Révolte de Stonewall : l’événement clé qui a transformé les droits LGBTQ
La révolte de Stonewall a déclenché un élan de protestation qui a résonné bien au-delà du Greenwich Village pour transformer le mouvement de défense des droits LGBTQ+.

Sur la façade du Stonewall Inn, un drap portant la mention « Pride is a riot! » (la marche des fiertés est une émeute) rappelle aux passants que la toute première marche des fiertés est née des émeutes de Stonewall en 1969, tout comme le mouvement pour les droits des personnes LGBTQ.
Sur la façade du Stonewall Inn, un drap portant la mention « Pride is a riot! » (la marche des fiertés est une émeute) rappelle aux passants que la toute première marche des fiertés est née des émeutes de Stonewall en 1969, tout comme le mouvement pour les droits des personnes LGBTQ.
En 1969, les descentes de la police dans les bars gays de Manhattan se déroulaient toujours de la même façon. Les agents envahissaient le bar, ils menaçaient et passaient à tabac le personnel et ses clients, forçant ces derniers à évacuer les lieux pour les aligner devant l'établissement afin de procéder à leur arrestation.
Aux petites heures du 28 juin 1969, le Stonewall Inn leur réserva toutefois un accueil beaucoup moins docile. Cette fois, les clients avaient décidé de ne pas se laisser faire et ils furent rejoints par quelques sympathisants dans leur réplique. S'ensuivirent plusieurs jours d'affrontement, qualifiés d'émeutes à l'époque mais de nos jours reconnus comme la Révolte de Stonewall qui fit jaillir l'étincelle du mouvement pour les droits des personnes LGBTQ.
Chaque mois de juin, le Pride Month, ou mois des Fiertés, rend hommage à l'histoire du Stonewall à travers des parades et des événements. Dans les années qui nous séparent de la révolte, les activistes du mouvement ont réclamé, et souvent obtenu, la juste extension de leurs droits et, en juin 2015, leurs efforts ont abouti à la promulgation d'une loi autorisant le mariage entre personnes de même sexe.
COMMENT VIVAIT LA COMMUNAUTÉ LGBTQ ?
Les personnes LGBTQ faisaient depuis longtemps l'objet de discrimination sociale et de harcèlement judiciaire pour leur orientation sexuelle qui, sous prétexte de religion et de moralité, avait été criminalisée. Dans les années 1960, l'homosexualité était cliniquement considérée comme un trouble mental et la plupart des villes américaines avaient adopté des lois discriminatoires qui interdisaient les relations homosexuelles et reniaient les droits fondamentaux de toute personne soupçonnée d'être gay. Bien que des groupes de défense des droits LGBT avaient déjà commencé à protester publiquement contre ce traitement, la majorité des personnes LGBTQ vivaient leur homosexualité dans le secret.
Néanmoins, New York abritait une vaste communauté LGBTQ et offrait une vie nocturne florissante à quiconque souhaitait vivre au grand jour son orientation sexuelle. En 1969, les activistes avaient contraint l'État de New York à réviser sa position contre l'octroi de licences de débit de boisson aux bars gay. La décision était en partie motivée par les profits. Les propriétaires de ces bars, pour beaucoup associés au crime organisé, avaient décelé dans cette clientèle gay une occasion d'affaires ; ils avaient également appris à éviter les descentes de police en graissant généreusement la patte des officiers.

Des clients résistent à l'arrestation à l'extérieur du Stonewall Inn de New York, le 28 juin 1969.
Des clients résistent à l'arrestation à l'extérieur du Stonewall Inn de New York, le 28 juin 1969.
Les affaires allaient bon train, mais les bars gay restaient encore des lieux de rassemblement dangereux. Les forces de l'ordre surveillaient et piégeaient régulièrement les hommes qui les fréquentaient ; les agents perquisitionnaient les bars pour des prétextes allant de « trouble à l'ordre public » à diverses infractions mineures liées à la vente d'alcool.
Le Stonewall Inn était un bar miteux et à peine légal. Situé dans le Greenwich Village, le cœur battant de la communauté gay new-yorkaise à l'époque, sa clientèle en rassemblait les membres les plus marginalisés, notamment des individus mineurs sans abri, des personnes de couleur ou encore des drag queens.
« Ce club n'était pas qu'un simple bar dansant, il était bien plus qu'un simple lieu de rassemblement LGBTQ », écrivait Dick Leitsch, le premier journaliste gay à avoir couvert les événements. « Il s'adressait particulièrement aux personnes qui n'étaient pas les bienvenues dans d'autres refuges de la vie sociale homosexuelle ou n'avaient pas les moyens de les fréquenter. »
QUE S'EST-IL PASSÉ AU STONEWALL ?
La nuit de la descente, la police est arrivée avec l'intention de suivre son habituel protocole : saisir l'alcool du bar et arrêter ses clients. Cette fois, les clients en question ont résisté à l'arrestation et la violence a éclaté alors que les agents tentaient de calmer la foule. Dans un déferlement spontané de frustration, les clients et les passants ont commencé à protester et à lancer des objets à la police.
Dans un témoignage oral, l'activiste Mark Segal se souvient d'un « incroyable festival de couleurs et de lumières et de personnes qui couraient. Je regarde la porte et je me dis… "Les Afro-Américains se battent pour leurs droits, les Latinos se battent pour leurs droits, les femmes se battent pour leurs droits, pourquoi pas nous ?" »
Ce soir-là, Marsha P. Johnson se battait justement pour ses droits. Cette femme transgenre noire et militante qui fréquentait le bar est considérée comme l'une des meneuses de la révolte. Si certains soutiennent que Johnson aurait « lancé la première brique » à la police, elle précise qu'à son arrivée au bar, les affrontements avaient déjà largement commencé.
En dehors de ce déchaînement de violence entre les clients et la police, il est difficile de trouver un consensus sur les événements de cette nuit-là. Les articles de journaux, les témoignages oraux et les rapports de police se contredisent tous. Selon Jason Baumann, conservateur de la collection LGBTQ de la New York Public Library, les universitaires se demandent encore « combien de jours a duré la révolte, qui a jeté la première brique, la première bouteille ou le premier coup de poing ».

Des personnes célèbrent la légalisation du mariage homosexuel dans l'État de New York devant le Stonewall Inn, le 24 juin 2011.
Des personnes célèbrent la légalisation du mariage homosexuel dans l'État de New York devant le Stonewall Inn, le 24 juin 2011.
Une chose est sûre, la descente de police ne s'est pas passée comme prévu. Alors que la violence enflait à l'extérieur du bar, les agents se sont repliés à l'intérieur, allant même jusqu'à se barricader. Les protestataires ont franchi la barricade et échangé quelques coups avec la police, avant de mettre le feu au club. Il fallut plusieurs heures à la police pour évacuer les rues. La nuit suivante, des milliers de personnes sont venues au Stonewall pour provoquer la police. Des affrontements ont à nouveau éclaté ce soir-là, puis de manière sporadique les jours suivants.
APRÈS LE STONEWALL
Dans le sillage de la révolte, les participants et les résidents du Greenwich Village, fatigués de vivre dans l'ombre de l'oppression, étaient galvanisés ; ils ont uni leurs forces à ceux qui avaient déjà commencé à protester contre la discrimination des personnes LGBTQ.
En réponse, les activistes ont également fondé le Gay Liberation Front le 24 juillet 1969, qui est devenu l'incubateur d'une approche plus radicale du mouvement politique LGBTQ.
« Dans la foule, tout le monde sentait que n'aurions jamais à revenir en arrière », se souvient Michael Fader, qui était présent lors de la descente. « Le message était clair : nous ne partirons pas. Et nous ne sommes jamais partis. » En quelques mois, ceux qui avaient jadis peur de se tenir la main dans la rue y descendaient pour exiger la libération gay. Le mouvement déclenché par une descente de police dans le Greenwich Village s'est propagé aux différentes villes du pays.
En 1970, un an après la descente, des activistes menés par Craig Rodwell ont commémoré l'événement en créant le Christopher Street Liberation Day, aujourd'hui reconnu comme la toute première marche des fiertés. Les événements de Stonewall ont toujours été célébrés depuis, mais il a fallu attendre les dernières années pour que le rôle joué par les personnes de couleur et les personnes transgenres obtienne une reconnaissance à la hauteur de son importance.
Plusieurs dizaines d'années plus tard, les événements du Stonewall Inn sont perçus comme un tournant révolutionnaire qui a dynamisé le mouvement pour la défense des droits LGBTQ. Bien que le mouvement ait connu des succès majeurs, la bataille pour l'égalité des droits se poursuit toujours. Ces dernières années, des centaines de lois ont été introduites dans la législation américaine pour affaiblir les textes anti-discriminatoires, limiter l'accès aux soins médicaux ou aux lieux publics, comme les toilettes pour les personnes transgenres, et interdire des livres ou des performances comme les drag shows. La flamme qui a embrasé le Stonewall Inn brille toujours dans l'âme de ceux qui défendent aujourd'hui les droits des personnes LGBTQ.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
