Environnement

Des tremblements de terre pourraient se produire partout dans le monde

Nous ignorons pour l'heure où se trouvent toutes les failles.

De Simon Worrall
Près de 300 personnes sont mortes dans le tremblement de terre qui a frappé le village d'Amatrice, dans le centre de l'Italie, en août 2014.

D'après une estimation de l'organisme américain Geological Survey (USGS), 500 000 tremblements de terre ont lieu à travers le monde chaque année. La plupart sont trop faibles pour faire trembler votre tasse de thé. Cependant, certains d'entre eux, à l'image du tremblement de terre au large des côtes japonaises en 2011 ou la catastrophe survenue l'année dernière en Italie, peuvent causer l'effondrement des grands bâtiments, couper l'accès à l'électricité, à l'eau et aux réseaux de communication et traumatiser à vie les victimes qui, par malchance, se sont retrouvées au mauvais endroit au mauvais moment.

Aux États-Unis, tous les yeux sont braqués sur la faille de San Andreas, en Californie. Selon les géologues, il existe près d'une chance sur cinq qu'elle provoque un tremblement de terre majeur au cours des trois prochaines décennies. D'après Kathryn Miles, auteure de Quakeland: On the Road to America's Next Devastating Earthquake Au pays des tremblements de terre : sur la route du prochain tremblement de terre dévastateur des États-Unis », traduction libre), nous ne devrions pas nous préoccuper uniquement des failles connues. Lors d'un entretien accordé à National Geographic chez elle à Portland, dans l'État américain du Maine, elle nous a expliqué qu'il existe de nombreuses failles dont nous n'avons pas connaissance. Et la fracturation hydraulique ne fait qu'augmenter les risques.

Le tremblement de terre au Japon en 2011 a conduit à l'effondrement ou l'affaissement de plusieurs immeubles et à de nombreuses inondations.

Comme l'a dit Charles Richter, l'inventeur de l'échelle de Richter, dans une déclaration célèbre : « Seuls les imbéciles, les menteurs et les charlatans prédisent les tremblements de terre ». Pourquoi les séismes sont-ils si difficiles à prédire ? Nous sommes bien parvenus à envoyer des fusées dans l'espace et à sonder les profondeurs des océans.

Vous avez raison, nous en savons bien plus sur les galaxies lointaines que sur les rouages internes de notre planète. Le problème, c'est qu'il est impossible pour les sismologues d'étudier un tremblement de terre, alors qu'ils ne savent pas quand et où il aura lieu. Il peut très bien éclater 10 kilomètres sous terre, ou sous les océans, auquel cas ils ne s'en rendent même pas compte. Les sismologues peuvent revenir en arrière et mener des investigations post-mortem. Toutefois, nous ne savons toujours pas où se situent la plupart des failles. Nous savons juste où se trouve une faille après l'éclatement d'un séisme. À bien y regarder, les derniers tremblements de terre importants survenus au cours des 100 dernières années aux États-Unis se sont tous produits sur des failles dont nous ne soupçonnions pas l'existence.

L'installation nucléaire de Fukushima, au Japon, n'était pas équipée pour résister au tsunami provoqué par le tremblement de terre de 2011. Trois réacteurs ont été touchés.

La fracturation hydraulique est une pratique relativement récente. De nombreuses personnes craignent qu'elle provoque ce que l'on appelle des séismes induits. Quel est l'avis général de la communauté scientifique ?

D'après la communauté scientifique, une pratique connue pour injecter des eaux usées dans les sous-sols provoque indéniablement des tremblements de terre si les caractéristiques géologiques y sont propices. Dans le cadre de la fracturation hydraulique, de l'eau et des huiles de graissage sont injectées dans la terre afin de fendre la roche, afin de pouvoir récupérer l'huile et le gaz naturel. En parallèle, les eaux usées sont également extraites et amenées à la surface.

Aux États-Unis, la fracturation hydraulique est menée de différentes façons selon les différents États. Certains États, à l'instar de la Pennsylvanie, préfèrent laisser les eaux usées stagner dans les réservoirs hors sol, ce qui peut conduire à une contamination par écoulement de l'eau potable. D'autres États comme l'Oklahoma ont décidé de réinjecter l'eau dans le sol. Cette injection suffit à déplacer la pression vers le noyau terrestre, de sorte que des séismes se produisent chaque jour dans les environs de Stillwater, par exemple. Avec les progrès technologiques, l'augmentation de notre capacité et de notre besoin d'extraire davantage de ressources, nos chances de provoquer des séismes augmenteront également de façon exponentielle.

 

Après Fukushima, il est impossible de garantir que l'enfouissement des déchets nucléaires sous les sols soit sûr. Or, le président Trump a récemment débloqué de nouveaux fonds pour le site de Yucca Mountain, situé dans l'État américain du Nevada. Est-ce bien raisonnable ?

Le problème de Fukushima n'était pas relatif au stockage souterrain de matières nucléaires, mais ce point est pertinent. Le séisme de Tohoku, au large des côtes du Japon, était d'une magnitude de 9,0 sur l'échelle de Richter : il était si violent qu'il a déplacé l'axe de la Terre ainsi que l'île du Japon d'environ huit centimètres ! Il a déclenché une succession de tsunamis, lesquels ont submergé la centrale nucléaire de Fukushima à un point alors inenvisageable pour ses concepteurs.

Le site de Yucca Mountain est censé répondre à la nécessité de stocker les énormes quantités de déchets nucléaires qui se sont accumulées pendant plus de 40 ans. Le premier problème qui se pose est leur extraction des centrales. Nous devrons acheminer par camion ou par train ces barres de combustibles usés depuis, disons, Boston, jusqu'à un site comme celui de Yucca Mountain, dans le Nevada. En chemin, elles traverseront de nombreuses zones sismiques, comme New Madrid, largement reconnue comme l'une des zones de tremblements de terre les plus dangereuses des États-Unis.

La montagne Yucca a d'ores et déjà connu des activités sismiques. En fin de compte, il n'existe aucun endroit idéal pour l'enfouissement de déchets nucléaires. Rien ne nous garantit que le lieu où nous les enfouissons sera sécurisé

En Pennsylvanie, les eaux usées sont enfouies au-dessus du sol. En Oklahoma, elles sont enfouies dans le sol. Une pratique, qui à terme, peut provoquer des tremblements de terre.

Suite au séisme des Abruzzes en Italie, sept sismologues ont été jugés et condamnés à six ans de prison pour n'avoir pas réussi à prédire la catastrophe. Une épée de Damoclès de ce type n'aiderait-elle pas à développer les capacités de prédiction des sismologues du monde entier ? 

[Rires] La communauté scientifique a dénoncé à l'unanimité cette action du gouvernement italien étant donné qu'à l'heure actuelle, il est impossible de prédire les séismes. Cependant, la question de la culpabilité est importante. Dans quelle mesure pouvons-nous tenir pour responsable quelqu'un ? Souhaitons-nous tenir le météorologue national responsable des mauvaises prévisions météorologiques ? [Rires]

Les scientifiques affirment : « Prédire les séismes est comme le Saint Graal ; cela n'arrivera jamais tant que nous serons en vie et pourrait très bien ne jamais se produire ». Je ne pense pas que ce soit une manière de contourner la question de leur part. En revanche, nous pouvons travailler sur nos systèmes d'alerte et permettre aux sinistrés d'avoir au moins 30 ou 90 secondes pour réaliser quelques gestes décisifs pouvant sauver leur vie. Aux États-Unis, nous n'y sommes pas parvenus. Pourtant, le Mexique a un système de ce type depuis des années !

 

L'application MyQuake est une des nouvelles approches en matière de prédiction. Pouvez-vous nous expliquer comment elle fonctionne et dans quelle mesure elle pourrait être une solution pertinente dans les pays en développement ?

L'organisme américain de relevé géologique USGS veut absolument que des fonds soient débloqués pour cette application. Les réticences semblent provenir du Congrès américain. Un consortium d'universitaires, en collaboration avec l'USGS, ont travaillé sur plusieurs outils passionnants. Par exemple, un réseau dense de sismographes alimentent un serveur central qui absorbe toutes les informations et comprend en l'espace de quelques nanosecondes qu'un séisme est sur le point d'éclater.

MyQuake est une application qui permet d'obtenir des informations mises à jour et savoir ce qu'il se passe dans le monde entier. Ce qui est fascinant, c'est que nos téléphones peuvent également faire office de sismographes. La technologie qui permet à votre téléphone de reconnaître de quel côté vous le tenez, s'il doit vous montrer une photo portrait ou paysage, enregistre d'autres types de mouvements. Des scientifiques de l'Université de Californie à Berkeley cherchent à rassembler ces informations, de sorte à ce que nous puissions nous servir de nos smartphones pour enregistrer les séismes et envoyer des signaux d'alerte aux habitants, dans des endroits où il y a peu de sismographes ou d'instruments de mesure (tels que New York, Chicago ou dans des pays en développement comme le Népal).

 

Cette interview a été éditée à des fins de concision et de clarté.

Simon Worrall est en charge de la section Book Talk. Retrouvez-le sur Twitter ou sur simonworrallauthor.com.

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