Comment réduire le stress des éléphants rendus orphelins par les braconniers ?

Selon une nouvelle étude, la vie en communauté avec des congénères d'âges similaires aiderait à réduire le stress que connaissent les jeunes éléphants devenus orphelins, notamment à cause du braconnage.

De Natasha Daly
Publication 18 juil. 2022, 15:41 CEST
Reteti elephant orphans

Des éléphants orphelins se rassemblent autour d'un point d'eau au sanctuaire d'éléphants de Reteti, dans le nord du Kenya. Selon une nouvelle étude, les éléphants orphelins sauvages qui vivent avec des congénères du même âge sont moins stressés que les individus orphelins solitaires.

PHOTOGRAPHIE DE Ami Vitale, Nat Geo Image Collection

En entreprenant d’étudier le bien-être des jeunes éléphants sauvages de la savane africaine du centre du Kenya, ce groupe de chercheurs avait une théorie : les éléphants orphelins seraient plus stressés que les individus non-orphelins.

De nombreux éléments indiquent que le lien mère-enfant contribue à atténuer le stress chez les animaux, un phénomène qui a déjà été démontré chez les rats, les fringillidés et les cochons d’Inde, selon Jenna Parker, responsable de l’étude et chercheuse postdoctorale au Zoo Wildlife Alliance de San Diego et à l’université d’État du Colorado. Les éléphants ont des structures sociales sophistiquées et des liens familiaux profonds. Le taux de mortalité étant plus élevé chez les éléphants orphelins que les éléphants dont la mère est encore vivante dans une même région, il semblait évident que les orphelins survivants subiraient davantage de stress.

L’équipe a cependant fait une découverte surprenante : il n’y avait pas vraiment de différence dans les niveaux d’hormones de stress des éléphants orphelins et non-orphelins, tant qu’ils vivaient avec des membres de leur famille, tels que des tantes, des cousins ou des frères et sœurs. Les éléphants, même les orphelins, qui vivaient en groupe avec des camarades de leur âge étaient moins stressés que ceux qui ne vivaient pas dans de tels groupes. En bref, les éléphants s’en sortiraient mieux avec un peu d’aide de leurs amis.

« Nous nous attendions à voir des niveaux plus élevés [d’hormones de stress] chez les éléphants orphelins car, jusqu’à l’âge de 8 ou 9 ans, les éléphants sont rarement à plus de 10 mètres de leur mère », explique Parker.

Alors que la sécheresse et les conflits entre humains et animaux sauvages menacent les éléphants de la région, les résultats publiés le 14 juillet dans Communications Biology permettent de mieux comprendre la façon dont les groupes d’amis solides peuvent contribuer à la survie des éléphants. En 2021, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a ajouté l’éléphant de savane d’Afrique à sa liste d’espèces En danger. Il reste environ 36 000 individus au Kenya, selon un recensement national effectué en 2021.

Ces informations pourraient également aider les centres de rééducation qui accueillent des éléphants orphelins à mieux préparer ces animaux à un bon avenir dans la nature : en les relâchant en grands groupes d’individus liés les uns aux autres, par exemple.

 

MESURER LE STRESS DES ÉLÉPHANTS

Parker a commencé l’étude en 2015, alors que la région de la réserve nationale de Samburu avait connu plusieurs années d’augmentation du braconnage des éléphants.

À l’époque, ses collègues de l’université d’État du Colorado réalisaient que « nous ne comprenions pas vraiment tout l’impact du braconnage. Lorsqu’un éléphant est tué, ça a de nombreuses conséquences sur les éléphants auxquels il est lié ». Ils ont donc souhaité examiner les impacts indirects : comment le braconnage d’une mère affecte-t-il le bien-être social et physiologique d’un orphelin ?

Pour les éléphants, l'agressivité est synonyme de survie

L’équipe a commencé par examiner les taux de survie, et a constaté que les éléphants orphelins de Samburu avaient des taux de survie inférieurs à ceux des éléphants non-orphelins. Ensuite, ils ont voulu s’intéresser aux survivants : les orphelins étaient-ils stressés ?

Pour le savoir, ils ont recherché dans les excréments des éléphants des concentrations de métabolites glucocorticoïdes, une substance produite en réponse au stress dans l’organisme. « C’est un bon moyen d’examiner les hormones du stress car ce n’est pas invasif », explique Parker. « Il suffit d’attendre qu’ils fassent leurs besoins et de les recueillir. »

En général, des niveaux plus élevés sont associés à un stress plus élevé, mais un échantillon ponctuel montrant des niveaux élevés n’est pas concluant en soi, continue Parker, car les éléphants « pourraient simplement avoir croisé un lion plus tôt dans la journée ». Entre 2015 et 2016, l’équipe a collecté et testé 496 échantillons d’excréments provenant de 37 éléphantes juvéniles, dont 25 étaient orphelines et 12 ne l’étaient pas. L’âge moyen des orphelines lorsqu’elles ont perdu leur mère était de 5 ans.

Bien que l’équipe ait été surprise de constater que les éléphantes orphelines ne présentaient pas des niveaux de stress plus élevés que les éléphantes qui vivaient encore avec leur mère, le fait que les groupes de pairs semblent jouer un rôle aussi important n’était pas une grande surprise.

Parker se souvient notamment de deux orphelines de l’étude, Frida et Rothko. « Frida avait une oreille gauche tombante et Rothko une oreille droite tombante » et elles étaient inséparables, décrit-elle. « C’était comme si elles avaient au moins une bonne paire d’oreilles tant qu’elles étaient ensemble ! ».

Les résultats sont cohérents avec des recherches sociales antérieures réalisées sur les éléphants d’Afrique, selon la chercheuse. « Après la mort de leur mère, les orphelins interagissent davantage avec leurs pairs du même âge. » Elle note par ailleurs que la dominance est structurée par l’âge chez les éléphants : par exemple, les éléphants plus âgés peuvent surclasser les plus jeunes lorsqu’il s’agit de nourriture. Les individus d’âge similaire, quant à eux, sont généralement égaux.

 

PRÉPARER UN RETOUR RÉUSSI À LA VIE SAUVAGE

Jenna Parker travaille avec des éléphants orphelins au sanctuaire d’éléphants de Reteti, un orphelinat du nord du Kenya qui réhabilite et libère les jeunes éléphants.

(À lire : Ils craignaient les éléphants, aujourd’hui ils les protègent.)

Tout au long de l’étude, elle a gardé ces éléphants à l’esprit, car les résultats montraient que le fait de relâcher des orphelins réhabilités dans de grands groupes avec d’autres éléphants du même âge pourrait les préparer à un retour réussi dans la nature.

Parker aimerait qu’une étude similaire soit menée sur une population plus spécifique d’éléphants, comme ceux qui ont été victimes d’un braconnage plus important.

Kathleen Gobush, biologiste de la faune sauvage au sein du groupe de spécialistes de l’éléphant d’Afrique de l’UICN, qui n’a pas pris part à l’étude, estime qu’il serait intéressant de suivre ce même groupe d’éléphants lorsque ses membres sont confrontés à un facteur de stress aigu, comme une vague de sécheresse intense ou une nouvelle vague de braconnage.

« Ce qu’il faut retenir ici, c’est que les éléphants ont besoin d’autres éléphants », soutient Gobush. « Et lorsque le pire se produit, comme la perte d’une mère, certains trouvent de nouveaux moyens de survivre et de prospérer. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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