Nouveau record de température journalière mondiale jamais enregistrée

Les 3 et 4 juillet ont été les journées les plus chaudes jamais enregistrées : un record préoccupant qui s'inscrit dans une tendance qui ne devrait qu'augmenter d'ici la fin du siècle. La Terre pourrait-elle un jour devenir inhabitable ?

De Madeleine Stone
Publication 6 juil. 2023, 17:48 CEST
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Sur la place d'Espagne à Rome, en Italie, des touristes tentent de se rafraîchir face à la chaleur estivale. En raison de la combinaison du changement climatique et du phénomène El Niño de cette année, la Terre a récemment connu ses deux journées les plus chaudes jamais enregistrées.

PHOTOGRAPHIE DE Antonio Masiello, Getty Images

Avec des températures moyennes mondiales de 17,01 et 17,18 °C, les 3 et 4 juillet ont été les journées les plus chaudes jamais observées par les National Centers for Environmental Prediction américains depuis la création de leurs registres en 1979.

La Terre a connu des journées plus chaudes à travers son histoire, et en connaîtra encore bien d’autres. Lors des phases qualifiées de hothouse (ou greenhouse), lorsque l’atmosphère était surchargée de gaz à effet de serre, la planète était en effet beaucoup plus chaude qu’elle ne l’est aujourd’hui ; les vagues de chaleur étaient alors cauchemardesques. Si les émissions de carbone engendrées par l’activité humaine n’ont pas encore fait entrer notre planète dans une telle période de réchauffement, le changement climatique actuel provoque bel et bien des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, et de plus en plus graves.

Bien que la Terre ne risque pas de devenir aussi brûlante et inhabitable que sa jumelle Vénus de sitôt, selon les scientifiques, les vagues de chaleur dangereuses pour les humains ne devraient devenir plus fréquentes dans les prochaines années et décennies.

 

UNE HISTOIRE BRÛLANTE

Contrairement à ce que nous pouvons penser, la Terre se trouve actuellement dans ce que les géologues appellent une phase icehouse : une période suffisamment froide pour permettre un cycle de glaciations, durant lequel la taille et la distribution des inlandsis continentaux près des pôles fluctuent au fil du temps (celui de l’hémisphère nord se situe actuellement vers le Groenland). Pour savoir à quoi un monde pourrait bien ressembler beaucoup plus chaud, il suffit de remonter au moins 50 millions d’années en arrière, au début de l’Éocène.

« C’est, en quelque sorte, le dernier climat vraiment chaud que la Terre a connu à ce jour », explique Jessica Tierney, paléoclimatologue à l’Université de l’Arizona.

Aujourd’hui, la température moyenne de la Terre oscille généralement autour des 15 °C. Au début de l’Éocène, elle était plus proche des 21 °C ; le monde était alors très différent. Les pôles n’étaient pas glacés et les océans tropicaux atteignaient des températures de 35 °C. Et plusieurs millions d’années auparavant, lors du maximum thermique du passage Paléocène-Éocène (PETM), le climat était encore plus chaud.

Avant cela, la Terre avait déjà connu des phases hothouse encore plus extrêmes. Pendant le Crétacé, il y a 92 millions d’années, la température à la surface de la Terre atteignait les 30 °C, un climat chaud qui a duré pendant des millions d’années, ce qui a permis à des forêts tempérées humides de prospérer près du pôle Sud. De même, il y a environ 250 millions d’années, la limite Permien-Trias a été marquée par un réchauffement planétaire extrême, la température moyenne de la Terre ayant oscillé autour des 32 °C, et ce pendant des millions d’années, selon une reconstitution préliminaire de la Smithsonian Institution.

Pendant cette période infernale, la Terre a subi l’une des pires extinctions massives de son histoire. Les océans tropicaux étaient comparables à des jacuzzis. Même si nous ne disposons pas des données météorologiques journalières du Permien (ou de toute autre période ancienne de l’histoire de la Terre), il est probable que les chaleurs inhabituelles observées cette semaine n’auraient rien eu d’exceptionnel sur le supercontinent Pangée.

« Plus les conditions moyennes sont chaudes, plus les épisodes de chaleur extrême sont fréquents », soulève Tierney. Lors des journées les plus chaudes de ces périodes les plus chaudes de l’Histoire, « la chaleur qui était atteinte dans des régions comme les déserts est inimaginable ».

 

UN AVENIR PLUS CHAUD

Toutes les phases hothouse récentes de la Terre semblent avoir un point commun : elles ont été précédées d’une impulsion massive de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, due par exemple à des éruptions volcaniques ou à des émissions de méthane venu tout droit des fonds marins. Les humains provoquent aujourd’hui une situation similaire en brûlant d’énormes réserves de carbone fossile, augmentant ainsi les niveaux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère à un rythme qui n’avait jamais été atteint depuis l’extinction des dinosaures, il y a 65 millions d'années, et peut-être même bien avant.

Comprendre : la Terre

« D’habitude, lorsqu’un changement rapide du climat avait lieu [par le passé], ce dernier était induit par des mécanismes similaires à ceux que nous connaissons aujourd’hui », révèle Kristin Bergmann, spécialiste des sciences de la Terre au MIT. « Il y a un changement assez rapide dans les gaz à effet de serre qui réchauffent notre planète. »

Aujourd’hui, comme par le passé, les températures moyennes mondiales connaissent une augmentation rapide. Le nombre de journées extrêmement chaudes est également en hausse ; bien des études concluent que les records de températures récents auraient été quasiment impossibles sans les activités humaines.

Selon les experts, il est difficile de prévoir dans quelle mesure la Terre se réchauffera si nous continuons à introduire de telles quantités de carbone dans l’atmosphère. Michael Wehner, chercheur spécialisé dans les phénomènes météorologiques extrêmes au Lawrence Berkeley National Laboratory, détaille dans un e-mail que « l’augmentation des températures des futures vagues de chaleur dépendra de la période, et de la quantité de dioxyde de carbone que nous aurons encore émise d’ici là. »

Des recherches récentes menées par Wehner et ses collègues donnent cependant un aperçu de ce à quoi pourraient ressembler les vagues de chaleur de demain si nous ne réduisons pas du tout nos émissions de carbone : en Californie, d’ici la fin du siècle, ces vagues pourraient dépasser les températures actuelles de 5,5 à 8 °C.

 

UNE NOUVELLE VÉNUS ?

Les planétologues prédisent depuis longtemps que, alors que le Soleil deviendra de plus en plus brillant avec le temps, la surface de la Terre finira par se réchauffer au point que les océans commenceront à frémir comme de l’eau dans une casserole. La vapeur d’eau, qui est un puissant gaz à effet de serre, se déversera alors dans l’atmosphère et déclenchera un effet de serre violent qui, dans un milliard d’années, pourrait transformer notre planète en un environnement qui ne sera pas sans rappeler celui de sa jumelle, Vénus. Là-bas, sous une atmosphère épaisse, toxique et sulfureuse, les températures de surface avoisinent les 460 °C.

« L’hypothèse est que, alors que le Soleil brillera de plus en plus, la Terre devrait connaître le même destin », explique Paul Byrne, planétologue à l’Université d’État de Caroline du Nord, avant d’ajouter qu’il est possible que le climat de Vénus ait été bien plus agréable par le passé, et qu’elle ait même abrité des océans, tout comme la Terre.

La descente aux enfers de Vénus n’a probablement pas été causée par le Soleil. En effet, selon de récents travaux de modélisation, le coupable serait une série de paroxysmes volcaniques qui auraient entraîné des « rejets colossaux de CO2 dans l’atmosphère », décrit Byrne. Toutefois, quelle que soit la véritable cause de ce climat brûlant (le Soleil ou les volcans), le phénomène qu’a connu Vénus démontre que des événements en dehors de notre contrôle pourraient tout à fait faire basculer le futur climat de la Terre dans une chaleur mortelle.

« Je ne sais pas s’il fera exactement 475 °C ou non », reprend le planétologue, en référence aux températures observées sur Vénus, mais si la Terre connaît une transition semblable, « il fera très, très chaud ».

Même si notre planète bleue parvient à échapper au sort de Vénus, elle ne pourra cependant pas échapper à son destin dans 5 milliards d’années : devenu géant, le Soleil absorbera la Terre et la réduira en poussières.

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    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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