France : les feux de forêt condamnent les animaux à vivre dans des "déserts de cendres"
Les incendies catastrophiques survenus en France pourraient nuire pendant longtemps à de nombreuses populations d’animaux sauvages.

Un rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) est revenu dans le Parc naturel régional du Pilat, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, deux jours après que des feux de forêt ont ravagé quelques hectares.
Un rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) est revenu dans le Parc naturel régional du Pilat, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, deux jours après que des feux de forêt ont ravagé quelques hectares.
Cet été, des feux de forêts font rage dans toute l’Europe, et la France et l’Espagne sont particulièrement touchées. Dans le seul Hexagone, plus de 200 000 personnes ont dû quitter leurs domiciles, quatre pompiers ont trouvé la mort et au moins 129 pompiers ont été intoxiqués sur les feux en Gironde. En Espagne, au moins treize personnes ont trouvé la mort, incapables d’échapper aux flammes.
Il s’agit de toute évidence d’une crise humanitaire, mais la faune n’est pas épargnée par l’horreur. De même que les humains, les animaux sauvages fuient les flammes, mais beaucoup n’ont pas réussi à leur échapper à temps, et des millions d’animaux devraient être morts selon les prévisions, comme le rappelle Céline Sissler-Bienvenu, spécialiste des interventions d’urgence liées à la faune et fondatrice de Planimalia, cabinet de conseil dédié à la gestion de la faune lors des situations de crise. « C’est une catastrophe écologique. »
Le changement climatique est le principal facteur à l’origine des incendies survenus en France et en Espagne et l’augmentation des températures provoque des sécheresses, car l’air plus chaud peut contenir davantage d’humidité. Cela donne soif à l’atmosphère, « qui aspire l’humidité du sol, des plantes », explique Stefan Rahmstorf, climatologue de l’Institut de recherche sur les effets du changement climatique de Potsdam, en Allemagne. La végétation desséchée se transforme en petit bois en attente d’une étincelle.

Photographie prise depuis l’hélicoptère de coordination des opérations de secours de la Sécurité civile montrant une zone calcinée après un feu de forêt près de Le Porge, en Gironde.
Photographie prise depuis l’hélicoptère de coordination des opérations de secours de la Sécurité civile montrant une zone calcinée après un feu de forêt près de Le Porge, en Gironde.
Pour les animaux qui ont survécu aux incendies près de Bordeaux, en France, le tableau reste sombre. Leur habitat n’est plus qu’une étendue calcinée de 42 000 hectares. « C’est comme Pompéi », fait observer Grégoire Loïs, naturaliste du Muséum national d’histoire naturelle. « C’est un désert de cendres. »
DE NOMBREUX ANIMAUX SONT EN DANGER
Selon les spécialistes, une multitude d’animaux sont touchés par ces incendies. Leur habitat forestier ayant disparu, et se trouvant sans buissons ni feuillages pour se camoufler, de petits animaux tels que les musaraignes, les hérissons et les lézards disposent de moins d’endroits pour se cacher des prédateurs et peuvent facilement devenir des proies. De plus, les insectes qu’ils aiment manger ont été anéantis par la catastrophe, ce qui les prive de toute source de nourriture.
De nombreux animaux s’aventurent ensuite dans les zones urbaines à la recherche de nourriture et se mettent en danger. Comme le rappelle Céline Sissler-Bienvenu, « chaque fois qu’il y a des incendies, [nous constatons] un pic de collisions avec des voitures, car ils sont désorientés et perdus ».
La spécialiste ajoute que les cendres et les retardateurs de flammes toxiques polluent également l’eau et les sols, ce qui complique la tâche aux animaux en quête de nourriture et d’eau et peut potentiellement causer des problèmes de santé tout au long de leur vie, par exemple des troubles liés à la reproduction.
Bien que les feux de forêt touchent tous les animaux, certains scientifiques sont particulièrement préoccupés par quelques taxons. Les cerfs peuvent s’enfuir et les oiseaux capables de voler aussi, observe Grégoire Loïs, mais « ce n’est pas le cas des reptiles et des amphibiens ».

Le pélobate cultripède est peut-être l’un des animaux les plus affectés par les incendies qui ont sévi en France. Ce petit crapaud lent et vivant dans des terriers a pu rencontrer des difficultés pour s’échapper.
Le pélobate cultripède est peut-être l’un des animaux les plus affectés par les incendies qui ont sévi en France. Ce petit crapaud lent et vivant dans des terriers a pu rencontrer des difficultés pour s’échapper.
Une population rare de crapauds a probablement été durement touchée par les incendies. Le pélobate cultripède (Pelobates cultripes), listé comme espèce vulnérable sur la liste rouge de l’UICN, est un animal nocturne qui se déplace lentement et que l’on trouve dans les forêts et dans les zones humides du sud de la France, d’Espagne et du Portugal. Sa population est si petite que cet amphibien qui vit au sol est « partout considéré comme un trésor local », explique Grégoire Loïs.
Avant l’incendie, l’espèce était déjà confrontée à une multitude de menaces. Son habitat a été détruit pour faire place à des infrastructures urbaines et aux exploitations agricoles. L’arrivée d’espèces invasives, comme les écrevisses de Louisiane (Procambarus clarkii), des prédatrices, et l’augmentation des collisions avec des véhicules, ont encore aggravé les pressions que ce crapaud subit. Cette population de crapauds aurait décliné de plus d’un tiers au cours des vingt dernières années environ.
Leur population est si réduite que « n’importe quelle perte représente une tragédie », relève Grégoire Loïs. Incapables de s’enfuir aussi vite que les cerfs ou les sangliers, beaucoup de ces crapauds sont susceptibles d’avoir succombé à la chaleur, aux flammes et à la fumée. Les scientifiques doivent commencer par découvrir la véritable étendue des dégâts, bien que l’espoir soit permis selon certains. Grégoire Loïs raconte avoir vu une photo d’une grenouille rousse (Rana temporaria) « dans la main d’un observateur dans une zone brûlée ».
« Donc celle-ci a pu s’échapper et on l’a découverte en train d’essayer de se frayer un chemin à travers la cendre », décrit-il. Si des grenouilles rousses ont survécu, alors peut-être que des pélobates cultripèdes aussi.
En tant que crapauds fouisseurs, ils vivent dans des terriers qu’ils creusent eux-mêmes ou qui ont été abandonnés par d’autres animaux. Ces terriers les protègent de toute température extrême à la surface, qu’il s’agisse du froid ou du chaud, un autre fait qui permet d’espérer. Cachés dans ces terriers, qui peuvent s’enfoncer jusqu’à un mètre de profondeur, certains spécimens pourraient avoir survécu, surtout s’il n’y avait pas beaucoup de végétation asséchée au sol, ce qui aurait permis au feu de passer rapidement.
« La flore et la végétation reviendront avec la prochaine pluie, conclut Céline Sissler-Bienvenu. La nature peut être très résiliente. Mais pour ce qui est des animaux, il leur faudra beaucoup, beaucoup de temps pour se rétablir. »
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
