Et les meilleurs photographes animaliers de l'année 2021 sont...

Un cliché inespéré de mérous en plein accouplement a valu au Français Laurent Ballesta le prestigieux titre de Photographe animalier de l’année.

Publication 14 oct. 2021, 16:29 CEST

Dans les profondeurs de l’atoll de Fakarava, en Polynésie française, un flash d’appareil photo saisit à la volée un déchaînement de vie. Deux mérous qui viennent de s’accoupler quittent un nuage d’œufs et de spermatozoïdes. C’est une reproduction si rare et si fugace qu’elle ne survient qu’une fois par an, pendant trente minutes environ, à l’approche de la pleine lune de juillet. Laurent Ballesta a passé 3 000 heures à essayer de saisir ce moment.

Ce cliché d’un phénomène extraordinaire a été intitulé « Création » et a valu à Laurent Ballesta le prestigieux prix Wildlife Photographer of the Year décerné mardi par le Musée d’histoire naturelle de Londres, qui organise ce concours chaque année et expose les photos primées.

Dans un communiqué de presse, Roz Kidman Cox, présidente du jury, a déclaré que « Création » saisit « un moment magique ». « C’est surprenant, dynamique, et d’une beauté éthérée », a-t-elle affirmé.

Doug Gurr, directeur du musée, en parle comme d’un « rappel puissant de ce que nous allons perdre si nous ne nous occupons pas de l’impact humain sur notre planète. »

Cette image rare et frappante de mérous en plein accouplement prise par Laurent Ballesta a été primée dans la catégorie sous-marine du concours et lui a aussi valu le Grand Prix de Photographe animalier de l’année. Laurent Ballesta est français et scrute les profondeurs de l’océan dans l’atoll de Fakarava, en Polynésie française, à la recherche de mérous camouflages quittant leur nuage laiteux fait d’œufs et de spermatozoïdes. Lui et son équipe sont retournés dans ce lagon pendant cinq ans et ont plongé jour et nuit pour observer ces animaux en période de frai.

Photographie de Laurent Ballesta, PHOTOGRAPHE ANIMALIER DE L'ANNÉE

L’atoll de Fakarava, réserve de biosphère inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et protégée des activités commerciales, abrite plusieurs espèces menacées et en danger d’extinction. Ici, le mérou marbré, d’ordinaire menacé à cause de la pêche industrielle, ne craint rien ; de la part des humains du moins. Pendant la saison des amours, des centaines de requins gris de récif sortent à la nuit tombée pour se nourrir de ces poissons mesurant environ 60 centimètres, et dont le statut de préservation est inconnu selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui est chargée d’évaluer le statut de conservation des espèces.

Hormis le fait qu’il savait que la reproduction aurait lieu vers la pleine lune au mois de juin ou de juillet, Laurent Ballesta n’avait aucun moyen de prédire quand cela allait se produire, ce qui signifie qu’il a dû maximiser le temps passé sous l’eau. En 2014, il a établi un protocole de plongée (premier en son genre) qui devait lui permettre de passer vingt-quatre heures à 20 mètres sous la surface de l’océan tout en limitant le temps nécessaire pour décompresser. D’après lui, cette prouesse a exigé une calibration minutieuse pour arriver au mélange exact de gaz dans les bouteilles d’oxygène, pour trouver une équipe de plongée dédiée, et pour réunir une bonne dose de force d’âme.

Sa stratégie minutieusement élaborée a fonctionné. Sous la surface, parmi des centaines de mérous marbrés et des centaines de requins gris de récif, et sans la rassurance d’une cage ou d’une combinaison métallique anti-requins, « il a fallu du temps pour comprendre que nous ne nous ferions pas mordre », confiait Laurent Ballesta à National Geographic en 2018. « Nous devions être suffisamment en confiance pour rester calmes lorsqu’ils viennent nous heurter, parfois au point d’avoir des ecchymoses. Ils nous considèrent comme des obstacles, pas des proies. » 

La compétition (dont c’était la 57e édition) récompense 19 catégories de photographie animalière : comportement, photojournalisme, portraits etc. Cette année, 50 000 candidats du monde entier ont participé. Le jury était à la recherche d’innovation, d’un récit, et de compétences techniques. (Découvrez les meilleurs photographes de l’an dernier.)

Vidyun R. Hebbar, Indien âgé de dix ans seulement, a obtenu le Prix du Jeune photographe animalier de l’année, l’autre distinction prestigieuse de ce concours, grâce à son gros plan sur une araignée de l’espèce Cyrtophora qui flotte sur un fond multicolore créé par un pousse-pousse qui passait par là.

Deux autres photographes collaborant fréquemment avec National Geographic ont été honorés. Le Prix « Océans : Vue d’Ensemble » a été attribué à Jennifer Hayes pour sa photo de phoques du Groenland et de leurs petits qui venaient juste de naître sur une banquise morcelée. La catégorie « Vue d’Ensemble » a été introduite cette année et récompense une photo qui met en valeur des écosystèmes vitaux tels que la banquise arctique, qui fond à vue d’œil, et dont les phoques ont besoin pour se reproduire. Jennifer Hayes a passé des heures à survoler la zone en hélicoptère pour découvrir le tableau gagnant, qu’elle décrit comme « une pulsion de vie à vous couper le souffle ».

Brent Stirton a obtenu le Prix de Photojournalisme pour son travail de documentation sur les chimpanzés et leurs soigneurs au Centre de réhabilitation des primates de Lwiro, en Afrique du Sud, dont la mission est de secourir et de réhabiliter des primates rendus orphelins par le braconnage. Les bébés sont souvent vendus, parfois en tant qu’animaux de compagnie. « Par conséquent », écrit-il sur son compte Instagram, « bon nombre de ces chimpanzés ont vécu une vie d’isolation, de souffrance et de cruauté. » À Lwiro, plus d’une centaine de jeunes chimpanzés reçoivent des soins pour apaiser leur troubles psychologiques et physiques. 

« Ces soigneurs dévoués élèvent les bébés chimpanzés comme leurs propres enfants », écrit-il.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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