Il est désormais possible d'écouter une éclipse solaire

Des astronomes ont créé un appareil capable de traduire la luminosité en sons, ce qui permettra aux personnes malvoyantes de découvrir par elles-mêmes des événements célestes comme les éclipses solaires.

De Stephanie Vermillion
Publication 30 janv. 2024, 11:09 CET
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Le dispositif LightSound du laboratoire d'astronomie de l'Université de Harvard permet à ses utilisateurs d'entendre les différentes étapes d'une éclipse solaire totale, comme cette éclipse observée en 2008 en Sibérie, en Russie.

PHOTOGRAPHIE DE Babak Tafreshi, Nat Geo Image Collection

Le 8 avril 2024, l’un des événements interstellaires les plus médiatisés de la décennie animera le ciel nord-américain : une éclipse solaire totale. Lors de ce phénomène rare, la Lune se placera en parfait alignement avec la Terre et le Soleil ; le long d’une ligne d’environ 160 kilomètres de large connue sous le nom de « trajectoire de totalité », le jour sera ainsi remplacé par un sinistre crépuscule.

Visible depuis la ville de Mazatlán, au Mexique, jusqu’aux provinces maritimes du Canada, il s’agira probablement de l’une des éclipses les plus observées de tous les temps. Rien qu’aux États-Unis, plus de 31 millions de personnes vivent le long de cette trajectoire de totalité, qui s’étendra sur treize États, du Texas au Maine, et jusqu’à 3 millions de personnes pourraient venir sur place pour assister à l’éclipse. Et ce n’est pas tout : pour la première fois à grande échelle, les personnes malvoyantes pourront elles aussi vivre cette expérience unique, non pas en l’observant, mais en l’écoutant.

Une équipe du laboratoire d’astronomie de l’Université de Harvard a en effet mis au point le LightSound, un appareil de la taille d’un smartphone capable de traduire la luminosité ambiante en sons. Le son d’une flûte représente ainsi la lumière du jour, tandis que celui d’une clarinette indique l’effet d’assombrissement progressif de l’éclipse. De légers clics marquent quant à eux les quelques minutes de la phase de totalité de l’éclipse, lorsque le Soleil, à l’exception de sa couronne, sera entièrement occulté.

 

Ces légers sons ont été conçus non pas pour détourner l’attention de cet événement multisensoriel, mais pour le compléter. « L’objectif est de ressentir au mieux l’environnement qui nous entoure », explique Allyson Bieryla, responsable du laboratoire d’astronomie de Harvard et chasseuse d’éclipses. Durant la phase de totalité, les observateurs peuvent ressentir une baisse de température ; certains peuvent même entendre les sons émis par des créatures surprenantes comme des hiboux ou des grillons, sans parler des réactions de la foule. « Certains se mettent à applaudir, d’autres à pleurer », décrit Bieryla.

Le dispositif LightSound utilise la sonification pour traduire la luminosité ambiante en son.

PHOTOGRAPHIE DE ALLYSON BIERYLA, Nat Geo Image Collection

COMMENT ÉCOUTER ?

Le développement du LightSound a commencé avant l’éclipse solaire totale de 2017. « J’ai été frappée par le manque d’inclusivité dans ces événements », reprend Bieryla.

La scientifique s’est donc associée à l’astronome aveugle Wanda Diaz Merced, qui a été la première à utiliser la « sonification » (transformation de données en sons) dans le but d’analyser des ensembles de données tels que les sursauts de rayons gamma. L’équipe a commencé avec trois appareils pour l’éclipse de 2017, puis a fait appel à l’étudiante Sóley Hyman, qui est également musicienne, pour retravailler la conception du dispositif et de ses sons en vue de l’éclipse de cette année.

Le laboratoire d’astronomie de l’Université de Harvard prévoit de fabriquer et de distribuer plus de 750 unités LightSound aux institutions qui organisent des événements liés à l’éclipse, comme les universités, les musées, les parcs nationaux et d’État, et les écoles pour personnes malvoyantes. Les lieux dotés de ces appareils sont indiqués sur la carte LightSound ; toute personne organisant un événement lié à l’éclipse peut demander à en recevoir gratuitement.

Les personnes intéressées ont également la possibilité de fabriquer leur propre appareil. Le LightSound est livré avec des sons intégrés, mais l’appareil lui-même et son code sont libres d’accès. Les personnes dotées de compétences en soudure peuvent ainsi utiliser les instructions du laboratoire pour créer leurs propres unités et personnaliser les sons selon leurs préférences.

Selon Bieryla, l’objectif du laboratoire est de faire de l’astronomie un domaine plus accessible pour un plus grand nombre de personnes. « Ce dispositif n’est pas seulement destiné aux personnes aveugles ou malvoyantes. Il peut aussi servir d’outil aux personnes qui ont une manière atypique d’appréhender les données. »

 

POUR UNE ASTRONOMIE PLUS INCLUSIVE

L’astronomie est depuis longtemps axée sur la vue, selon Kimberly Arcand, spécialiste de la visualisation au Harvard & Smithsonian Center for Astrophysics. « Ce fait remonte à l’époque où les humains ont commencé à observer le ciel. C’est un biais que nous avons entretenu du fait de l’évolution de l’humanité ; mais cela change lentement. »

Au cours des dix dernières années, des technologies comme la sonification ont permis à l’astronomie de devenir de plus en plus inclusive tout en améliorant la compréhension de l’univers par les scientifiques. Arcand et l’équipe de l’Observatoire de rayons X Chandra de la NASA ont lancé une grande initiative visant à sonifier les données astronomiques, telles que les longueurs d’onde de la lumière, afin d’intéresser davantage le public à des merveilles comme la nébuleuse du Crabe, vestige de l’explosion d’une supernova. « Si j’écoute la sonification d’un ensemble de données, l’histoire que je découvrirai sera légèrement différente de celle que j’aurais découverte si je l’avais simplement regardée », poursuit Arcand.

Des recherches suggèrent que cette approche pourrait ouvrir la voie à un enseignement plus efficace auprès des personnes neurodivergentes, dyslexiques ou autistes. Selon Mike Simmons d’Astro4Equity, une organisation à but non lucratif qui mène des programmes d’astronomie dans les communautés marginalisées, en plus de la sonification, les scientifiques ont créé de nombreuses aides pédagogiques telles que des livres en braille sur la Lune et les éclipses ou des globes tactiles permettant aux personnes aveugles et malvoyantes de découvrir les constellations et les étoiles.

Désormais, le défi est de faire connaître ces outils et d’améliorer leur accessibilité. « Nous devons faire en sorte que ces ressources soient utilisées », affirme Simmons.

C’est là que la production et la distribution à grande échelle des appareils LightSound pourraient jouer un rôle important, bien au-delà de l’éclipse d’avril. « Le LightSound ne résout pas le problème de l’accessibilité dans sa globalité, mais il fournit un petit outil simple qui favorise l’inclusion d’un groupe bien trop sous-représenté », conclut Bieryla.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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