Diables de Tasmanie : la tumeur faciale qui les touchait serait de moins en moins contagieuse

La maladie qui cause d’importantes tumeurs faciales et qui menaçait les diables de Tasmanie d'extinction serait moins contagieuse qu’il y a 10 ans. Un nouvel espoir pour l'espèce dont quelques spécimens ont été réintroduits à l'état sauvage.

Publication 14 déc. 2020, 10:41 CET
Photographié en 2008, un diable de Tasmanie vivant en captivité au Something Wild Animal Sanctuary, en Tasmanie, ...

Photographié en 2008, un diable de Tasmanie vivant en captivité au Something Wild Animal Sanctuary, en Tasmanie, pose sur un tronc d’arbre. La plupart des animaux du sanctuaire ont été séparés de leurs parents, qui souffraient de la tumeur faciale.

Photographie de Dave Walsh, Alamy

L’humanité parle de virus depuis près d’un an, quand les premiers cas de COVID-19 ont été détectés aux quatre coins du monde. Mais une autre espèce est confrontée à sa propre pandémie depuis 30 ans : les diables de Tasmanie. Ces derniers souffrent d’une repoussante tumeur faciale qui se transmet par les morsures.

Les tumeurs qui touchent ces marsupiaux australiens provoquent d’importants ulcères de la bouche. Les animaux malades finissent par mourir de faim. Et contrairement à presque toutes les autres tumeurs, celle-ci est contagieuse.

Baptisée « tumeur faciale transmissible du diable de Tasmanie », cette maladie a provoqué un fort déclin de la population des marsupiaux, qui est passée de 140 000 animaux à environ 20 000. Elle se transmet sans mal chez ces animaux bagarreurs, qui se mordent souvent lors de la période de reproduction ou lorsqu’ils se disputent des carcasses, leur principale source de nourriture.

De nombreux spécialistes redoutaient que cette tendance ne s'aggrave, car ce mal pouvait conduire l’espèce, actuellement menacée, à l’extinction. Pour faire face à cette menace, les scientifiques ont élevé des diables de Tasmanie en captivité et 26 animaux ont été réintroduits en Australie continentale un peu plus tôt cette année. Autrefois présents en grand nombre à l’état sauvage dans toute l’Australie continentale et l’État insulaire de la Tasmanie, ces carnivores mesurant près de 80 centimètres de long ne vivent désormais plus que sur l’île dont ils tirent leur nom.

Une nouvelle étude de la génomique de la tumeur, publiée hier dans la revue Science, donne toutefois une rare lueur d’espoir. Il semblerait que le taux d’infection de la maladie chez les diables vivant à l’état sauvage ait grandement chuté depuis l’apparition de la tumeur, ce qui signifie que les marsupiaux pourraient coexister avec cette dernière.

« Cela serait formidable, car la maladie ne se propagerait plus au sein des populations sauvages comme elle le faisait auparavant », explique Austin Patton, responsable de l’étude et biologiste de l’évolution à l’université de Californie, à Berkeley. « Elle montre des signes de ralentissement ».

 

UNE TRANSMISSION RÉDUITE

C’est en 1996 que les scientifiques ont découvert la maladie chez les marsupiaux, mais il semblerait qu’elle soit apparue dans les années 1970 ou 1980. En 2015, des chercheurs étaient parvenus à la conclusion que la tumeur faciale transmissible du diable de Tasmanie se divisait en réalité en deux maladies distinctes, connues sous le nom de DFT1 et DFT2. Bien qu’elles provoquent toutes deux des tumeurs impossibles à différencier et la mort par inanition des animaux, elles sont génétiquement distinctes. Leurs origines sont également indépendantes. La DFT2 provient d’un diable de Tasmanie mâle vivant à un bout de l’île, alors que la DFT1 tire son origine d’une femelle, dont le territoire se trouvait à l’autre bout de la Tasmanie.

« Notre découverte de la DFT2 a été une grande surprise, étant donné la rareté des tumeurs transmissibles chez les vertébrés », confie Bruce Lyons, immunologue à l’université de Tasmanie et co-auteur de cette étude, publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

Une poignée de cancers contagieux ont été identifiés dans la nature, notamment un qui touche les chiens domestiques et un autre qui s’attaque aux myes communes. (À lire : La transmission de cancers chez les créatures marines préoccupe les scientifiques)

Afin de mieux comprendre la manière dont se transmet la DFT1 au sein de la population des diables de Tasmanie, Austin Patton et ses collègues ont employé la technique de la phylodynamique, qui sert généralement à l’étude des virus.

La phylodynamique consiste à reproduire la manière dont un agent pathogène se propage et évolue avec le temps en analysant ses gènes. Pour procéder à cette analyse, l’équipe d’Austin Patton a utilisé des échantillons prélevés sur 51 tumeurs de diables de Tasmanie depuis le début des années 2000.

En 2003, alors que l’échantillonnage débutait, l’équipe a découvert que le coefficient de transmission de la tumeur était d’environ 3,5. En d’autres termes, chaque fois qu’un diable de Tasmanie est infecté par la maladie, il la transmettra certainement à 3,5 autres animaux malchanceux.

Un diable de Tasmanie souffrant d’une tumeur faciale est allongé à côté d’une carcasse sur cette photographie prise en Tasmanie dans les années 1990.

Photographie de Dave Watts, Nature Picture Library

Cependant, lorsque le dernier échantillon a été prélevé en 2018, Austin Patton et ses collègues ont découvert que le coefficient de transmission de cette tumeur se situait désormais autour de 1. Selon le responsable de l’étude, il est donc peu probable que la maladie conduise l’espèce à l’extinction.

Mais il ne s’agit pas forcément d’une bonne nouvelle, met en garde Austin Patton. Un taux de transmission plus faible pourrait simplement s’expliquer par le fait que le cancer ne peut plus se propager aussi facilement qu’avant en raison de la diminution du nombre de diables de Tasmanie. En outre, l’étude ne s’est pas intéressée à la DFT2, dont le taux d’infection reste inconnu.

 

UNE TUMEUR COMPLEXE

L’histoire de la tumeur des marsupiaux serait bien plus compliquée, comme le suggère une autre étude publiée dans la revue PLOS Biology en novembre dernier.

Elizabeth Murchison, généticienne à l’université de Cambridge, et ses collègues ont découvert qu’il existait cinq types différents, ou variantes, de la DFT1, et que chacune de ces variantes pouvait infecter le même animal. C’est un peu comme lorsqu’un cancer du sein se propage au cerveau, aux poumons et au foie chez l’Homme. « Dans un sens, la DFT1 a “métastasé” au sein de la population de diables de Tasmanie », a indiqué la généticienne dans un e-mail.

En outre, ces variantes peuvent affecter le rétablissement de l’espèce.

Bruce Lyons essaie par exemple de mettre au point un vaccin qui empêcherait les marsupiaux de transmettre la maladie. Mais pour ce faire, il doit prendre en compte ces complexités génétiques, ce qui complique les choses.

En parallèle, la réintroduction de diables de Tasmanie dans la nature pourrait échouer si les animaux élevés en captivité ne disposent pas de certaines adaptations évolutives nécessaires pour lutter contre la maladie.

C’est pour cette raison qu’aucun marsupial n’a été relâché en Tasmanie depuis 2016, indique Carolyn Hogg, biologiste de la conservation à l’université de Sydney. En attendant, les diables récemment relâchés en Australie continentale n’ont jamais été exposés à la tumeur.

« Les populations se maintiennent malgré la présence de la maladie », explique la biologiste. D’autres menaces pèsent aussi sur l’avenir de l’espèce, comme la consanguinité, la fragmentation de son habitat et les collisions avec les véhicules.

En dépit de tout cela, les défenseurs de l’espèce ne baissent pas les bras. « Ceux qui travaillent avec les diables de Tasmanie dans la nature font preuve d’un optimisme prudent », confie Carolyn Hogg.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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