Découverte de 250 sarcophages dans la nécropole de Saqqarah

À l’intérieur de l’un des sarcophages se trouvait un papyrus de 9 mètres de long, sur lequel seraient inscrits des versets du Livre des Morts.

De Margot Hinry
Publication 22 juin 2022, 17:26 CEST
Le complexe funéraire de Djéser, édifié sous le règne du roi Djéser, se situe à Saqqarah, ...

Le complexe funéraire de Djéser, édifié sous le règne du roi Djéser, se situe à Saqqarah, en Égypte. Il a servi de modèle pour la plus petite pyramide d'Edfou.

PHOTOGRAPHIE DE Kenneth Garrett, National Geographic

Depuis 2018, le site de la nécropole de Saqqarah est activement exploré par les chercheurs. Ce site classé par l’Unesco est une mine d’or pour les historiens et les égyptologues, il est notamment connu grâce à la pyramide du roi Djéser qui avait été érigée sous la direction du célèbre architecte Imhotep, vers 2 700 avant notre ère.

En 2020, près de 60 sarcophages en bois datés du Nouvel Empire avaient été découverts sur ce site. « Le site de Saqqarah est un des plus anciens d'Égypte. On y a trouvé des tombes datant des premiers rois, vers 3 100 avant J.-C. Comme le site servait de nécropole à la capitale administrative égyptienne, Memphis, il a été utilisé pendant toute l'histoire égyptienne par les élites locales et, parfois, par les rois » explique Frédéric Payraudeau, maître de conférences en égyptologie à la Sorbonne et vice-président de la Société française d'égyptologie.

Cette année, après la grande découverte de 2020, une équipe de chercheurs a mis au jour une véritable collection de 150 statuettes de bronze qui représentent toutes sortes d’anciennes divinités égyptiennes. À ces trouvailles s’ajoutent 250 sarcophages en bois. À l’intérieur de l’un d’eux, un long papyrus de 9 mètres qui contient, selon les déclarations de Mostafa Waziri, le secrétaire général du Conseil suprême des antiquités d'Égypte lors d’une conférence de presse, « probablement des versets du Livre des Morts ».

Comme l'explique Frédéric Payraudeau, la découverte de statuettes dissimulées n'est pas une première sur ce site archéologique. Ces statuettes étaient sacrées, considérées comme des ex-voto et parfois déplacées des temples pour les déposer près « des annexes de temples ou de tombes. »

« Les dieux représentés étaient souvent les dieux locaux, ceux du temple où l'objet était offert, le dieu Ptah et la déesse Sekhmet à Memphis dans le cas des découvertes récentes, mais il existe aussi des statues de dieux "nationaux", adorés dans tout le pays, comme Osiris, dieu-roi de l'Au-delà et sa femme Isis, protectrice des mères et des enfants. En déposant cet ex-voto, on remerciait un dieu pour un bienfait ou on espérait obtenir sa protection » précise l’expert.

Les sarcophages découverts renferment des momies du 5e siècle avant notre ère, selon l’AFP. La matière du bois utilisé pour construire ces cercueils correspond aux trouvailles antérieures. « Le cercueil ou sarcophage en bois était tout à fait commun en Égypte ancienne, c'est plutôt le sarcophage de pierre qui était plus rare et réservé aux personnes de très haut rang. La plupart des cercueils trouvés récemment datent des époques tardives (1er millénaire avant J.-C.), moment où on déplaçait parfois les morts pour les protéger et il est donc plus fréquent d'avoir deux cercueils de bois emboîtés, plus faciles à déménager » souligne le maître de conférence.

Parmi ces statuettes, deux d’entre elles, qualifiées de « magnifiques » par le chef de l’équipe de restauration des antiquités du site antique de Saqqarah, Ashraf Oweis, représentent des « pleureuses », des divinités figées dans le bronze en pleurant les morts. Netfis, ainsi qu’Isis que Frédéric Payraudeau décrit comme une déesse nationale appréciée dans tout le pays. « Nous avons eu très peur lorsque nous les avons trouvées, car même notre souffle faisait un peu bouger les couches de bronze. C’était vraiment effrayant, un vrai défi. »

L’une des 150 statuettes se démarque des autres : elle représente celui qui est considéré comme le premier architecte de l’Histoire, l’ingénieur Imhotep. Cette dernière n’est pas en très bon état puisque d’après les descriptions des équipes elle ne possède plus de tête, mais « le nom du dieu y est inscrit en hiéroglyphes » affirme Frédéric Payraudeau.

Malgré les longues fouilles du site de la nécropole de Saqqarah, l’équipe d’archéologues sur place n’a pas réussi à mettre au jour la tombe d’Imhotep, qui devrait probablement se trouver dans cette zone, « même s’il n'y a aucune certitude » selon l’expert en égyptologie. « Longtemps après sa mort, Imhotep a été divinisé, considéré comme un fils du dieu local Ptah et est devenu un dieu-patron des savants et médecins. C'est pourquoi il existe beaucoup de statuettes à son nom, offertes en ex-voto » précise le maître de conférence.

Ce type de découvertes permet aux historiens et aux archéologues d’en apprendre plus sur les circonstances de la mort mais aussi sur les conditions de vie des populations qui nous ont précédés. Concernant les corps momifiés et retrouvés dans les cercueils, Frédéric Payraudeau précise qu’ils « appartenaient à l'élite. » À cette époque, les classes populaires étaient, pour la plupart « juste enterrées dans le sable sur une natte avec quelques poteries en offrandes. »

Sur place, plusieurs produits de cosmétiques et des bijoux ont été découverts tels que des boucles d’oreilles, des bracelets, mais aussi des eye-liners d’époque. « Les Égyptiens avaient l'habitude de placer dans les tombes des objets qu'ils souhaitaient utiliser dans l'Au-delà, donc il arrive de trouver des objets utilisés dans la vie quotidienne. »

Ces nombreuses découvertes constituent de vraies aubaines pour les chercheurs. « L'archéologie funéraire est une source importante pour reconstituer non seulement les circonstances de la mort, mais aussi le quotidien des anciens Égyptiens » conclut le vice-président de la Société française d'égyptologie.

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