MENACES

Les requins-bouledogues sont des superprédateurs qui prospèrent aussi bien dans l’eau salée que l’eau douce. Ils passent la plupart de leur temps près du littoral et des estuaires. Ils ont donc plus de risques de rentrer en conflit avec les Hommes. Ils font partie des trois espèces de requins les plus susceptibles de mordre les humains, aux côtés du grand requin blanc et du requin-tigre.

Souvent, cette situation peut conduire à des représailles, souligne Sébastien Jaquemet, écologiste marin à l’Université de la Réunion, qui étudie les populations de requins-bouledogues. Par exemple, en 2011, une vague de morsures de requins a été observée à la Réunion. Le gouvernement a répondu à ces attaques par un programme visant à augmenter les prises de requins-tigres et de requins-bouledogues. L’île a installé des filets pour éloigner les requins de plusieurs plages, a interdit de nager sur d’autres plages et a créé un réseau de patrouille anti-requins.

En 2019, M. Jacquemet et ses collègues ont noté une diminution mondiale des populations de requins-bouledogues, en partie à cause de ces mesures. Puisqu’ils vivent près des côtes, ils ont davantage de risques de mordre les hameçons et de s’emmêler dans les filets destinés à protéger les baigneurs.

En outre, ils sont plus vulnérables face à la pollution anthropique. Puisque ces animaux vivent parfois dans les embouchures des cours d’eau, ils sont exposés au mercure et aux autres métaux lourds, aux produits pharmaceutiques ou encore aux algues toxiques générées par les engrais.

En revanche, le fait qu’un requin aussi grand que Big Bull existe encore prouve qu’il reste de l’espoir pour cette espèce.

« Vous savez, Big Bull est peut-être encore vivante et continue de se reproduire », se réjouit M. Hammerschlag. « Donc pour moi, c’est formidable de savoir qu’il existe encore des gigantesques requins dans la nature. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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