Les pandas géants ne seraient plus en danger d’extinction

C'est une bonne nouvelle : la Chine a récemment annoncé que les pandas n'étaient plus en danger d’extinction. Mais la concurrence avec la faune sauvage pourrait faire obstacle aux tentatives de réintroduction des pandas dans leur habitat naturel.

De Kyle Obermann
Publication 3 sept. 2021, 16:52 CEST
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Un panda géant captif et son petit explorent leur enclos au Centre chinois de sauvegarde et de recherches de Wolong, dans la province du Sichuan.

Photographie de Ami Vitale, Nat Geo Image Collection

HONG KONG – Dans le monde entier, le panda géant, emblématique de la Chine, est signe de mignonnerie. Mais ces créatures noires et blanches aux faux airs d’oursons souffrent depuis longtemps d’être si irrésistibles : elles sont braconnées pour leur peau, enlevées et rapportées clandestinement aux États-Unis et au Japon, et les collectionneurs spéculent dessus comme si il s'agissait d'actions.

À l’aube des années 1980, leur nombre dans la nature était d’à peine un millier. L’extinction était imminente.

Mais cet été, les pandas sont aussi devenus un symbole de la sauvegarde animale. Les autorités chinoises ont annoncé que l’espèce, dont la population sauvage a presque doublé après trente ans d’efforts gouvernementaux, n’était plus en danger.

En 2016, l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) avait déjà rétrogradé le panda géant d’espèce « en danger » à espèce « vulnérable », en justifiant sa décision par l’accroissement de leur population et l’expansion de leur habitat. Mais certains scientifiques et officiels chinois ont rejeté cette estimation, arguant qu’elle était prématurée et qu’elle pourrait miner les efforts faits pour protéger les pandas.

Les forêts chinoises ont été débarrassées de nombreux prédateurs de grande taille, ce qui a permis à leurs proies (comme le takin du Sichuan et le sanglier chinois) de proliférer.

Photographie de Kyle Obermann pour Conservation International

De nombreux progrès ont été faits depuis 2016. La Chine a créé un nouveau parc national dédié aux pandas géants, qui recouvre 70 % de leur habitat actuel, principalement dans la province du Sichuan. Et le nombre de pandas élevés en captivité dans le monde a presque doublé (il y en a 633). C’est quasiment deux fois plus que le nombre de pandas nécessaires pour préserver la diversité génétique, essentielle à la survie des espèces.

Dans le même temps, une étude sur les effets du dérèglement climatique sur le bambou, qui représente 99 % de l’alimentation d’un panda, montre que leur tolérance (et celle du bambou) aux variations de températures et de précipitations est bien plus élevée que ce qu’on croyait. 

« En réalité, l’augmentation observée aujourd’hui, personne n’aurait pu affirmer que cela se produirait il y a vingt ans. Aujourd’hui, le problème du panda est résolu avec brio », affirme Fang Wang, biologiste de la conservation à l’école des sciences de la vie de l’Université Fudan, à Shanghai.

Enfin… résolu dans une certaine mesure, car selon certains experts le redressement des populations de pandas n’est pas garanti. La déforestation généralisée et la fragmentation de l’habitat restreignent les pandas dans la nature. Ils n’ont accès qu’à 1 % de leur habitat historique. Et de nouvelles menaces se profilent à l’horizon.

 

CONFLITS NATURELS

Le fait que la Chine réserve plus de terres aux pandas pour qu’ils se reproduisent a aussi bénéficié aux takins du Sichuan, des ongulés hirsutes au poil brun clair qui ressemblent à un mélange entre une vache et une chèvre de montagne et qui peuvent peser jusqu’à 350 kilogrammes. Dans la réserve nationale de Tangjiahe, important sanctuaire pour pandas, leur nombre a quasiment triplé. De 500 en 1986, on est passé à 1 300 en 2015. (Les takins mâles peuvent être dangereux, surtout en période de rut. Aux monts Qinling, ils ont tué vingt-deux personnes et en ont blessé 184 en neuf ans).

« Nous avons observé comment l’activité des takins influence de manière évidente la croissance de la végétation », explique Diao Kunpeng, fondateur de l’association Qingye Ecology basée dans le Sichuan, dont le but est de superviser et de mener à bien des études sur les réserves naturelles.

Les takins arrachent l’écorce des arbres pour se nourrir, ce qui les expose à des infections fongiques mortelles et à des insectes non moins dangereux. Par la  suite, la composition des forêts évolue. Il y a moins d’arbres larges et plus de sous-bois recouverts d’arbustes. « Mais les pandas aiment les forêts de bambous avec de gros arbres » qui servent de refuge pour élever les petits, signale Diao Kunpeng.

Les pandas marquent les arbres avec une substance semblable à de la cire sécrétée par des glandes qui se trouvent sous leur queue. Cela leur sert à communiquer et à trouver des partenaires. Mais quand les takins se frottent contre ces arbres pour soulager leurs démangeaisons, ils sont susceptibles d’éliminer ou d’estomper l’odeur laissée par les pandas.

Les chercheurs n’ont pas encore de données concluantes qui permettent d’établir la façon dont les changements forestiers affectent les pandas sauvages, mais une étude réalisée sur le long terme à Tangjiahe devrait fournir plus de réponses.

Selon Fang Wang, les sangliers chinois (Sus scrofa moupinensis) posent potentiellement plus de problèmes aux pandas. Les deux sont des espèces protégées en Chine. Il n’existe pas d’estimations officielles concernant le nombre de sangliers, mais il semble qu’ils soient plus nombreux que les takins, qu’ils occupent davantage de territoire, et que leur impact sur l’environnement soit bien plus prononcé.

Chaque printemps, les jeunes pousses de bambous apportent des protéines et des nutriments précieux aux pandas, en particulier aux femelles en gestation ou à celles qui sécrètent du lait. Mais les sangliers aiment eux aussi les jeunes pousses, et les recherches montrent que les pandas évitent de chercher de la nourriture dans les zones habitées par des sangliers. En fait, on s’est rendu compte que le nombre de pandas augmentait quand il y avait peu de sangliers dans leur voisinage.

De plus, les sangliers sont porteurs de maladies comme la maladie de Carré et la grippe porcine, qu’ils peuvent transmettre à d’autres espèces. « Ces virus infecteront les pandas à coup sûr », garantit Fang Wang.

Lorsque les sangliers cherchent de la nourriture, ils ravagent les cultures des villageois, ce qui, selon Fang Wang, pourrait faire baisser le soutien aux efforts de sauvegarde de la faune dans les régions où les pandas vivent.

Les pandas géants ont très peu de prédateurs naturels, et par le passé, les léopards des neiges, les dholes et les loups empêchaient les takins et les sangliers de trop se reproduire. Mais à en croire une étude de 2020 réalisée par William McShea, écologue spécialiste de la faune au Smithsonian Conservation Biology Institute de Front Royal en Virginie, ces superprédateurs ont quasiment disparu. La plupart se sont éteints à cause du braconnage et de la disparition des habitats, prévient celui qui a travaillé en Chine pendant plus de vingt ans et qui défend le « retour de ces carnivores ».

Fang Wang ajoute que les responsables de la faune et de la flore n’ont pas assez de données, que ce soit sur les takins ou sur les sangliers, pour mettre en œuvre des plans qui permettraient d’équilibrer leur nombre et leurs besoins avec ceux des pandas.

L’Administration des forêts et des prairies du Sichuan, l’agence qui supervise la sauvegarde de la faune et des habitats, n’a pas répondu aux sollicitations de National Geographic.

 

LE « BEL AVENIR DES PANDAS »

Pendant longtemps au 20e siècle, les peaux de pandas se sont vendues à prix d’or au marché noir : jusqu’à 85 000 euros. Dans son livre intitulé The Last Panda paru en 1994, le naturaliste George Schaller décrivait les pandas comme une espèce accablée par le braconnage, par la disparition de ses habitats, et par une mauvaise gestion de ses populations. À l’époque, il prédisait que « les braconniers élimineraient les pandas bien avant que la consanguinité ne devienne un problème. »

De nos jours, le braconnage est rare, mais l’exploitation forestière continue de sévir à l’intérieur et en dehors des réserves. George Schaller, qui approche désormais des 90 ans, affirme être bien plus optimiste. S’il devait écrire un nouveau livre, « ce serait sur l’avenir positif des pandas. »

Un réseau de rangers consacré aux pandas a permis de juguler leur déclin : dans la province du Sichuan, qui abrite la majorité des pandas sauvages, au moins 4 000 rangers patrouillent dans les 166 réserves naturelles. « Les rangers font office de tampon entre la loi et les pratiques traditionnelles », explique Fang Wang.

Ils aident aussi les défenseurs de l’environnement et les biologistes en récupérant des informations cruciales sur les animaux. Les rangers vivent généralement dans les réserves et les parcourent le relief de leurs forêts de bambous pendant des semaines pour faire de la maintenance de pièges photographiques et répertorier le comportement de la faune. Les données qu’ils rassemblent sont utilisées pour établir un décompte officiel du nombre de pandas en Chine (le prochain recensement sera effectué en 2022) et pour façonner les efforts et les stratégies de préservation.

Ce panda né en captivité fait son chemin dans la vie sauvage

Une mesure que les défenseurs chinois de la nature ont adoptée est de faire se reproduire et d’élever les pandas en captivité en vue de les relâcher dans les réserves pour qu’ils renforcent les populations sauvages.

La réintroduction des pandas est controversée parce que l’élevage de pandas en captivité coûte cher et prend du temps.

L’effort connaît d’ailleurs une réussite relative. Jusqu’ici, quatorze pandas ont été relâchés, et douze d’entre eux sont nés en captivité. Parmi eux, neuf ont survécu. Les deux pandas restants avaient été secourus et gardés en captivités. Le seul panda relâché dont on sait qu’il s’est reproduit avec succès dans la nature était un de ceux qui avaient été secourus. 

Fin 2019, le Centre chinois de sauvegarde et de recherche sur les pandas géants a annoncé un plan visant à libérer trois pandas dans la province du Jiangxi, d’où ces créatures ont disparu depuis au moins 10 000 ans.

Cela aurait été la première fois qu’on libérait des pandas élevés en captivité en dehors du Sichuan, mais le plan était est tombé à l’eau mi-2020 en pleine controverse opposant chercheurs et officiels chinois au sujet de l’efficacité de la réintroduction des pandas. 

« Au sein des communautés d’experts chinoises, et même au sein de l’équipe qui supervise la reproduction, il y a des avis franchement divergents, explique Fang Wang. Donc au niveau de la libération des pandas, il n’y a pas de plan exhaustif. »

Fang Wang espère qu’on prendra la décision de libérer davantage de pandas de manière méthodique et ciblée afin de stimuler les populations régionales et de relier les corridors biologiques de telle manière que les animaux puissent se déplacer en liberté dans les régions où il y a de bons habitats.

« De toute manière, nous n’avons pas besoin de 600 pandas en captivité, affirme Fang Wang. Peut-être qu’après avoir échoué un certain nombre de fois nous serons en mesure de mieux libérer les pandas et d’améliorer la vie de ceux qui vivent dans la nature. »

Pour William McShea, le programme d’élevage « ne va pas changer le monde ». « Ils s’en sortiraient bien mieux en créant des réserves qui produisent des pandas en abondance et en relogeant ces pandas. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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