Les lycaons sont les nouvelles stars des safaris (et c'est une bonne chose)
Finis les lions, les éléphants, les rhinocéros ; les lycaons, une espèce en danger d'extinction, sont sous les feux des projecteurs. Une aubaine pour leur conservation.

Le parc national de Gorongosa abrite plus de 300 lycaons.
Bernard Monnaapula, mon guide du Gomoti Plains Camp, et moi-même étions sur la piste d’un léopard mâle dans le delta de l’Okavango. Alors que nous la suivions depuis plus d’une heure, nous avons découvert qu’elle nous avait menés jusqu'à des chiens sauvages d’Afrique, plus connus sous le nom de lycaons. Nous avons observé la meute déloger le félin, surpris, d’un arbre, l’éloignant de l’impala qu’il venait de tuer. Nous n’en croyions pas nos yeux. Dans le monde des safaris, on le répète souvent : « Vous ne trouverez pas les lycaons, ce sont eux qui vous trouveront. »
Les lycaons sont si insaisissables qu’en observer un fait partie des expériences les plus exaltantes et les plus recherchées sur le continent africain. « [Les trouver] revient un peu à chercher une aiguille dans une botte de foin. Sauf que l’aiguille parcourt près de 16 kilomètres par jour », explique Matthew Smith Becker, directeur de l’ONG Zambian Carnivore Programme (ZCP). « Ils font partie des perles rares de nos safaris. »
Animaux très sociaux et chasseurs impitoyables, les lycaons, aussi surnommés loups peints ou chiens chasseurs, comptent parmi les mammifères les plus en danger du monde. On estime qu’entre 6 000 et 7 000 individus vivent encore à l’état sauvage, menacés par la perte de leur habitat, les conflits humains et la maladie.
Beaucoup de voyageurs se rendent dans les safaris à la recherche des « Big Five », un terme apparu au 19e siècle et issu de la chasse aux trophées regroupant les lions, les léopards, les éléphants, les rhinocéros et les buffles. Mais bon nombre d’habitués donnent priorité aux animaux moins connus. Et les lycaons, connus pour leurs interactions amicales et leur comportement de meute, fascinent. Par exemple, ils éternuent pour donner le signal de la chasse.
Pour les lycaons, cette attention nouvelle apporte de véritables bénéfices pour leur conservation. « Le tourisme de la vie sauvage engendre un effet positif pour les espèces », explique J. W. « Tico » McNutt, cofondateur et directeur de l’ONG Wild Entrust. « On ressent une connexion immédiate avec les lycaons, un amour inné dès qu’on les voit à l’action. »

Un troupeau de cobes à croissant parcourt les plaines d’inondation du parc national de Gorongosa.
DE VERMINE À STAR DES SAFARIS
Il y a peu, jusque dans les années 1980, les lycaons étaient abattus dans les parcs nationaux. On pensait, à tort, qu’ils étaient responsables de la diminution du nombre d’antilopes. « On les considérait comme de la vermine et on les abattait à vue », déplore J.W. McNutt. « Leurs têtes étaient mises à prix. »
Leur accession au statut d’espèce protégée de la Liste rouge de l’UICN en 1990, ainsi que les documentaires d’histoire naturelle et les campagnes à destination du public ont révélé leur véritable nature. Grâce à cela, le blason de ces prédateurs antagonisés a pu être redoré.
« Au cours des dix dernières années, nos clients sont devenus plus conscients de leur environnement, ils en ont appris davantage sur les espèces en danger, comme les lycaons », explique Kim Nixon, directeur de Chobe Holdings Limited. Il lui est déjà arrivé de demander un transport en hélicoptère pour conduire des clients vers des camps proches où des lycaons avaient été repérés.
Les touristes sont prêts à tout, y compris à débourser de fortes sommes, pour avoir la chance de photographier ces carnivores charismatiques. « Chez Great Plains Conservation, certains de nos clients voyagent à travers toute l’Afrique dans des safaris à la recherche des lycaons », affirme le fondateur de Great Plains Conservation et documentariste pour National Geographic Dereck Joubert. « Si je leur dis "C’est un bon endroit pour voir des rhinocéros", cela ne les intéresse pas. »
QUAND TOURISME ET CONSERVATION SE RENCONTRENT
La survie des lycaons se mêle de plus en plus au tourisme. « À l’instar de la plupart des autres espèces, la plus grande menace qui pèse sur les lycaons, c’est la perte de leur habitat », explique Vince Shacks, responsable de la conservation au sein de Wilderness. « Le tourisme participe à la création d’une justification économique afin d’éviter que de grandes bandes de terre ne soient réappropriées pour un usage commercial, pour l’agriculture ou l’exploitation minérale. »
Les camps qui se trouvent dans les régions prisées des lycaons, comme The Bushcamp Company, dans le parc national de South Luangwa en Zambie, et Ker & Downey Botswana, s’associent avec des ONG comme ZCP et Wild Entrust pour financer les efforts de conservation sur le terrain. Ils taxent les nuitées, sensibilisent le public et font des dons directs de ressources essentielles, notamment de colliers GPS et de véhicules tout-terrain. Certaines agences, dont Wilderness, continuent de lever des fonds de manière indépendante afin de soutenir les efforts de conservation et la recherche.

Des touristes voyagent à bord d’un mokoro lors d’un safari dans le camp des plaines Gomoti, dans le delta de l’Okavango, au Botswana.
Le tourisme permet d’avoir sur le terrain des personnes au regard critique. Les guides qui traversent les mêmes régions chaque jour partagent leurs observations, surveillent les pièges et transmettent toutes les données comportementales aux scientifiques. « On ne peut pas être partout à la fois », explique Matthew Becker. « Ce qu’ils voient peut nous fournir des informations essentielles. » Au Botswana, le guide de la vie sauvage des animaux africains, mis en place par Wild Entrust, permet aux touristes de partager leurs propres photos vers une plateforme de sciences participatives dotée d'une IA. Celle-ci traque les lycaons à travers le delta.
CRÉER DES ENDROITS SÛRS POUR LES LYCAONS
À travers le continent africain, les populations de lycaons sont fragmentées et vulnérables à la pression humaine, au goulot d’étranglement génétique et à la maladie. Et pourtant, certaines agences de safaris participent à l’inversion de cette tendance en réensauvageant des écosystèmes locaux.
Dans le parc national de Gorongosa, au Mozambique, plus de 90 % des grands mammifères ont été décimés lors de la guerre civile entre 1977 et 1992. Les lycaons y prospèrent à présent grâce aux décennies d’investissement du projet de restauration de Gorongosa. Le parc abrite actuellement environ 300 individus qui se nourrissent des proies en abondance, comme le cobe à croissant.
Dans leur pays voisin, au Zimbabwe, Dereck Joubert est intervenu quand une meute de lycaons qui chassaient le bétail a fait face à une campagne d’euthanasie en 2025. Il a proposé de relocaliser la meute vers le Tembo Plains Camp, situé dans la réserve Sapi, une ancienne concession de chasse adjacente au parc national de Mana Pools. Les dix-sept lycaons, dont neuf chiots nouveau-nés, ont survécu à leur relocalisation. Cette solution a également résolu le problème du déclin de leur population dans le parc de Mana Pools, probablement causé par la consanguinité au sein de la meute.
« Les lycaons se faisaient de plus en plus rares autour du site de Mana Pools. On n'observait aucun recrutement en provenance d’autres meutes ni d’individus solitaires qui étaient acceptés », explique Dereck Joubert. « Cette relocalisation leur permet d’introduire de nouvelles lignées et de stabiliser la population. »
Le Projet Loeto est une initiative transfrontalière ambitieuse, mise en place par Wilderness, qui devrait commencer en 2026. Le but est de préserver les corridors de vie sauvage grâce à la surveillance, à la recherche et aux programmes de coexistence entre humains et animaux à travers la vaste Zone de conservation transfrontalière Kavango-Zambezi (KAZA, Kavango–Zambezi Transfrontier Conservation Area), la plus grande région contiguë occupée par les lycaons.
« Les lycaons et de nombreuses autres espèces peuvent à présent prospérer dans des zones de vie sauvage protégées. Mais, à un certain moment, ils devront étendre leur territoire vers l’extérieur », explique Vince Shacks. « C’est là qu’il faudra accorder une attention sérieuse, ainsi que des ressources, à leur protection sur le long terme. »

Une hyène repérée lors d’une ronde d’observation, tôt le matin, dans le parc national de South Luangwa, en Zambie.
UN NOUVEAU GENRE DE SCIENCE PARTICIPATIVE
L’intérêt pour les lycaons grandissant, les camps invitent les voyageurs à œuvrer directement à leur conservation. À partir du mois d’avril, dans le parc national zambien de Lower Zambezi, où Chiawa Safaris soutient la recherche sur les lycaons depuis plus de vingt ans, les visiteurs peuvent accompagner les écologistes de Conservation Lower Zambezi sur le terrain. Ainsi, ils ont la possibilité de les aider à identifier des membres d’une meute, d’observer les opérations de pose de collier ou, parfois, d’assister au démantèlement de pièges.
Des modèles similaires font leur apparition dans d’autres lieux. Gorongosa Safaris propose une expérience « behind-the-scenes » avec des scientifiques. Les clients peuvent ainsi assister à des démonstrations d’utilisation de colliers satellites et du logiciel de surveillance EarthRanger. Si les conditions le permettent, ils bénéficient même d’un accès exclusif aux tanières. Dans le delta de l’Okavango, au Botswana, Natural Selection Tawana s’associe à Wild Entrust pour organiser des visites aux camps de recherches de l’ONG et héberger des scientifiques lors de leurs recherches d’animaux. Un aperçu en temps réel des efforts de surveillance mis en place.
Ensemble, ces expériences montrent un changement plus grand dans le tourisme de safari. On passe de l’observation passive à une participation sérieuse. Pour les lycaons, dont la survie dépend d’une surveillance intensive, d’un financement continu et d’une sensibilisation du public, les clients informés et engagés deviennent une composante essentielle de leur conservation.
Alexandra Owens est une journaliste de voyage indépendante basée à New York et au Cap. Dans son travail, elle s’intéresse au pouvoir et au potentiel de l’écotourisme, particulièrement en Afrique subsaharienne. Elle aime être entourée d’animaux, en particulier de sa chienne, Riona, qu’elle a secourue. Suivez ses aventures sur sa page Instagram.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.