Des momies royales égyptiennes ont défilé au Caire

Un grand défilé au Caire organisé le 3 avril célébrait l’âge d’or des pharaons et l'entrée des précieuses momies au nouveau musée national de la civilisation égyptienne.

Photographie De Kenneth Garrett
Publication 7 avr. 2021, 12:36 CEST
Portrait of Seti I

Le pharaon Séthi Ier a régné sur l’Égypte pendant plus d’un siècle à partir de 1290 avant J.C. Sa momie fait partie des vingt-deux autres à avoir été déplacée dans un autre musée au Caire.

Photographie de Kenneth Garrett

Escortées par des stars de cinéma, des chanteurs, des danseurs et des gardes à cheval, les momies de vingt-deux pharaons et autres membres de la royauté égyptienne ont défilé samedi 3 avril dans les rues du Caire. Elles ont quitté le musée égyptien du Caire pour rejoindre le tout nouveau musée national de la civilisation égyptienne (MNCE).

Cet évènement surnommé « la Parade dorée des Pharaons », qui s’est déroulé sur les rives du Nil, a été retransmis à la télévision. Il a été organisé afin de rendre hommage au riche héritage de l’Égypte et pour attirer des visiteurs en ce contexte de pandémie qui paralyse le tourisme mondial.

« Cette parade va rendre tous les Égyptiens fiers de leur pays », a déclaré Zahi Hawass, ancien ministre des Antiquités du pays. « En cette période compliquée, ils veulent se sentir heureux et fiers de leurs ancêtres. Ils vont attendre leurs rois dans les rues pour les saluer. » 

La plupart des momies datent du Nouvel Empire (environ 1539 avant J.C. à 1075 avant J.C.), l’âge d’or de la civilisation égyptienne. Parmi le cortège figurent dix-huit pharaons et quatre autres membres de la royauté, qu’il s’agisse de dirigeants illustres de l’Égypte ou de personnalités moins connues.

L’une des célébrités les plus connues du cortège n’est autre que Ramsès II, parfois surnommé « le Grand » et décrit comme le pharaon représenté dans le Livre de l’Exode. On y retrouve aussi Hatchepsout, bâtisseuse accomplie, cheffe vigoureuse et considérée comme l’une des rares femmes pharaons d’Égypte.

Réputé pour être un grand guerrier, Ramsès II a régné pendant soixante-sept ans, de 1279 avant J.C. à 1213 avant J.C. Il est souvent mentionné dans la littérature et le cinéma comme le pharaon mentionné dans l’ouvrage biblique le Livre de l’Exode.

Photographie de Kenneth Garrett

La reine Hatchepsout a été l’une des rares femmes pharaons d’Égypte. Au cours de son règne, qui s’est étendu sur vingt-deux ans, elle a décidé des centaines de constructions de monuments et de temples. Elle a également initié des relations commerciales avec le pays de Pount, situé dans l'actuel Yémen, afin de garantir à l’Égypte un approvisionnement en encens et en huile.

Photographie de Kenneth Garrett

Le cortège comprenait également des souverains moins chanceux comme Siptah Akhenre, mort à l’adolescence et qui aurait souffert de poliomyélite ou encore Seqenenrê Tâa, qui selon les spécialistes ayant scanné sa momie, aurait été blessé avec une hache, un poignard, un bâton ou encore une lance.

D’autres pharaons jouissaient d’un charme différent. « Mon préféré, c’est sûrement Séthi Ier », sourit Salima Ikram, égyptologue à l’université américaine du Caire. « Il avait de bons goûts et il était d’une beauté éclatante. »

La procession a commencé au coucher du Soleil par une salve de vingt-et-un coups de feu alors que les membres de la royauté prenaient la direction de la place Tahrir. Les momies ont défilé devant des fresques murales illustrant des scènes pharaoniques avec en toile de fond des feux d’artifice et des spectacles de son et de lumière, et ce, sur un parcours long de 8 kilomètres longeant le Nil.

« Les momies [ont été transportées] dans des caissons de protection imbriqués les uns dans les autres, comme les cercueils ancestraux ou les boîtes chinoises », explique Mme Ikram. Elle a été consultée en tant que conseillère pour ce déplacement en raison de son expertise en matière de momies et de momification. « Ils [ont voyagé] en toute sécurité. »

Les caissons fermés hermétiquement et dont la température était contrôlée ont été chargés sur des camions militaires décorés pour l’occasion afin de ressembler aux barques funéraires qui transportaient autrefois les corps des pharaons jusqu’à leur tombe. Lors de leur arrivée au MNCE, ils ont été accueilli par le président égyptien Abdel Fattah el-Sisi et d’autres hauts responsables.

 

DES MOMIES EN VOYAGE

Ces momies n’en sont pas à leur premier voyage. Il y a 3 000 ans, peu après leur inhumation dans de somptueuses tombes dans la Vallée de Rois près de Louxor, la plupart des momies furent transférées au sein de caches secrètes afin de les protéger des pilleurs de tombes. Les caches furent retrouvées vers la fin du 19e siècle, parfois grâce à l’aide des pilleurs locaux. Elles poursuivirent ainsi leur pèlerinage en remontant le Nil sur des bateaux à vapeur jusqu’aux musées du Caire où elles s’installèrent.

En 1881, un journaliste faisait part de l’atmosphère qui régnait au cours d’une telle croisière fluviale alors que les villageois locaux s’agroupaient autour des berges du fleuve pour pleurer le départ de leurs illustres défunts.  « Des femmes aux cheveux ébouriffés couraient le long des berges en poussant des gémissements mortels.  Des hommes alignés dans un profond silence tiraient dans les airs avec leur fusil en saluant les pharaons lors de leur passage. »

Lors de leur arrivée au Caire, les membres de la royauté furent confrontés à un barrage routier car les momies ne figuraient pas dans la liste des biens autorisés à rentrer dans la ville. Les autorités changèrent alors leur désignation de « momie » à « poisson salé » et laissèrent les pharaons passer.

Depuis cette étrange traversée fluviale, les vingt-deux momies ont occupé quatre musées différents. Certaines étaient exposées dans des caissons en verre tandis que d’autres étaient placées dans des réserves fermées à clé, à l’abri du regard du public. Ramsès II a même été envoyé à Paris en 1976 pour sa restauration.

C’est en réalité cet évènement qui a inspiré Khaled el-Anani, l’actuel ministre des Antiquités, à organiser une grande parade. Lorsqu’il était enfant, il était scolarisé dans une école française au Caire et a vu un film sur l’arrivée de Ramsès II à Paris. « J’étais stupéfait de voir la foule de journalistes et de caméras de télévision accueillir Ramsès à l’aéroport de Paris tel un président ou un roi. »

Aussi, lorsqu’il a été nommé ministre, il a décidé de planifier « quelque chose de grand, d’organiser une parade sans égal pour afficher le respect [que nous avons] pour nos ancêtres, qui font également partie du patrimoine culturel de l’humanité ».

 

UNE MALÉDICTION DES TEMPS MODERNES ?

De nombreux Égyptiens ont attendu la parade avec impatience, comme toute festivité en ces temps de pandémie difficiles. D’autres en revanche ont pensé que ce déplacement de momies allait porter malheur.

Un accident de train mortel dans le centre du pays, un effondrement d’immeuble au Caire, l’obstruction étrange du canal de Suez... Tous ces récents évènement ont été attribués à une malédiction des temps modernes liée à la parade. L’archéologue Zahi Hawass rejette cette idée. « Il n’existe aucune malédiction », dit-il en riant, « simplement des gens superstitieux ».

Plus sérieusement, ce défilé alimente le débat éthique quant à l’exposition de vestiges humains. De nombreux conservateurs de musées insistent pour recouvrir les momies ou pour retirer entièrement les restes humains de la vue du public.

Les autorités égyptiennes débattent sur le sujet depuis des décennies. En 1974, alors que M. Hawass accompagnait la princesse Margaret du Royaume-Uni, la sœur de la Reine Elizabeth, lors d’une visite du musée égyptien du Caire, elle sursauta et se couvrit les yeux à la vue du corps sinistre et desséché de Ramsès II. M. Hawass se rappelle : « C’était comme si elle se disait, “Sérieusement, pourquoi me faire ça ? Je ne peux pas supporter de voir le visage d’un être humain !” ».

Toutefois, selon le ministre El-Anani, aujourd’hui les membres de la royauté égyptienne recevront les inhumations respectueuses qu’ils méritent pour leur nouvelle exposition.

« Il faudra descendre une rampe comme si l’on accédait à un monde souterrain. Les murs sont noirs et il y a très peu de lumière. Chaque pièce est constituée comme une chambre funéraire où chaque momie est placée dans son cercueil et est entourée de ses objets funéraires. »

Avant de profiter de leur repos éternel au MNCE, les vingt-deux momies seront les vedettes d’une production grandeur nature digne d’un film de Cecil B. DeMille. Qu’est-ce qu’elles pourraient bien nous partager à propos de leur participation à un tel évènement ?

« Les souverains souhaitaient qu’on se souvienne d’eux, que leurs noms restent gravés à jamais », explique Gregory Mumford, professeur associé d’archéologie à l’Université d’Alabama de Birmingham. « Ainsi, la reconnaissance publique de leurs noms, de leurs règnes et de leurs identités aurait, j’imagine, plu à la plupart d’entre eux, voire à tous. »

 

Reportage réalisé par Andrew Curry.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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