Cyrus le Grand, bâtisseur du premier empire de l'Histoire

Sous la direction de Cyrus le Grand, la Perse formait le premier véritable empire du monde. Avec l'Iran pour centre, il s’étendait de l’Europe à l’Inde en passant par l’Égypte.

De Jaime Alvar Ezquerra
Publication 5 août 2021, 15:58 CEST
Persian Soldiers

Caractérisés par leurs coiffes, des soldats perses et mèdes ont été représentés sur ce relief en provenance d’une apadana à Persépolis. Il met en lumière la valeur que l’empire accordait à la diversité.

PHOTOGRAPHIE DE Simon Norfolk/NB Pictures/Contacto

« Je suis Cyrus, roi du monde, grand roi, puissant roi, roi de Babylone, roi de Sumer et d’Akkad, roi des quatre quarts... » de ce monde.

Telles sont les inscriptions gravées sur une tablette cylindrique retrouvée au 19e siècle. Ces mots commémorent la conquête de Babylone par la Perse et la prise de sa capitale homonyme en 539 av. J.-C. (À lire : Babylone, joyau de l’Ancien monde.)

Après l’arrivée de Cyrus au pouvoir en 559 av. J.-C., la Perse put étendre son territoire pour former le premier véritable empire du monde. Auparavant, d’autres peuples, comme les Assyriens, avaient régné sur de vastes régions en Mésopotamie. Toutefois, aucun n’avait réussi à atteindre la grandeur géographique de la Perse. Son territoire s’étendait de l’Europe de l’Est au fleuve Indus. Afin de renforcer son empire, la politique de tolérance de Cyrus envers les territoires conquis permit aux locaux de conserver leurs langues, leurs traditions et leurs religions. En retour, cette stratégie permit à la culture perse de bénéficier d’une véritable mixité mondiale.

La construction d’une identité d’empire par Cyrus, composée de plusieurs langues et religions, continua d’inspirer les communautés du monde moderne. Comme le souligna l’écrivain grec Xénophon, « aussi a‑t‑il éclipsé tous les souverains que la naissance ou le droit de conquête a placés sur le trône ».

Les vestiges de Persépolis, la capitale de l’Empire perse, se trouvent au pied du Kuh-e Rahmat, le mont de la Miséricorde, dans l’actuel Iran. Darius Ier a fondé la ville en 518 av. J.-C. et y a construit un immense palace, dont les ruines sont toujours visibles aujourd’hui.

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LES ORIGINES DE L’EMPIRE

Lorsqu’il est couronné roi de Perse en 559 av. J.-C., Cyrus II n’était autre qu’un simple chef tribal du peuple Parsua, installé dans le sud de l’actuel Iran. Dernier dirigeant de la dynastie des Achéménides, Cyrus hérita d’un royaume qui était un État vassal d’un empire mède plus puissant situé au nord.

En 612 av. J.-C., les Mèdes avaient pris possession de la capitale assyrienne, Ninive. Ils avaient ainsi le contrôle d’un territoire qui s’étendait sur toute la Mésopotamie. Plus tard, à l’apogée de son pouvoir, Astyage, le roi des Mèdes, décida de marier sa fille, Mandane, au roi des Perses, Cambyse Ier, vers 580 av. J.-C. Leur fils, Cyrus II, allait non seulement conquérir les Mèdes mais aussi construire le premier véritable empire de l’Histoire.

Près d’un siècle après la mort du roi, Hérodote écrivit un récit de la naissance de Cyrus, qui deviendra très populaire. Son histoire évoque plusieurs mythes grecs, comme la légende d’Œdipe. Hérodote raconta comment le roi Astyage avait rêvé que sa fille Mandane « eut tant uriné qu’elle inondait de son urine sa capitale, puis l’Asie tout entière ».

Le roi consulta alors ses sages. Ils interprétèrent son rêve comme un présage qui indiquait que son petit-fils irait un jour conquérir les Mèdes. Afin de contrer la prophétie, Astyage aurait marié sa fille à un dirigeant perse, pour que sa descendance ne puisse renverser le trône mède. Pourtant, plus tard, Astyage fit un rêve dans lequel une vigne germait dans le ventre de sa fille et se répandait dans toute l’Asie. Alarmé, il décida de placer sa fille sous surveillance.

Selon la légende, après la naissance de Cyrus, Astyage ordonna à son général Harpage de tuer le nouveau-né. Plutôt que de commettre le meurtre lui-même, Harpage confia le nouveau-né à un berger, lui demandant d’abandonner le bébé dans les montagnes. La femme du berger était en deuil, car elle venait de donner naissance à un enfant mort-né. Il décida donc de ramener le petit Cyrus chez lui. Le couple l’adopta après avoir placé le corps de leur véritable fils décédé dans les montagnes.

Naqsh-e Rostam, près de Persépolis, dans l’Iran actuel, est une nécropole principalement composée de tombes taillées dans la roche. Son nom provient du héros épique perse Rostam. Darius Ier y a été enterré, aux côtés d’autres rois perses. Deux siècles après la découverte de l’Empire perse, l’histoire raconte que les tombes auraient été pillées par les troupes d’Alexandre le Grand.

PHOTOGRAPHIE DE Simon Norfolk/NB Pictures/Contacto

CAP VERS SARDES

Certes, le récit d’Hérodote présentait de nombreux éléments mythiques, mais comme de nombreuses légendes, il contenait également une part de vérité. Plus tard dans sa vie, Cyrus menaça en effet son puissant grand-père Astyage lorsqu’il envahit le territoire des Mèdes en 550 av. J.-C. Le général d’Astyage, qui s’appelait en fait Harpage, trahit son roi en se rangeant du côté de Cyrus. Le roi perse put ainsi s’emparer d’Ecbatane, la capitale des Mèdes.

À partir de cet instant, comme le raconte Hérodote, les Perses et les Mèdes furent unis par Cyrus II, qui allait bientôt se faire appeler Cyrus le Grand. Après la conquête d’Ecbatane, Cyrus s’intéressa au royaume de Lydie, dans l’actuelle Turquie. La Lydie était une possession tout à fait alléchante. Réputés pour le commerce, les Lydiens avaient mis au point les bases du système de monnaie métallique encore utilisé aujourd’hui.

En 547 av. J.-C., Crésus, le roi lydien, fit plusieurs incursions sur le territoire des Mèdes, de quoi donner à Cyrus l'excuse parfaite pour envahir ses terres. Selon les chroniques babyloniennes – le récit perse de cette période gravé sur des tablettes d’argile – Cyrus traversa le Tigre et se dirigea vers la capitale lydienne, Sardes. Il longea ce qui deviendra la voie royale perse, érigée plus tard par Darius Ier pour relier Sardes aux villes stratégiques de l’Empire perse.

Cyrus le Grand a traversé l’Amou-Daria afin de conquérir l’actuel Afghanistan. De l’or perse a été retrouvé près du fleuve dans les années 1860, y compris son bracelet à tête de griffon.  British Museum, Londres.

PHOTOGRAPHIE DE WERNER FORMAN/GTRES

Une première confrontation avec les Lydiens, non décisive, eut lieu à Pteria, dans l’actuel nord de la Turquie. À la suite de cette bataille, Crésus ordonna à ses troupes de se replier dans leurs quartiers d’hiver et alerta ses alliés, les Spartes, les Égyptiens et les Babyloniens. Il leur demanda d’envoyer des renforts pour le printemps.

En revanche, Cyrus, lui, choisit de se risquer à une nouvelle attaque immédiate contre Crésus. Son commandant militaire, Harpage, parvint à lui arracher la victoire en offrant Sardes et ses trésors à l’empereur perse. Peu de temps après, Cyrus étendit son contrôle jusqu’aux villes ioniennes grecques situées le long de la côte ouest de l’actuelle Turquie.

Au cours de la décennie suivante, le règne de Cyrus se focalisa sur l’expansion de son empire à l’est. En soumettant ces territoires à son autorité, il put contrôler les routes commerciales où passaient les caravanes. Ses campagnes le menèrent jusqu’à Bactriane, dans l’actuel Afghanistan, pour finalement atteindre Samarcande, une ville située dans l’actuel Ouzbékistan.

 

PAR LES EAUX DE BABYLONE

Avec toutes ces opérations fructueuses à l’est, Cyrus mit le cap sur la plus grande récompense de toutes : Babylone, la capitale de la Mésopotamie. Les politiques internes de Babylone à cette période n’auraient pas pu être plus favorables pour permettre aux Perses d’envahir la ville. Nabonide, le roi de Babylone, avait perdu la confiance des prêtres de Marduk, la principale divinité de la ville. Ils estimaient que le roi dénigrait les rites religieux de la ville.

Cyrus comprit très vite que le respect de la diversité des coutumes religieuses au sein des immenses territoires sous son contrôle était un élément clé pour garantir la stabilité impériale. Cette politique permit indéniablement de consolider son pouvoir. Le cylindre de Cyrus relate comment Marduk cherchait un « roi juste... [puis] il prit la main de Cyrus... l’appela par son nom, proclamant haut et fort sa royauté sur tout le monde et tout ». Sur le cylindre se trouve une description de l’accueil des Babyloniens à Cyrus en tant que libérateur, à l’automne de l’an 539 av. J.-C.

Les prêtres de Marduk n’étaient pas les seuls à célébrer la conquête de Babylone par Cyrus. De nombreux Juifs avaient été faits prisonniers à Babylone depuis que Nabuchodonosor II les y avait amenés après sa conquête de Jérusalem en 586 av. J.-C. L’arrivée de Cyrus sert  par ailleurs de trame à l’histoire de Daniel dans les apocryphes de l’Ancien Testament.

Cyrus décida de rapatrier les Juifs à Jérusalem, une initiative traduisant de nouveau la volonté d'instaurer un multiculturalisme de la part de l’empereur. Elle lui valut un éloge dans la Bible elle-même. « Ainsi parle l’Eternel à son oint, à Cyrus, Qu’il tient par la main », écrivit le prophète Ésaïe, l’un des exilés juifs à Babylone, « Pour terrasser les nations devant lui, Et pour relâcher la ceinture des rois, Pour lui ouvrir les portes, Afin qu’elles ne soient plus fermées ».

Cyrus avait atteint l’apogée de son pouvoir. Il semblait en effet être devenu, comme le proclamait le cylindre, le « roi du monde ». Après cette victoire, les rois de toute l’Asie s’empressèrent de lui rendre hommage. Il était devenu le chef qui avait créé le plus grand empire que le monde n’ait jamais connu. Rédigé en écriture cunéiforme, le cylindre de Cyrus rapporte comment les souverains de la Méditerranée jusqu’au golfe Persique vinrent offrir un tribut à Cyrus à Babylone et baiser ses pieds.

 

UNE POLITIQUE DE TOLÉRANCE

Les conquêtes spectaculaires de Cyrus l’obligèrent à créer une administration adaptée à son empire. Inspiré par le modèle sophistiqué de l’Empire néo-babylonien, il mit en place un réseau d’administrations publiques ainsi qu’une collecte d’impôts. En outre, il recruta les meilleurs généraux des Mèdes pour son armée.

Après la conquête de la Lydie et des villes grecques, l’administration perse fut divisée en plusieurs provinces. Plus tard, Babylone et les autres territoires conquis furent à leur tour considérés comme des provinces, dirigées par des gouverneurs appelés satrapes. Ce système fut parfait plus tard par Darius Ier.

Cyrus n’avait aucune intention d’imposer la religion, la langue ou la culture perse au sein de ses nouvelles terres. Son style de gouvernement se basait sur le respect des nombreux peuples qu’il gouvernait ainsi que sur la tolérance envers leurs traditions et religions. C’est ce qui le différencia des précédents bâtisseurs d’empire.

Les populations déplacées reçurent l’autorisation de regagner leur domicile, notamment les Juifs exilés à Babylone, à qui Cyrus donna sa bénédiction pour retourner à Jérusalem. Les gouverneurs locaux conservaient leur autonomie, à condition de faire preuve de respect envers le grand roi et de lui rendre hommage.

 

PAX PERSIANA

Si l’ascension de l’Empire perse fut extraordinaire, sa fin, elle, fut une véritable déception. En 530 av. J.-C., alors que son soixantième anniversaire approchait, Cyrus mena une campagne à la frontière nord-est de son empire. Selon Hérodote, il estimait que « quel que soit le pays vers lequel il tournait ses armes, il était impossible pour ce peuple de s’échapper ».

Tomyris, reine des Massagètes, fait tremper le chef de Cyrus dans un vase de sang, huile sur toile de Jean-Simon Berthélemy datée du 18e siècle. Elle représente la reine Tomyris observant la tête de l’empereur être plongée dans un vase de sang pour venger son fils. Musée des Beaux-Arts, Nîmes.

PHOTOGRAPHIE DE Bridgeman/AC

Les mots d’Hérodote faisaient-ils écho à un orgueil surdimensionné ? Cyrus fut tué lors d’une bataille contre une tribu locale, les Massagètes. Selon l’historien grec, la reine de cette tribu, Tomyris, perdit son fils dans la bataille. Elle aurait fait tremper la tête décapitée de l’empereur dans un vase de sang.

La funeste mort de Cyrus ne mit pas un terme à son incroyable héritage. L’expansion de son empire colossal continua. Son successeur immédiat, Cambyse II, conquit l’Égypte et établit la 27e dynastie de l’empire. Cambyse tenta de pousser les frontières de ses territoires encore plus loin en Éthiopie et vers Carthage, en vain. Ce fut à son successeur, Darius Ier, d’étendre l’Empire perse jusqu’à la vallée de l’Indus, traversant le Danube jusqu’en Europe.

Darius, fils d’un gouverneur de province, dut faire ses preuves en maîtrisant de nombreuses révoltes. Son plus grand atout resta tout de même son génie administratif. Ses projets pour standardiser les masses et la monnaie sur toute l’étendue de son territoire devinrent un modèle pour les futurs empires du monde entier. En poursuivant la politique religieuse mise en place par Cyrus, les croyances au sein de l’empire purent se multiplier, notamment celles des Juifs et des Égyptiens.

La tentative d’expansion à l’ouest par Darius fut freinée par la bataille de Marathon en 490 av. J.-C. Dix ans plus tard, son successeur, Xerxès Ier, ne parvint pas à renverser les Grecs lors de la bataille de Salamine. Cet échec ouvrit alors un nouveau chapitre de l’Histoire : l’essor d’Athènes, au 5e siècle av. J.-C.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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