Les chauves-souris sont les vraies super-héroïnes du monde animal

Batman n'a peut-être pas de super pouvoirs, mais l'animal dont il tire son nom en a plus d'un.

Publication 27 oct. 2021, 12:17 CEST
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Un Pteropus personatus élevé en captivité est suspendu la tête en bas à Jakarta, en Indonésie.

Photographie de JOEL SARTORE, NATIONAL GEOGRAPHIC PHOTO ARK

On dénombre plus de 1 400 espèces de chauves-souris partout dans le monde, à l'exception de l'Antarctique et de quelques îles isolées. 

En 50 millions d'années d'évolution, les chauves-souris ont développé des sens et aptitudes extraordinaires pour survivre, d'un système de sonar intégré pour localiser leurs proies à des ailes agiles faisant d'elles les animaux terrestres au vol horizontal le plus rapide.

« Nous avons encore beaucoup à apprendre [sur les chauves-souris], mais il est clair qu'elles ont des super pouvoirs », souligne Rodrigo Medellín, écologiste à l'Institut d'écologie de l'Université nationale autonome du Mexique et explorateur National Geographic.

 

ÉCHOLOCALISATION

Contrairement à la croyance populaire, les chauves-souris ne sont pas aveugles. Mais beaucoup d'entre n'ont pas pour sens principal la vue. Elles ont plutôt recours à l'écholocalisation pour naviguer et trouver de la nourriture dans l'obscurité totale. 

L'écholocalisation est une façon de percevoir son environnement en émettant une onde sonore qui ricoche contre un objet et renvoie un écho donnant des informations sur la taille de cet objet et la distance à laquelle il se trouve. Ce sonar naturel est si sophistiqué que certaines chauves-souris peuvent détecter un objet de la largeur d'un cheveu humain.

L'explorateur National Geographic Rodrigo Medellín et Aaron Corcoran, biologiste à l'Université du Colorado, ont découvert que les chauves-souris volaient pendant de longues périodes en silence, sans doute pour éviter d'être détectées par d'autres chauves-souris. Lorsqu'elles n'ont pas recours à l'écholocalisation, les chauves-souris peuvent se reposer sur leur vue et leur bonne mémoire spatiale pour trouver leur chemin.

Des petits renards volants prennent leur envol depuis un arbre à Atherton Tablelands, dans le Queensland, en Australie.

Photographie de Juergen Freund, Nature Picture Library

UN VOL RAPIDE

Les chauves-souris sont les seuls mammifères qui utilisent leurs muscles pour voler en vol autonome. De fait leurs techniques de vol sont uniques dans le règne animal.

Les ailes des chauve-souris ressemblent à des mains humaines, avec des « doigts » allongés reliés par une membrane flexible parcourue par des vaisseaux sanguins, des nerfs et des tendons. Ces ailes singulières sont soutenues par des muscles qui rendent les chauves-souris aussi efficaces qu'agiles. Contrairement aux ailes d'oiseau ou d'insecte, les ailes de chauve-souris peuvent se plier pendant le vol de différentes manières, comme peut le faire une main humaine.

D'aucuns seront surpris d'apprendre que la chauve-souris mexicaine à queue libre est l'animal terrestre au vol le plus rapide. En 2016, des chercheurs texans ont documenté des chauves-souris mexicaines à queue libre atteignant des vitesses allant jusqu'à 160 km par heure, faisant de cette petite chauve-souris le mammifère le plus rapide sur Terre.

Certes, le faucon pèlerin peut atteindre une vitesse d'environ 320 kilomètres par heure en plongée. En vol horizontal cependant, l'oiseau n'atteint que des vitesses comprises entre 65 et 95 kilomètres par heure.

« Le faucon pèlerin triche », s'amuse Medellín. « Il utilise la gravité pour prendre de la vitesse. »

 

UNE LONGÉVITÉ HORS-NORME

En règle générale en biologie, les petits animaux ont une durée de vie plus courte que les gros. Mais les chauves-souris dérogent à cette règle : ce sont les mammifères qui vivent le plus longtemps par rapport à leur taille. La plus vieille chauve-souris jamais observée était un minuscule Murin de Brandt en Russie, qui pesait moins de 7 grammes, et qui a vécu au moins 41 ans.

Récemment, des scientifiques ont étudié les cellules de plusieurs chauves-souris pour tenter de percer le mystère de leur vie exceptionnellement longue. Ils se sont concentrés sur les télomères, des structures protectrices trouvées aux extrémités des chromosomes. Chez la plupart des animaux, les télomères ont tendance à raccourcir avec l'âge, un processus qui peut être associé à la dégradation et à la mort des cellules au fil du temps. Mais les télomères du groupe de chauves-souris qui vit le plus longtemps, les Myotisne semblent pas rétrécir avec l'âge

L'oreillard roux, la chauve-souris à l'ouïe hors du commun

 

UNE GRANDE RÉSISTANCE AUX VIRUS

En plus de vivre longtemps, les chauves-souris restent en bonne santé tout au long de leur vie, avec de très faibles incidences de cancers.

De plus, les chauves-souris peuvent être infectées par des virus mortels, tels que la rage et Ebola, sans tomber malades. Une analyse récente des génomes de six espèces de chauves-souris a révélé une course évolutive de longue date entre les chauves-souris et les virus. Par exemple, les gènes des chauves-souris impliqués dans l'immunité et l'inflammation ont changé périodiquement au fil du temps, probablement en réponse à une infection par des virus, qui ont eux-mêmes développé de meilleures façons d'infecter les chauves-souris.

Les chauves-souris sont les hôtes présumés de plusieurs virus pouvant infecter l'Homme, comme le virus Nipah, souvent mortel. Alors que certains experts soupçonnent que le SRAS-CoV-2, le coronavirus responsable de la pandémie de COVID-19, a eu des chauves-souris pour hôtes dans la chaîne de transmission, d'autres se demandent si les chauves-souris n'ont pas été des transmetteurs directs du coronavirus.

Dans tous les cas, selon les écologistes, les chauves-souris sauvages porteuses de coronavirus ne constituent pas une menace pour l'Homme si elles ne sont pas dérangées et si leur habitat n'est pas détruit. De plus, la recherche sur leur système immunitaire si particulier pourrait permettre de comprendre comment les humains pourraient vivre au milieu de virus sans pour autant tomber malades.

 

UTILES À LEUR ÉCOSYSTÈME

Au-delà de ces extraordinaires caractéristiques, les chauves-souris sont utiles, voire indispensables, à leurs écosystèmes.

Trois espèces de chauves-souris sur quatre se nourrissent d'insectes, et chaque nuit, n'importe laquelle de ces espèces peut manger l'équivalent de son poids en insectes. Beaucoup sont considérées comme des parasites qui endommagent les cultures agricoles comme les cultures de coton. Les scientifiques estiment que les chauves-souris insectivores pourraient permettre aux agriculteurs de faire des économies en réduisant les dommages aux cultures et en limitant le recours aux pesticides. 

De nombreuses espèces de chauves-souris améliorent la santé et la diversité des plantes qui composent leur environnement : au moins 549 espèces végétales sont pollinisées ou dispersées par les chauves-souris. Parmi celles-ci on compte de nombreuses cultures vivrières populaires, notamment les bananes, les mangues, les goyaves et le cacao.

« Les chauves-souris sont des héroïnes méconnues de la biodiversité », déclare Medellín. « Elles sont essentielles pour la production de notre nourriture, de nos vêtements et nos boissons. Il est temps que nous les apprécions [à leur juste valeur]. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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