Qui se cache derrière le GEIPAN, le « bureau des ovnis » en France ?

Le Groupe d'Etudes et d’Information des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés (GEIPAN) enquête sur 150 à 200 signalements d’événements étranges chaque année ; 3,5% des cas étudiés restent à ce jour inexpliqués.

Publication 26 sept. 2021, 10:12 CEST
Image d'illustration représentant un objet volant non identifié survolant une forêt.

Image d'illustration représentant un objet volant non identifié survolant une forêt.

ILLUSTRATION DE ursatii, istock via getty images

Par une chaude soirée d’août, un ingénieur aéronautique aperçoit des lumières dans la nuit. Des boules flottantes avec des halos bleus, qui se déplacent lentement dans l’obscurité. Une véritable structure spatiale, pense le témoin. Cet homme, qui a l’habitude d'observer le ciel, sait bien qu’il voit là quelque chose d’extraordinaire. Cela ne ressemble à rien de ce qu’il a déjà observé.

Sans tarder, il prévient le groupe d’études et d’information des phénomènes aérospatiaux non identifiés (GEIPAN), une structure du Centre national d’études spatiales (CNES) chargée d’élucider les mystères du ciel, en remplissant leur questionnaire. S’ensuit une enquête pour tenter de trouver l’origine de ce phénomène lumineux.

« On commence toujours par croiser les témoignages avec les informations dont on dispose. Dans ce cas précis, j’ai regardé sur Google Maps l’emplacement du témoin au moment de son observation. Puis j’ai appelé la mairie, chose que l’on fait ici au GEIPAN de manière assez régulière » retrace Roger Baldacchino, responsable de la structure depuis septembre 2019, et travaillant au sein du CNES depuis 1991.

Pour ce cas particulier, le suspense est de courte durée, et la résolution plutôt aisée : « La mairie m’a informé qu’il y avait eu un lâcher de ballons lumineux dans le cadre d’un mariage ce soir-là. Le témoin se trouvait à proximité de la salle des fêtes ». Le cas a été classé « A » - phénomène parfaitement identifié – comme 23 % en moyenne de la totalité des événements analysés par le groupe d’études.

Répartition des témoignages par type de phénomènes.

Photographie de GEIPAN

DE LA FOUDRE EN BOULE

Depuis 1977, le GEIPAN a pour mission de tenter de trouver une réponse rationnelle aux phénomènes aérospatiaux non identifiés. Sur les 150 à 200 enquêtes ouvertes chaque année (à partir des 1 000 signalements faits par des citoyens), toutes ne sont pas aussi simples à résoudre que celle du lâcher de ballons lumineux. Les trois salariés de la seule structure civile au monde chargée d’étudier les OVNIS disposent donc d’une palette d’outils bien fournie.

D’abord, il y a les données qu’ils peuvent obtenir ou confirmer à distance – les positions géographiques, les informations de Météo-France, des traces radars de l’armée de l’air, ou encore des PV de la gendarmerie. Cela permet de connaître les passages de satellites, l’état météorologique du ciel ou encore de possible retombées de débris spatiaux.

En mai 2021, cela s'est avéré utile pour prouver que les dizaines de points lumineux en déplacement observées par de nombreuses personnes trahissaient en fait la présence du train de satellites Starlink - le projet d’Elon Musk pour fournir un accès à Internet depuis l’espace.

Le GEIPAN a reçu de très nombreux témoignages concernant des observations d’un phénomène particulier vu dans le ciel du 4 mai 2021 autour de 22h55. Les témoins étaient situés sur plusieurs départements et régions de France. Ils rapportent avoir aperçu un halo, un nuage, une barre, ou encore des points lumineux en déplacement silencieux... Le phénomène s'explique en fait par le lancement par la fusée Falcon 9 du train de satellites Starlink, soit le projet d’Elon Musk pour fournir un accès à Internet depuis l’espace.

Photographie de GEIPAN

Les membres du GEIPAN peuvent aussi échanger avec des scientifiques spécialisés. Comme en 2018, quand un témoin voit deux points lumineux, tantôt jaune, tantôt rouge, se déplaçant dans le ciel en mouvements erratiques. Les deux points semblent grossir, se rapprochent l'un de l'autre puis disparaissent soudainement.

Le témoignage fut soumis au Laboratoire de Recherche sur la Foudre. Le résultat fut alors sans appel : il s'agisait un phénomène de foudre en boule, événement météorologique rare et qui commence tout juste à être expliqué par la science. « Grâce à l’évolution du savoir scientifique, nous sommes en mesure d’identifier plus de phénomènes » souligne Roger Baldacchino.

Mais même avec ces moyens, 10 % des cas nécessite aussi l’aide d’enquêteurs de terrain. Cette vingtaine de bénévoles, issue de milieux divers, et disséminée aux quatre coins de la France, va à la rencontre des témoins.

« Je recrute des personnes en qui je peux avoir confiance et qui acceptent notre manière de faire. Elles sont formées à notre méthodologie. Elles mènent des entretiens approfondis avec les témoins, pour mieux comprendre par exemple le rôle de l’environnement dans la vision du phénomène aérospatial. Est-ce qu’un lampadaire a pu créer un reflet ? Quelle est l’orientation précise de l’observation ? Nous constatons aussi à quel point le témoin entend coopérer. Il arrive que certaines personnes ne nous donnent pas toutes les informations. On s’aperçoit alors qu’elles espèrent que le GEIPAN classe ce phénomène comme inexpliqué – ce que l’on appelle « cas D » ». Comme pour avoir la validation d’une institution qui atteste de l’extraordinaire. Mais cela rend alors plus difficile le classement du cas » explique Roger Baldacchino.

Croquis par un témoin d'un phénomène observé à Ecquevilly dans le 78, en 1993, et inexpliqué. Il a été classé cas D.

Photographie de GEIPAN

« CONNAÎTRE UNE RÉALITÉ PLUTÔT QUE DES INTERPRÉTATIONS »

Car être au GEIPAN, c’est aussi savoir composer avec les déçus du savoir scientifique. De fait s’entendre dire qu’une vision étrange dans la nuit n’est nullement le signe d’une présence extraterrestre mais plutôt de phares de moissonneuse batteuse qui brillent étrangement à cause de l’orientation particulière du paysage, peut s’avérer déroutant. Surtout pour des personnes qui ont déjà des croyances fortes en la matière.

« Certains n’acceptent pas nos réponses » révèle Roger Baldacchino. Quitte à, dans certains cas minoritaires, tenter de faire pression sur les enquêteurs... Mais le responsable du GEIPAN tempère : « beaucoup de personnes sont heureuses d’avoir une réponse à leurs questionnements. C’est très intéressant de connaître une réalité plutôt que des interprétations. C’est aussi ce qu’a jugé le CNES en créant le GEIPAN».

L’hypothèse extraterrestre accompagne pourtant régulièrement la structure, à travers les questions et récits des témoins. « Pour faire ce travail, il faut évidemment un intérêt pour les interrogations de type : ‘sommes-nous seuls dans l’univers ?’ J’ai moi-même une appétence pour ces sujets. C’est primordial, ne serait-ce que pour respecter certains discours de témoins. Néanmoins, nous étudions les cas avec un comportement scientifique » poursuit Roger Baldacchino.

La majorité des événements étudiés débouche sur une explication rationnelle, avec des phénomènes parfaitement ou probablement identifiés (cas A et B) qui comptent pour 60 % des études environ. Près de 30 % des cas ne sont pas identifiés par manque de données (un témoin qui contredit sa propre version des faits, par exemple)– ce sont les cas C.

Dessin d'un phénomène aérospatial non identifié par le témoin. Aperçu en décembre 2018, ce cas est le dernier en date classé "D" . Malgré une enquête rigoureuse, il demeure inexpliqué. 

Photographie de GEIPAN

AUCUNE PREUVE DE PRÉSENCE EXTRATERRESTRE

Reste la dernière catégorie, source de bien des fantasmes : les cas D. Ce sont des phénomènes non identifiés, malgré la rigueur des enquêtes et une abondance de données. Ils représentent 3,5 % des investigations. Le dernier en date remonte à décembre 2018, dans le Finistère.

À Forêt-Fouesnant, plus exactement, petite bourgade bretonne de bord de mer. Un matin, vers 7h30, la témoin observe une barre jaune avec en son centre un gros phare fluo vert qui se dirige vers l’est. Aucun bruit dans le ciel. La barre se déplace lentement et régulièrement, pour finalement disparaître dans la brume.

Le GEIPAN s’est mis à enquêter. À distance, d’abord, puis sur le terrain grâce à l’un des bénévoles. La témoin coopère sans problème et n’a pas de croyances particulières en matière d’OVNIS . Les ingénieurs du GEIPAN décortiquent les situations météorologiques, astronomiques et aéronautiques, les données radars... Pas d’explication pertinente. Rien ne concorde. Il n’y a pas non plus de discothèque à proximité ou bien d’engins agricoles présents à cette heure-ci qui aurait pu engendrer de la lumière.

Un drone ? La probabilité apparaît faible aux enquêteurs, considérant entre autres l’aspect du phénomène et l’heure de vol...Un défaut d’explication qui a de quoi ravir les tenants d’une présence extraterrestre ? 

« Le GEIPAN ne fait pas de recherche sur l’hypothèse extraterrestre et ne travaille pas non plus sur des observations à caractère paranormal. Ce n’est pas son rôle» rappelle Roger Baldacchino. En près de quarante ans d’existence, « le GEIPAN n’a trouvé aucune preuve de leur présence» souligne le site Internet du groupe d’études. « Pour autant, [il] ne formule aucun avis. Une absence de preuve ne peut être une preuve d’absence ! »

 

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