Existe-t-il des preuves archéologiques de la chute des remparts de Jéricho ?
Des siècles de fouilles ont fait émerger quelques théories concernant la chute de l’une des plus vieilles cités du monde antique.

La chute de Jéricho est l’un des épisodes les plus connus de la Bible. Selon l’Ancien Testament, les Israélites, groupe d’Hébreux que Moïse fit sortir d’Égypte, conquirent la ville de Jéricho de manière spectaculaire : suivant les ordres de Dieu, ils encerclèrent la cité, sonnèrent leurs trompettes et, avec le concours du divin, produisirent ensemble un son si puissant qu’il fit s’écrouler les remparts imposants de la ville. Cette histoire mettait en scène la toute-puissance de Dieu et affirmait que les Israélites étaient son peuple élu.
Jéricho n’était pas qu’une ville biblique. Elle existe aujourd’hui encore, en Cisjordanie, un territoire palestinien, et est généralement considérée comme l’une des plus anciennes villes du monde. Les ruines des vestiges antiques de Jéricho se situent en périphérie immédiate de son actuel centre-ville tentaculaire. Ces vestiges antiques, qui forment le site de Tell es-Sultan, sont désormais classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Depuis plus d’un siècle, des archéologues fouillent Tell es-Sultan et découvrent combien les racines de Jéricho sont profondes. Voici l’état de leurs découvertes concernant la destruction de l’une des plus anciennes villes du monde et ce qu’il en est de l’exactitude du récit biblique qui en est fait.
JÉRICHO, UNE VILLE AUX RACINES MILLÉNAIRES
Cela fait 10 000 ans qu’il y a une présence humaine à Jéricho. Niché dans la vallée du Jourdain, le site se trouve sur la rive ouest du fleuve. Ses premiers habitants prirent part à la révolution agricole du Croissant fertile, passant du statut de chasseurs-cueilleurs à celui d’agriculteurs sédentaires.

Vue aérienne de la ville antique de Jéricho, également connue sous le nom de Tell es-Sultan. Jéricho est la plus ancienne ville agricole fortifiée créée au Néolithique, il y a 10 000 ans environ.
Jéricho était dotée d’une série de remparts, peut-être destinés à protéger la ville, ainsi que d’une tour en pierre dont la fonction demeure une énigme. Au Néolithique et au début de l’âge du bronze, Jéricho connut plusieurs périodes de destruction et d’abandon, mais les découvertes archéologiques montrent qu’elle semble avoir été toujours reconstruite. Des archéologues sont parvenus à établir cela en s’appuyant sur la datation des murs de la ville ; on érigeait de nouveaux murs des années après la destruction des précédents.
La ville de Jéricho atteignit son apogée au milieu de l’âge du bronze, qui dura de 2000 à 1500 av. J.-C. environ. Jéricho faisait partie de la civilisation cananéenne, un ensemble culturel ancré dans la région du Levant que l’on appelle Canaan. « Il s’agit d’une civilisation marchande. Elle entretient des liens très étroits avec l’Égypte et le monde méditerranéen dans son ensemble. C’est un endroit prospère et florissant », explique l’archéologue Felicity Cobbing, directrice générale et conservatrice du Fonds d’exploration de la Palestine.
À un moment donné, vers la fin de l’âge du bronze moyen, Jéricho fut le théâtre d’une calamité majeure : la ville antique fut anéantie. Personne ne sait exactement ce qui se produisit, mais l’événement en question précipita Jéricho dans une période de moindre importance.
CE QUE LA BIBLE DIT DE LA DESTRUCTION DE JÉRICHO
La Bible propose une explication. À la mort de Moïse, Josué lui succéda en tant que chef des Israélites.
Sous le commandement de Josué, les Israélites envahirent la région de Canaan, que Dieu leur avait accordée en échange de leur dévouement envers lui et envers sa parole. Il ordonna également à Josué et aux Israélites de « chasser de devant [eux] les Cananéens ».
Comme le rapporte le Livre de Josué, les Israélites ciblèrent et encerclèrent la ville cananéenne fortifiée de Jéricho six jours durant. Le septième jour, ils firent retentir des cornes de bélier, crièrent et alors, par un miracle divin, les murs de Jéricho se seraient écroulés. Les Israélites mirent ensuite la ville à sac, la brûlèrent et « dévouèrent par interdit, au fil de l’épée, tout ce qui était dans la ville, hommes et femmes, enfants et vieillards, jusqu’aux bœufs, aux brebis et aux ânes ».
Les chercheurs situent l’augmentation de la présence israélite à Canaan vers l’an 1200 av. J.-C. Pour valider le récit biblique, l’archéologie moderne devrait prouver que les murs de Jéricho sont tombés peu ou prou au même moment.
CE QUE LES ARCHÉOLOGUES ONT APPRIS SUR LA VILLE ANTIQUE
Depuis le 19e siècle, Tell es-Sultan est identifié comme le site où se trouvait la Jéricho antique. Les chercheurs sont parvenus à cette conclusion en raison de son emplacement au sein de la vallée du Jourdain et de la présence d’une source naturelle dont la Bible affirme qu’elle se trouvait près de la ville.
Les premières fouilles importantes à Tell es-Sultan furent menées par Ernst Sellin et Carl Watzinger les acheva en 1911. Celles-ci révélèrent que Jéricho avait probablement été détruite. On découvrit également des traces de l’existence de remparts sur le site archéologique.

Kathleen Kenyon, ancienne directrice de l’École britannique d’archéologie de Jérusalem, se tient sur le site de fouilles de Jéricho tandis que des ouvriers jordaniens travaillent en arrière-plan. La principale découverte de ces fouilles fut une tour datant de l’an 7000 av. J.-C. qui était incrustée dans un vaste tertre avec des os humains.
Lors des fouilles qu’il y entreprit dans les années 1930, l’archéologue britannique John Garstang affirma que le site correspondait au récit biblique et data un ensemble de murs à l’an 1400 avant notre ère environ. Toutefois, de nouveaux éléments ne tardèrent pas à émerger qui suggéraient tout autre chose. Kathleen Kenyon, l’une des archéologues les plus influentes du 20e siècle, prit la tête d’une vaste campagne de fouilles sur le site entre 1952 et 1958. L’analyse de la stratigraphie du site, c’est-à-dire de ses différentes couches de vestiges archéologiques, et de tessons de céramique permit à Kathleen Kenyon d’établir que les remparts analysés par John Garstang dataient en fait de 2700 av. J.-C., soit bien avant l’émergence des Israélites.
« Jéricho a eu de nombreux remparts, précise Felicity Cobbing. Aucun, cependant, ne correspond au récit de la conquête de Josué. »
Cela est dû au fait que Jéricho n’avait plus aucun mur que les Israélites auraient pu abattre. Les découvertes de Kathleen Kenyon suggèrent que la Jéricho de l’âge du bronze moyen fut détruite vers 1550 av. J.-C., chose qui fut confirmée dans les années 1990 par une datation au carbone 14. Les Israélites, d’autre part, sont censés avoir conquis la ville des siècles plus tard.
Mais la date de la destruction de Jéricho n’est pas la seule chose que confirmèrent les fouilles de Kathleen Kenyon. Elle découvrit également qu’un grand incendie avait ravagé la ville au moment de sa destruction en 1550 av. J.-C. Mais quelle en était la cause ?
LES PRINCIPALES THÈSES QUANT À CE QUI A RÉELLEMENT PRÉCIPITÉ LA CHUTE DE JÉRICHO
Selon les chercheurs, Jéricho se trouve dans une zone sismique et des tremblements de terre semblent avoir endommagé les remparts et les édifices de la ville antique à différents moments de son histoire, notamment au début de l’âge du bronze.
Comme l’explique Felicity Cobbing, les séismes possèdent une signature spécifique. « Vous avez un mur qui file de manière assez régulière, puis soudain il glisse et se retrouve 50 cm plus bas, raconte-t-elle. Il en va de même pour le niveau de sol correspondant. Ou alors on observe des déformations. »
L’archéologue Lorenzo Nigro, qui a mené de récentes fouilles à Tell es-Sultan, en conclut qu’un « violent séisme eut lieu » vers 2700 av. J.-C. et força la « reconstruction complète » de la ville. Selon lui, les habitants de Jéricho adaptèrent leurs techniques de construction au fil du temps pour atténuer les effets des séismes.
John Garstang arriva quant à lui à la conclusion qu’un tremblement de terre avait détruit Jéricho. Il concilia cette conclusion avec la version biblique de l’histoire en suggérant que les Israélites avaient ensuite mis le feu à la ville dévastée, car en effet les vestiges de Jéricho révèlent une couche de cendre attestant d’un incendie majeur.
D’autres chercheurs soulignent le fait que des incendies se déclarent fréquemment à la suite des séismes, de nos jours encore. Il suffirait d’une lampe à huile tombant d’une étagère dans un foyer ouvert pour déclencher un incendie susceptible d’engloutir rapidement la ville tout entière.
Quant aux édifices qui existaient autour de l’époque de la destruction de Jéricho, vers l’an 1550 av. J.-C., ils sont intacts, « simplement carbonisés », précise Felicity Cobbing. Elle ajoute que les archéologues ont même découvert des jarres remplies de céréales brûlées.

Le palais d’Hisham, également Khibet al-Mafjar, se trouve à Jéricho. Connu pour son architecture islamique, ses stucs finement travaillés et ses sols en mosaïque, ce site archéologique fut édifié au huitième siècle, à l’époque omeyyade. Conçu à l’origine comme résidence d’hiver, il fut détruit par un séisme en 747.
Les vestiges carbonisés de Jéricho pourraient, selon elle, suggérer une guerre, mais probablement pas livrée par les Israélites, peut-être par l’Égypte, une thèse également émise par Kathleen Kenyon. Au 16e siècle avant notre ère, l’Égypte mena en effet une campagne visant à expulser les Hyksôs, un peuple qui régna brièvement sur l’Égypte. Ce groupe antique fut repoussé vers Canaan à une période qui correspond à celle de la destruction de Jéricho.
Selon Felicity Cobbing, le siège qui s’ensuivit dut être « colossal ».
« Ce ne fut pas qu’un simple raid. C’était toute la force de l’armée égyptienne qui ravageait Jéricho », explique-t-elle.
Cependant, il n’existe pas beaucoup de preuves archéologiques (par exemple des pointes de flèches ou des fosses communes) pour étayer cette hypothèse. « Je me demande si les habitants n’ont pas été prévenus un peu à l’avance », avance-t-elle, suggérant une possible fuite des civils de Jéricho avant l’attaque.
Qu’importe la façon dont Jéricho fut détruite, le résultat est le même. La ville fut largement abandonnée et laissée sans fortifications, du moins un temps. Jéricho ressuscita à l’âge du fer et, au neuvième siècle av. J.-C., avait un rempart de plus. Dans les siècles qui suivirent, Jéricho perdura et accueillit même Hérode le Grand au premier siècle de notre ère.
« Je pense que c’est là la remarquable histoire de Jéricho, conclut Felicity Cobbing. C’est une histoire de résilience. Qu’importe que cela soit dur, qu’importe que cela soit parfois cataclysmique, c’est un lieu auquel on ne cesse de revenir. »
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.