Qu’est-ce que ce « point d’interrogation » trouvé par la NASA dans l’espace ?

L'objet en question se trouve loin de la Terre, peut-être même à des milliards d'années-lumière. Des astronomes ont toutefois déjà observé des phénomènes similaires plus près de notre planète.

De Allie Yang
Publication 12 août 2023, 20:49 CEST
STScI_CROPPED

Ce « point d'interrogation » rougeoyant a été observé à l'arrière-plan d'une nouvelle image prise par le télescope spatial James Webb.

PHOTOGRAPHIE DE NASA, ESA, CSA

Ce qui semble être un point d'interrogation céleste a fait irruption dans une photo récente des deux étoiles les plus célèbres de notre galaxie.

Ce symbole a été repéré sur une nouvelle image prise par le télescope spatial James Webb, montrant les étoiles naissantes Herbig-Haro 46/47, très connues et fréquemment observées par les astronomes. Ces deux astres peuvent fournir des indices sur la façon dont notre propre soleil s'est formé. Elles sont relativement proches de la Terre, à environ 1 400 années-lumière, et relativement jeunes puisqu'elles n'ont que quelques milliers d'années. Elles sont encore en gestation et ne sont pas encore techniquement « nées » car la naissance est marquée par le début de leur propre fusion nucléaire, les étoiles commençant ainsi à briller.

Cette image est la première des protoétoiles jumelles prise par l’instrument NIRCam du télescope spatial James Webb grâce au rayonnement infrarouge qui pénètre la poussière cosmique plus facilement que celle du spectre visible. C’est la première fois que ces objets ont été photographiés à ces longueurs d'onde à une si haute résolution.

Les deux protoétoiles sont profondément enfouies dans le gaz et la poussière qu’elles aspirent pour augmenter leur masse. Vous pouvez les trouver au centre des pics de diffraction rouges. Elles n'ont que quelques milliers d'années, alors qu'il en faut des millions aux étoiles pour se former complètement.

PHOTOGRAPHIE DE NASA, ESA, CSA

L'étonnante sensibilité du télescope a permis de prendre en photo le « point d'interrogation » rouge incandescent situé au centre inférieur de l'image. L'objet se trouve loin de notre planète, peut-être à des milliards d'années-lumière, indique Christopher Britt, scientifique chargé de la pédagogie et de la vulgarisation au Space Telescope Science Institute, un institut fondé par la NASA qui gère et dirige la recherche faite avec les télescopes spatiaux Hubble et James Webb, qui a participé à la planification de ces observations.

Selon Christopher Britt, le « point d'interrogation » serait en fait la fusion de deux galaxies.

« C'est quelque chose que l'on observe assez fréquemment et cela arrive aux galaxies de nombreuses fois au cours de leur vie », explique-t-il. « Cela inclut notre propre galaxie, la Voie lactée... Elle fusionnera avec la galaxie d’Andromède dans environ quatre milliards d'années. »

Les indices indiquant la présence de deux galaxies se trouvent dans la forme étrange du « point d'interrogation ». Il est possible d’observer deux points plus brillants, l'un dans la courbe et l'autre dans le point, qui pourraient être les noyaux ou les centres des galaxies, poursuit-il. La courbe du « point d'interrogation » pourrait correspondre aux « queues » qui se détachent au fur et à mesure que les deux galaxies se déplacent en spirale l'une vers l'autre.

« C'est très joli. C'est un point d'interrogation... Mais vous pourrez aussi trouver deux points, des points-virgules, et tout autre signe de ponctuation, parce que vous avez 10 000 petites taches de lumière dans chaque image prise toutes les demi-heures », explique David Helfand, astronome à l'université de Columbia. Compte tenu du nombre d'objets brillants que nous observons, des formes fortuites nous apparaissent, notre cerveau ayant évolué pour les trouver, ajoute-t-il.

Les astronomes ont déjà observé des objets similaires plus près de la Terre. Deux galaxies en cours de fusion, photographiées par le télescope spatial Hubble en 2008, représentent également à un point d'interrogation, simplement tourné de 90 degrés.

Les galaxies qui fusionnent peuvent prendre de nombreuses formes fascinantes. Celles-ci, en cours de fusion, connues sous le nom de II Zw 096, sont le théâtre d'une spectaculaire explosion de formation stellaire, comme l'indiquent les petites taches rouges au milieu de l'image.

PHOTOGRAPHIE DE NASA, Caltech, H. Inami (Hiroshima University)

Cette image prise par le télescope spatial Hubble montre deux galaxies spirales, identifiées comme un système nommé Arp 256, aux premiers stades de leur fusion. On peut distinguer la forme du point d'interrogation.

PHOTOGRAPHIE DE NASA, ESA, the Hubble Heritage Team (STScI, AURA)-ESA, Hubble Collaboration and A. Evans (University of Virginia, Charlottesville, NRAO, Stony Brook University)

Selon David Helfand, le « point d'interrogation » semble correspondre à un ensemble d’objets, l’un constituant la courbe et l’autre le point, mais il pourrait aussi s'agir d'objets qui se sont alignés par hasard. Il pourrait également être question d'objets qui n’ont aucun rapport entre eux si l'un est beaucoup plus proche de la Terre que l'autre, ajoute-t-il.

Christopher Britt prévient qu’estimer la distance en se basant uniquement sur les couleurs de l'image peut s'avérer délicat. Le rouge du « point d'interrogation » peut signifier que l'objet est très éloigné car les ondes lumineuses s'étirent lorsqu'elles se déplacent dans l'univers en expansion, passant à des longueurs d'onde plus rouges encore, ou qu'il est plus proche et obscurci par la poussière à proximité de l'objet.

Des recherches plus approfondies seraient nécessaires pour déterminer la distance exacte qui nous sépare du « point d'interrogation ». Il serait possible de le faire en mesurant par photométrie les décalages vers le rouge, déterminés par le rayonnement lumineux observé à travers différents filtres, mais cela ne donnerait qu'une estimation de la distance, explique Christopher Britt. La spectroscopie, qui analyse la lumière de la source pour déterminer sa composition chimique, pourrait fournir une distance plus exacte, mais elle nécessite un instrument de mesure distinct.

Compte tenu du nombre d’objets intrigants repérés par le télescope spatial James Webb, le « point d'interrogation » pourrait ne jamais recevoir un tel traitement. Pour l'instant, la source de ce symbole céleste reste un mystère cosmique.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

loading

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage® & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2024 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.