Comment le Pays basque est devenu une communauté autonome espagnole

La lutte séculaire des Basques pour leur indépendance pourrait servir d'exemple aux autres groupes qui nourrissent les mêmes ambitions.lundi 28 octobre 2019

Des danseurs traditionnels basques sautillent dans cette scène immortalisée par National Geographic dans les années 1950.
Des danseurs traditionnels basques sautillent dans cette scène immortalisée par National Geographic dans les années 1950.
photographie de Justin Locke, Nat Geo Image Collection

Au détour d'un voyage à travers le Pays basque, vous ne manquerez pas de remarquer l'impressionnant panorama côtier, son paysage rocheux et ses fermes paisibles. Il va sans dire que vous croiserez également le peuple basque dont l'histoire est empreinte de fierté, d'oppression et de lutte acharnée.

En tant que groupe ethnique, les Basques sont les habitants d'une région divisée entre le sud-ouest de la France et le nord-ouest de l'Espagne que les étrangers appellent Pays basque et les locaux Euskal Herria. Le terme « Euskal » fait ici référence à l'Euskara, la langue basque linguistiquement différente du français, de l'espagnol et à vrai dire, d'une multitude d'autres langues. Parlée par environ 28 % des Basques modernes, cette langue est encore méconnue et le doute plane toujours sur ses origines, son développement et les raisons de sa divergence avec les langues voisines. Il existe au moins six dialectes basques mais la majorité des locuteurs parlent une version standardisée apparue dans les années 1960.

Une récente étude indique que les Basques descendraient des agriculteurs du Néolithique dont le patrimoine génétique se serait peu à peu isolé du reste des populations européennes en raison de leur situation géographique et de ses paysages allant du littoral Atlantique aux collines rocheuses de l'ouest des Pyrénées. Ce terrain largement inhospitalier a donc mené à leur isolation et cette isolation a été déterminante dans l'histoire du Pays basque. Par exemple, les Basques vivaient dans le nord de l'Espagne lorsque cette région a été envahie par les Romains vers 196 avant notre ère mais leur territoire n'a jamais été conquis par Rome, ni par aucun autre groupe d'ailleurs.

Un berger basque marche derrière son troupeau de mouton sur le flanc embrumé d'une montagne des Pyrénées françaises.
Un berger basque marche derrière son troupeau de mouton sur le flanc embrumé d'une montagne des Pyrénées françaises.
photographie de Jonathan Blair, Nat Geo Image Collection

À partir de 824, les Basques font partie du royaume de Navarre, un état médiéval gouverné par une série de monarques. En 1515, une majorité des terres de la Navarre est annexée par la couronne de Castille et rejoint ainsi le territoire qui deviendra plus tard l'Espagne actuelle. Après une période d'indépendance relative, le gouvernement autonome basque est aboli par le gouvernement espagnol de Madrid avec effet dès 1839. Au fil du temps, un mouvement grandissant de nationalisme basque a commencé à revendiquer une unité politique et à s'organiser pour faire du Pays basque une nation séparée. Pendant la guerre civile espagnole, Francisco Franco interdit la langue basque et dépouille le peuple basque de ses droits tout en ordonnant la destruction de la ville basque de Guernica. (À lire : Les origines macabres de l'œuvre la plus célèbre de Picasso.)

La ville basque de Guernica réduite en ruine après le passage des bombardiers allemands et italiens lors de la guerre civile d'Espagne.
La ville basque de Guernica réduite en ruine après le passage des bombardiers allemands et italiens lors de la guerre civile d'Espagne.
photographie de Universal History Archive, Universal Images Group/Getty

Les Basques ont terriblement souffert sous le régime franquiste. Face à cette oppression, un groupe de séparatistes basques forme en 1959 l'Euskadi Ta Askatasuna (ETA) qui signifie en français « Pays basque et liberté ». S'ensuit plus de cinquante ans d'activités terroristes faisant plus de 800 morts au total, jusqu'à la dissolution de l'organisation en mai 2018.

Entre-temps, l'Espagne a octroyé une relative autonomie économique et politique au Pays basque, elle a également reconnu le caractère séparé de l'identité basque. Bien que la Communauté autonome basque, qui comprend trois provinces basques, jouisse de sa propre identité, il lui manque une capitale : Vitoria-Gasteiz est sa capitale de facto mais sa plus grande ville est Bilbao. Depuis la mort de Franco en 1975, l'Euskara est largement revenue sur le devant de la scène et la plupart des Basques ont mis un terme à leur demande de nation complètement autonome.

Ce n'est pas le cas en revanche d'un autre groupe ethnique espagnol, les Catalans, dont le référendum d'indépendance tenu en 2017 a été jugé illégal par le gouvernement espagnol qui a par la suite décidé de suspendre l'autonomie de la région et d'incarcérer les leaders du mouvement. Récemment, les lourdes peines de prison prononcées à l'encontre de neuf de ces leaders ont redonné du souffle aux protestations qui se sont emparées de la ville de Barcelone et soulèvent de nombreuses questions quant à l'avenir politique de l'Espagne.

Le parcours du peuple basque pourrait-il fournir une potentielle solution ? Peut-être, écrit Sonya Dowsett, journaliste pour Reuters, mais cela coûtera beaucoup d'argent. Bien que les législateurs aient évoqué l'autonomie basque comme possible modèle à suivre pour la paix en Catalogne, il n'est pas certain que les Catalans puissent dégager un chemin à suivre dans les expériences du peuple basque.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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