Le monde vu par les femmes
"Les femmes voient souvent des choses... qu'un homme ne remarquerait même pas", disait le premier rédacteur en chef de National Geographic. Nos archives révèlent leur courage et leur empathie.

Vêtues de leur tenue traditionnelle modeste, les femmes membres de l'Église fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours prennent plaisir à jouer dans l'eau près de Hildale, dans l'Utah.
Vêtues de leur tenue traditionnelle modeste, les femmes membres de l'Église fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours prennent plaisir à jouer dans l'eau près de Hildale, dans l'Utah.
L'histoire des femmes photographes ayant travaillé pour National Geographic fait plutôt figure d'exception que de règle. Du moins pendant les premières décennies de l'histoire du magazine. Nous avons dépassé l'époque où les femmes étaient représentées comme des objets de beauté et où l'on supposait que l'auteur de l'image était un homme.
Oui, on le supposait. Une photographie de 1967 conservée dans les archives de National Geographic et portant l'inscription « la plus grande équipe photographique du monde » montre 25 hommes en costume-cravate entourant le bureau du rédacteur en chef de National Geographic de l'époque, Melville Bell Grosvenor, suggérant, comme l'a écrit l'historienne de la photographie Naomi Rosenblum, que « le langage universel de la photographie dont dépendait cette publication (et d'autres) était uniquement une contribution de l'œil et de l'esprit masculin. »

En 1967, la « plus grande équipe photographique du monde » était composée uniquement d'hommes, posant ici autour du bureau de Melville Bell Grosvenor, alors rédacteur en chef.

Ce n'est plus le cas, comme le montre cette photo de 2019 de quelques-unes des collaboratrices photographes et des membres du personnel de National Geographic.
En 1967, la « plus grande équipe photographique du monde » était composée uniquement d'hommes, posant ici autour du bureau de Melville Bell Grosvenor, alors rédacteur en chef.
Ce n'est plus le cas, comme le montre cette photo de 2019 de quelques-unes des collaboratrices photographes et des membres du personnel de National Geographic.
« Et quand votre photographe arrivera-t-il ? » s'entendait dire la photographe Sisse Brimberg dans les années 1980, après avoir trimballé une demi-douzaine de caisses remplies de matériel d'éclairage pour franchir la porte d'un musée en vue de photographier des objets.
« Elle est arrivée », répondait-elle laconiquement.

Des collégiennes font de la gymnastique suédoise au Japon.
Des collégiennes font de la gymnastique suédoise au Japon.
En 2000, lorsque j'ai dit à un photographe de l'équipe que j'écrivais un livre sur les femmes photographes du National Geographic avec Kathy Moran, aujourd'hui directrice adjointe de la photographie, il m'a répondu comme s'il chassait une peluche de son col : « Les femmes photographes ? Ce sera un livre court. »
Il y a six ans, Sarah Leen, photographe et rédactrice photo de longue date, est devenue la première directrice de la photographie de National Geographic. À l'heure actuelle, 47 femmes prennent des photos pour National Geographic en version imprimée et numérique (contre 67 hommes), mais les femmes photographes contribuent au magazine depuis 1914, et le reportage d'Eliza Scidmore Young Japan. Scidmore était une amie du premier rédacteur en chef, Gilbert Hovey Grosvenor, avec qui elle entretenait une relation de respect et d'admiration mutuels ; le fait que la femme de Grosvenor, Elsie, était une suffragette, a sans doute facilité les choses. « Les femmes voient souvent des choses chez les gens... qu'un homme ne remarquerait même pas », a ainsi écrit Grosvenor.

De jeunes mariées sont assises ensemble dans l'église saxonne de Cisnadioara, en Roumanie.
De jeunes mariées sont assises ensemble dans l'église saxonne de Cisnadioara, en Roumanie.
Au cours des cinquante premières années d'existence du magazine, il est arrivé que le travail des femmes fasse date, comme le reportage de Dorothy Hosmer. Hosmer, 26 ans, a quitté son emploi de secrétaire, acheté un billet de bateau à vapeur de troisième classe pour réaliser un reportage publié sous le titre haletant : « Une jeune Américaine traverse la Roumanie à vélo : une voyageuse s'aventure sur la terre des châteaux et des gitans, où les traces de l'Empire romain se mêlent aux vestiges des migrations orientales. » L'article a été publié en 1938, mais pas avant que le rédacteur en chef adjoint John Oliver La Gorce n'exprime des doutes. « J'imagine que... [les mères] ne voudraient pas que leurs filles lisent cette histoire et s'imaginent qu'il n'y a rien de mal à parcourir le monde par ses propres moyens si un tel récit paraît dans National Geographic. »

Un mannequin britannique tient un masque en silicone de son visage. Sarah Leen, qui a pris cette photo, a été photographe pour National Geographic pendant plus de 20 ans avant de devenir rédactrice photo pour le magazine, puis la première femme directrice de la photographie.
Un mannequin britannique tient un masque en silicone de son visage. Sarah Leen, qui a pris cette photo, a été photographe pour National Geographic pendant plus de 20 ans avant de devenir rédactrice photo pour le magazine, puis la première femme directrice de la photographie.
Parmi les autres pionnières, citons la remarquable Harriet Chalmers Adams, qui a publié 21 articles pour le magazine entre 1907 et 1935. Bien qu'elle figure comme autrice dans l'index de National Geographic, elle a également été photographe. Comptant parmi les premières et rares femmes correspondantes de la Première Guerre mondiale, Adams était une exploratrice qui, avant sa mort en 1937, a suivi les traces de Christophe Colomb, traversé Haïti à cheval et, selon le New York Times, « a atteint vingt frontières auparavant inconnues des femmes blanches... y compris chaque branche linguistique des tribus indiennes de l'Alaska à la Terre de Feu. »
Enfin, en 1953, le magazine a engagé sa première femme photographe. Elle s'appelait Kathleen Revis et se trouvait être la belle-sœur du rédacteur en chef Melville Grosvenor. « Melville n'avait pas du tout peur des femmes intelligentes », a déclaré Mary Smith, l'une des premières rédactrices photo de National Geographic, qui a travaillé avec Revis. « Il était particulièrement impartial en matière de genre, surtout pour un homme de sa génération. »

Après avoir lavé des vêtements dans une flaque d’eau, une femme rentre chez elle en traversant un champ frappé par la sécheresse, au Somaliland. Dans la Corne de l’Afrique, des conditions climatiques extrêmes ont dévasté des millions de vies. Alors que leurs animaux mouraient, les éleveurs semi-nomades, comme cette femme, n’ont eu d’autre choix que l’exil.
Après avoir lavé des vêtements dans une flaque d’eau, une femme rentre chez elle en traversant un champ frappé par la sécheresse, au Somaliland. Dans la Corne de l’Afrique, des conditions climatiques extrêmes ont dévasté des millions de vies. Alors que leurs animaux mouraient, les éleveurs semi-nomades, comme cette femme, n’ont eu d’autre choix que l’exil.

Un jeune dromadaire tire sur le hidjab de Cadar Maxamed, à Xinjiinle, dans le nord du Somaliland. Les dromadaires et d’autres animaux constituent le fondement de la richesse des éleveurs de la région.
Un jeune dromadaire tire sur le hidjab de Cadar Maxamed, à Xinjiinle, dans le nord du Somaliland. Les dromadaires et d’autres animaux constituent le fondement de la richesse des éleveurs de la région.

Dans le centre du Somaliland, une femme observe une nuée de criquets pèlerins envahir le ciel. Des conditions météorologiques extrêmes ont entraîné la plus grande infestation depuis vingt-deux ans de ces insectes qui dévastent les récoltes.
Dans le centre du Somaliland, une femme observe une nuée de criquets pèlerins envahir le ciel. Des conditions météorologiques extrêmes ont entraîné la plus grande infestation depuis vingt-deux ans de ces insectes qui dévastent les récoltes.

Raxma Xasan Maxamuud, 36 ans, est bloquée depuis trois ans dans un camp de déplacés, à l’extérieur de Burao, au Somaliland. L’abondance et le bonheur de sa vie antérieure d’éleveuse lui manquent.
Raxma Xasan Maxamuud, 36 ans, est bloquée depuis trois ans dans un camp de déplacés, à l’extérieur de Burao, au Somaliland. L’abondance et le bonheur de sa vie antérieure d’éleveuse lui manquent.

Maryan Youssouf, 15 ans, et Xaawa Youssouf, 12 ans, deux sœurs, apprennent l’arabe dans la cour familiale, dans le nord du Somaliland, sous le regard de leur mère, Caasha Jaamac, 40 ans (au centre). De nombreux Somalis comptent sur l’instruction pour préparer un avenir plus viable à leurs enfants.
Maryan Youssouf, 15 ans, et Xaawa Youssouf, 12 ans, deux sœurs, apprennent l’arabe dans la cour familiale, dans le nord du Somaliland, sous le regard de leur mère, Caasha Jaamac, 40 ans (au centre). De nombreux Somalis comptent sur l’instruction pour préparer un avenir plus viable à leurs enfants.

Kataleya Nativi Baca, une femme transgenre de 28 ans, a fui le Honduras après avoir subi des années de harcèlement violent. Ici, elle poursuit son périple vers la frontière américaine, après être entrée au Mexique en canot pneumatique depuis le Guatemala.
Kataleya Nativi Baca, une femme transgenre de 28 ans, a fui le Honduras après avoir subi des années de harcèlement violent. Ici, elle poursuit son périple vers la frontière américaine, après être entrée au Mexique en canot pneumatique depuis le Guatemala.

Samanta Hilton, Alexa Smith et Escarle Lovely se détendent, dans leur ville natale de San Pedro Sula, au Honduras. Pour les femmes transgenres, comme elles, l’Amérique latine est la région la plus dangereuse du monde.
Samanta Hilton, Alexa Smith et Escarle Lovely se détendent, dans leur ville natale de San Pedro Sula, au Honduras. Pour les femmes transgenres, comme elles, l’Amérique latine est la région la plus dangereuse du monde.

Kataleya a passé quatre mois dans la ville de Tapachula, dans le sud du Mexique. Elle y a obtenu un visa, qui lui a permis de parcourir en car les 4 000 km jusqu’à la frontière des États-Unis, au lieu de devoir marcher ou faire de l’auto-stop.
Kataleya a passé quatre mois dans la ville de Tapachula, dans le sud du Mexique. Elle y a obtenu un visa, qui lui a permis de parcourir en car les 4 000 km jusqu’à la frontière des États-Unis, au lieu de devoir marcher ou faire de l’auto-stop.

Tijuana, à la frontière mexico-américaine, a marqué le début de sa procédure de demande d’asile. Elle avait déjà attendu plusieurs mois quand les États-Unis ont fermé leur frontière à tous les immigrants, en mars 2020, à cause de la pandémie de Covid-19.
Tijuana, à la frontière mexico-américaine, a marqué le début de sa procédure de demande d’asile. Elle avait déjà attendu plusieurs mois quand les États-Unis ont fermé leur frontière à tous les immigrants, en mars 2020, à cause de la pandémie de Covid-19.

Cette Vietnamienne a épousé un Singapourien il y a onze ans et a eu deux enfants de lui. Elle craint de divorcer, car, comme d’autres migrantes par le mariage, elle dépend de son mari pour le renouvellement de son permis de séjour et risque de perdre la garde de ses enfants.
Cette Vietnamienne a épousé un Singapourien il y a onze ans et a eu deux enfants de lui. Elle craint de divorcer, car, comme d’autres migrantes par le mariage, elle dépend de son mari pour le renouvellement de son permis de séjour et risque de perdre la garde de ses enfants.

Ngoc Tuyen et Tony Kong passent du temps ensemble, le jour de leur mariage, à Singapour, en novembre 2019. Un agent matrimonial a organisé leur première rencontre, au Viêt Nam, deux mois plus tôt.
Ngoc Tuyen et Tony Kong passent du temps ensemble, le jour de leur mariage, à Singapour, en novembre 2019. Un agent matrimonial a organisé leur première rencontre, au Viêt Nam, deux mois plus tôt.

L’agence matrimoniale Mayle est l’une des rares qui subsistent à Singapour. Les autorités ont pris des mesures répressives à l’encontre de la profession, à la suite d’infractions aux législations relatives à l’immigration et à la traite des êtres humains, ainsi que d’escroqueries financières.
L’agence matrimoniale Mayle est l’une des rares qui subsistent à Singapour. Les autorités ont pris des mesures répressives à l’encontre de la profession, à la suite d’infractions aux législations relatives à l’immigration et à la traite des êtres humains, ainsi que d’escroqueries financières.

Sajeda Bahadurmia, 32 ans, serre dans ses bras l’aînée de ses six enfants, Asma, 16 ans, sur une plage proche de Sydney. Musulmanes rohingyas, elles ont fui les persécutions au Myanmar. Mais le refuge qu’elles ont trouvé en Australie reste incertain, car elles ne disposent pas encore de permis de séjour permanent.
Sajeda Bahadurmia, 32 ans, serre dans ses bras l’aînée de ses six enfants, Asma, 16 ans, sur une plage proche de Sydney. Musulmanes rohingyas, elles ont fui les persécutions au Myanmar. Mais le refuge qu’elles ont trouvé en Australie reste incertain, car elles ne disposent pas encore de permis de séjour permanent.

Noor Asma, une Rohingya du Myanmar, tient sa nouvelle-née pendant un cours d’anglais, à Sydney. La plupart des femmes rohingyas de sa classe sont arrivées en bateau entre 2013 et 2016,
fuyant les violences.
Noor Asma, une Rohingya du Myanmar, tient sa nouvelle-née pendant un cours d’anglais, à Sydney. La plupart des femmes rohingyas de sa classe sont arrivées en bateau entre 2013 et 2016,
fuyant les violences.

Sajeda (au centre) manifeste pour réclamer des droits pour les réfugiés en Australie, où beaucoup n’ont que des visas temporaires depuis des années, sans titre de séjour permanent. D’autres sont maintenus dans des centres de rétention. « Je veux que nos femmes aient les mêmes opportunité que les autres, explique- t-elle. Je veux que tout le monde puisse, comme moi, prendre son envol.»
Sajeda (au centre) manifeste pour réclamer des droits pour les réfugiés en Australie, où beaucoup n’ont que des visas temporaires depuis des années, sans titre de séjour permanent. D’autres sont maintenus dans des centres de rétention. « Je veux que nos femmes aient les mêmes opportunité que les autres, explique- t-elle. Je veux que tout le monde puisse, comme moi, prendre son envol.»

À la demande de sa famille, Bibi Sabar, 22 ans (à gauche), est partie à Islamabad pour étudier les technologies de l’information, car il était dangereux pour elle d’aller à l’université dans sa ville natale de Quetta, en raison des violences à l’encontre des membres de l’ethnie hazara.
À la demande de sa famille, Bibi Sabar, 22 ans (à gauche), est partie à Islamabad pour étudier les technologies de l’information, car il était dangereux pour elle d’aller à l’université dans sa ville natale de Quetta, en raison des violences à l’encontre des membres de l’ethnie hazara.

À Islamabad, Bibi prend le bus avec d’autres étudiants pour aller dans un centre commercial. À Quetta, une sortie de ce type aurait été rare car les violences perpétrées par des militants sunnites à leur encontre dissuadaient les chiites hazaras de s’aventurer hors de leurs enclaves ceintes de murs.
À Islamabad, Bibi prend le bus avec d’autres étudiants pour aller dans un centre commercial. À Quetta, une sortie de ce type aurait été rare car les violences perpétrées par des militants sunnites à leur encontre dissuadaient les chiites hazaras de s’aventurer hors de leurs enclaves ceintes de murs.

Haleema, 22 ans (à gauche), une Hazara de Quetta, échange avec des condisciples pendant un cours de poésie. Pour payer ses cours à l’université d’Islamabad, Haleema enseigne à l’école maternelle. Elle veut devenir institutrice ou professeure d’université.
Haleema, 22 ans (à gauche), une Hazara de Quetta, échange avec des condisciples pendant un cours de poésie. Pour payer ses cours à l’université d’Islamabad, Haleema enseigne à l’école maternelle. Elle veut devenir institutrice ou professeure d’université.

Farheen, 22 ans, une autre Hazara de Quetta, étudie la littérature anglaise à Islamabad. Elle effectue ici ses devoirs dans un foyer de femmes près de son université. Au-dessus de son lit sont affichées les photos de stars de la K-pop dont les chansons, pense-t-elle, lui ont ouvert l’esprit sur des questions telles que l’homophobie et la santé mentale.
Farheen, 22 ans, une autre Hazara de Quetta, étudie la littérature anglaise à Islamabad. Elle effectue ici ses devoirs dans un foyer de femmes près de son université. Au-dessus de son lit sont affichées les photos de stars de la K-pop dont les chansons, pense-t-elle, lui ont ouvert l’esprit sur des questions telles que l’homophobie et la santé mentale.
Pourtant, il est légitime de s'interroger sur la pertinence du genre dans le monde de la photographie. Laura Gilpin, une photographe connue pour ses images du Sud-Ouest américain, n'avait-elle pas dit : « Soit vous êtes un bon photographe, soit vous ne l'êtes pas » ?
C'est vrai. Mais le genre compte dans l'expérience et l'accès aux sujets photographiés. Dans certains contextes, la porte peut s'ouvrir plus facilement à une femme. Deux reportages photographiés par Jodi Cobb, la troisième femme photographe engagée dans l'équipe - des femmes saoudiennes (octobre 1987) et des geishas japonaises (octobre 1995) - n'auraient jamais pu être réalisés par un homme. « Les femmes d'Arabie saoudite ne voyaient pas d'inconvénient à ce que je les photographie », se souvient-elle, « mais elles ne voulaient pas que les hommes me voient les photographier. » De même, un reportage de 2011 sur les mariages forcés d'enfant réalisé par Stephanie Sinclair et celui du magazine de janvier 2019 de Lindsey Addario sur la mortalité maternelle des femmes afro-américaines ont sans doute été rendus possibles parce qu'elles étaient des femmes.

Un père caresse le visage de sa fille qui vient de naître dans la République de Tuva, en Russie.
Un père caresse le visage de sa fille qui vient de naître dans la République de Tuva, en Russie.
« C'est une énorme partie de votre identité et j'ai utilisé cela à mon avantage », explique Dina Litovsky, une photographe dont le premier article paru dans le magazine National Geographic a été publié en novembre 2019. « J'ai récemment photographié des filles amish jouant au volley-ball sur la plage. Je suis presque sure que la photo serait différente si j'avais été un homme. Mon appareil photo est moins menaçant. »
« Vingt ans après et nous en parlons encore », souffle Lynn Johnson, dont l'expérience de 30 ans de photographie pour le magazine fait acte. « La réalité, c'est que les femmes ont été invisibles et que maintenant elles ne le sont plus. L'étiquette a maintenant un poids et une signification que nous avons essayé d'enterrer par manque de fierté pour notre sexe. Quand j'étais plus jeune, je le niais. Maintenant, je le revendique. »
















Et National Geographic l'a aussi revendiqué. Pour mettre en lumière la vie et la voix des femmes, le magazine a fait appel à des femmes de cultures et de pays différents. Pour illustrer un article du numéro de novembre 2019 sur l'impact des femmes sur le renouveau du Rwanda, nous avons demandé à la photographe nigériane Yagazie Emezi, dont le travail met en exergue les femmes africaines, de documenter le processus à l'œuvre.
Une dernière réflexion. Un rédacteur en chef avait fait remarquer que les femmes semblaient vouloir parler davantage de l'expérience et de la relation avec leurs sujets, au risque de tomber dans le stéréotype. Et cette idée est vraie.

Avant de subir une greffe du visage, Katie Stubblefield a posé pour ce portrait, montrant son visage gravement blessé.
Avant de subir une greffe du visage, Katie Stubblefield a posé pour ce portrait, montrant son visage gravement blessé.
« Parfois, j'ai envie d'entourer de mes bras toutes les personnes que j'ai photographiées et de les ramasser avec mon cœur, comme une femme ramasse des fleurs ou des baies dans sa jupe, et de les emporter toujours avec moi », a déclaré Maggie Steber, dont le grand reportage sur la greffe totale de la face de la jeune Kathy (réalisé avec Lynn Johnson) publié en août 2018, a été finaliste du prix Pulitzer. « Ces personnes sont ma famille », ajoute Steber. « Reliées à jamais par le clic d'un obturateur et un moment figé dans le temps. »
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
