Reportage : la campagne japonaise telle qu’on la photographiait il y a plus d’un siècle
Ces photographies publiées par National Geographic au début du 20e siècle offrent un rare témoignage de la vie rurale japonaise, entre traditions agricoles, croyances populaires et mutations de la société.

Une femme contemple un cerisier en fleurs, symbole de l’âme japonaise.
Une femme contemple un cerisier en fleurs, symbole de l’âme japonaise.
Cet article a originellement paru dans le numéro de septembre 1922 du magazine National Geographic. Nous vous proposons de le découvrir ou le redécouvrir ci-dessous dans son intégralité.
De tous les titres poétiques que les Japonais ont attribués à leur pays, le plus ancien est sans doute Tokyo-ashiwara-mizuho no-kuni ou « le pays fertile parsemé de roseaux et riche en céréales ». Ce surnom souligne la place prépondérante que l’agriculture avait pour la majorité des Japonais occupant ces régions ; elle était leur source de revenus la plus fructueuse.
Avec l’émergence soudaine du Japon moderne, ses habitants sont passés d’un mode de vie quasi érémitique à une course à la communication et à la compétition avec le monde occidental. Une transition qui a fait oublier à beaucoup d’observateurs l’âme véritable de la prospérité nationale.
Ce n’est que dans le Japon rural que l’on peut prendre conscience des aspects les plus caractéristiques du quotidien de ses habitants. Malgré les avancées rapides accomplies dans le secteur de la production industrielle et minière ces dernières années, l’agriculture reste la principale source de revenus et de pouvoir du peuple japonais.
Au Japon, près de 60 % de la population habite dans les campagnes. Ce sont ces fermiers qui nourrissent l’empire et qui lui fournissent la plus grande partie des matériaux bruts que demande l’industrie.
DES MACHINES PRESQUE ABSENTES
Les grandes exploitations agricoles sont rares, et le labour de petites exploitations reste une caractéristique de l’agriculture. Une tâche accomplie par toute la maisonnée de la ferme. Ce n’est donc pas une surprise que l’homme « de la terre » travaille comme peu de paysans ont jamais travaillé.

Les cueilleurs de thé du Japon portent de longues manchettes ou des gants pour éviter d’écorcher leurs mains et leurs bras.
Les cueilleurs de thé du Japon portent de longues manchettes ou des gants pour éviter d’écorcher leurs mains et leurs bras.
Sur toute la superficie du Japon, on ne compte que près de 12 % de terres cultivables. Et, même là, le sol n’est pas naturellement fertile. Seul le travail le plus méticuleux et le plus rigoureux des sous-sols, des engrais, des terrasses et de l’irrigation peut en tirer quoi que ce soit de significatif. Un système qui demande une rigueur qui frise le jardinage plutôt que l’exploitation fermière.
Les fermiers n’utilisent presque aucune sorte de machinerie. Le travail de la terre se fait essentiellement à la main, la houe et la bêche, avec l’aide occasionnelle de bœufs ou de chevaux. En dominant la terre pour la mettre au service de l’homme, le peuple japonais a développé ses meilleures qualités. Sa patience infinie et sa persévérance. Son intelligence, son ingéniosité et son contrôle. Sa constitution forte et ses habitudes tempérées.
LES PAYSANS FONT DE PARFAITS SOLDATS
L’armée recrute certains de ses meilleurs combattants parmi les paysans : ils sont robustes, flegmatiques et ont des nerfs d’acier. La plupart viennent des régions montagneuses et leur environnement a modelé leurs caractères et habitudes.
Pendant le conflit russo-japonais, des officiers britanniques ont observé un phénomène intéressant. Lorsque l’armée empruntait des voies ressemblant davantage à des sentiers pour chèvres, escaladant des précipices et contournant des rochers abrupts, chaque soldat devait trouver son propre chemin pour rejoindre sa compagnie. Et les montagnards, sélectionnés parmi les classes sociales les plus basses, s’avéraient les plus habiles pour dénicher les meilleurs passages.
Lors des combats en montagne, les hommes de l’infanterie japonaise qui avaient grandi dans ces régions faisaient montre, par rapport aux autres fantassins, d’attributs et de mobilité dignes de la cavalerie. De plus, comme de nombreux campagnards habitués à une vie communautaire très ouverte, ils se montraient particulièrement prompts, attentifs et solidaires. Ils ignoraient tout de la vie privée, qui les rendait prompts et attentifs. Des qualités qui témoignent d’une ressource et d’une entraide qu’il faut observer pour comprendre.
C’est parmi ces hommes que l’on retrouve une nature humaine sans fioritures, intacte, une humanité qui n’est ni artificielle ni matérialiste dans notre civilisation tant vantée du 20e siècle. Une perversion qui n’a pas encore planté ses griffes dans cette simplicité innée et cette courtoisie qui, autrefois, justifiaient si bien le nom que les Japonais étaient fiers d’attribuer à leur pays : Kunshi no Koku, le pays des gentilshommes.

Photographie de la porte chinoise qui mène au mausolée de Iemitsu, à Nikko.
Photographie de la porte chinoise qui mène au mausolée de Iemitsu, à Nikko.
Les montagnes s’élèvent abruptement des plaines alluviales et du littoral. Le soin méticuleux et remarquable avec lequel elles sont organisées en terrasses, de la base au sommet, exploitant chaque centimètre carré susceptible d’accueillir du maïs ou du riz, constitue une des caractéristiques les plus frappantes des paysages japonais. Il en résulte un horizon qui ne pourrait pas plus ressembler à un échiquier où s’alternent jaunes, ors et verts, dans toutes les teintes.
L’utilisation des plus primitifs des instruments ne fait que rendre ces prouesses d’agriculture plus impressionnantes. Les paysans japonais constituent la classe la plus conservatrice de la nation. Les Japonais ont emprunté l’ensemble de leur système agricole à la Chine il y a près de deux mille ans et il n’a pratiquement pas évolué depuis. Les charrues de leurs champs sont les mêmes que les Égyptiens des pharaons utilisaient, et les bêches, les houes, les faucilles, les herses et les fléaux ne diffèrent en quasi rien. Wagons et brouettes sont presque inconnus.
De tous les festivals anciens et populaires du Japon, ceux qui sont célébrés avec le plus d’enthousiasme et d’entrain sont sans conteste ceux qui honorent la campagne. Ils forment un ensemble de témoignages à la signification primitive et absolue de l’agriculture à travers toute la nation. Les festivals dits « nationaux », liés aux supposés événements historiques, sont d’origine officielle et sont assez modernes. Seules les grandes villes les respectent et l’influence qu’ils exercent sur l’imagination et l’opinion populaire est bien moindre que les autres. Pour le monde extérieur, les anciennes célébrations ne sont pas assez habituelles et revêtent une trop grande importance pour ne pas être consignées à titre d’illustration.
LE FESTIVAL DE LA DÉESSE RENARD
L’un des premiers festivals de l’année est celui d’Inari-Sama, la divinité des céréales. On la vénère dans des sanctuaires gaiement décorés le premier jour du deuxième mois (selon l’ancien calendrier), c’est-à-dire en mars. À cette occasion, on souhaite des récoltes de riz prolifiques plus tard dans l’année. Inari-Sama, dont le sexe est ambigu, est parfois appelée la déesse renard, et est souvent associée à son servant, le renard.
Compte tenu de l’importance du riz pour toute la nation, cette divinité est tenue en très haute estime, pour ne pas dire qu’elle est crainte. Ces rassemblements festifs revêtent un caractère à la fois communautaire, eucharistique et convivial. Des papiers portant le symbole du renard sont collés aux portes des cottages : ce sont des talismans d’une puissance exceptionnelle.
On associe à cet animal des pouvoirs d’enchantement surnaturels, et d’aucuns croient que le Kitsune tsuki, la possession par le renard, est bien réelle et répandue. Cela fait partie du folklore et des croyances populaires qui sont peu connues hors du Japon, et dont la plupart des Japonais instruits se moquent. Elles sont toutefois d’un grand intérêt psychologique et scientifique pour ceux qui les étudient, ainsi que pour les médecins.
HONNEUR À LA PUISSANTE DÉESSE DE LA RIVIÈRE
Le Japon est l’un des pays comptant le plus de cours d’eau au monde. Comme presque chaque rivière rapide ou torrent impétueux de montagne a sa propre divinité associée, ce n’est pas une surprise que celles-ci aient le pouvoir de détruire ou d’aider les terres qu’elles traversent.
Dans les districts sujets aux dégâts causés par les inondations, des services d’intercession ont lieu le troisième mois de l’année, en avril, dans les grands sanctuaires. C’est le cas de celui de Kofu, la déesse de la rivière de la grande plaine fertile, et de Koshu, dans le centre du Japon.
La déesse est embarquée dans un voyage sacré et des supplications sincères lui sont adressées. On espère ainsi qu’elle protègera les champs et les fermes des paysans dans les jours qui suivront. En effet, la fonte des neiges d’hiver et les tempêtes du début de l’année et de l’automne viendront grossir les torrents de montagne qui se jettent dans les rivières. Ces dernières tracent leur route, impitoyables, à travers les plaines cultivées, avant de se jeter dans la mer.

Un homme et une jeune fille dans une usine travaillent la soie dans son état embryonnaire.
Un homme et une jeune fille dans une usine travaillent la soie dans son état embryonnaire.
Au mois de mai, la campagne se drape de ses aspects les plus lumineux, colorés et variés, et presque tous, jeunes ou vieux, ont un rôle à jouer. L’orge, le blé et, surtout, le millet sont prêts à être récoltés, tout comme l’« honorable » thé.
Les céréales citées sont les véritables aliments essentiels des districts ruraux. Car, bien que tous ceux qui le peuvent consomment du riz, la plupart des paysans, surtout dans les régions les plus reculées, ne peuvent pas se le permettre. Ils ne se l’autorisent que lors des grandes occasions, des fêtes ou en cas de maladie.
Un de mes amis m’a un jour raconté une histoire. Il avait entendu une vieille femme parler d’une voisine malade dans un hameau de campagne. Elle aurait dit, en secouant la tête d’un air grave : « Et donc ! Veux-tu dire qu’ils en sont arrivés à lui donner du riz ? » Traduction : « La pauvre chose doit décidément souffrir. »
SUPPLICATIONS AU DIEU DE LA GRÊLE
Le festival le plus important de la saison est celui du dieu de la grêle. Et bon nombre de fermiers inquiets des régions productrices de soie, dans les provinces intérieures de Shinano et de Kai, se rendent au vieux sanctuaire du village pour prier. Ils prient pour que ce fléau épargne leurs précieux mûriers, pour qu’ils soient préservés.
Et pourtant, étonnamment, on dit que ces arbres sont presque immunisés contre le tonnerre. Selon la croyance populaire, si l’on venait à être pris au piège par un orage, il suffit de crier kuwabara (« mûrier ») pour que les propriétés prophylactiques de cet arbre nous soient offertes, et nous évitent ainsi tout danger.

Les outils utilisés par les Japonais pour cultiver les sols sont curieux.
Les outils utilisés par les Japonais pour cultiver les sols sont curieux.
Le fermier japonais, s'il est chrétien, peut lire l’histoire du fléau de la grêle d’un œil compatissant, dans l’Exode 9, où il est dit : « Le lin et l’orge avaient été frappés, parce que l’orge était en épis et que c’était la floraison du lin. »
Presque tous les aliments et outils domestiques ont leur propre divinité gardienne. Un écrivain japonais a constaté que, si les intérêts des paysans ne sont pas protégés par des pouvoirs cachés, ce n’est pas par manque de supplications adressées aux divinités. Des supplications qui se font à toutes les saisons, et pour toutes les faveurs possibles.
Le festival de la récolte du riz revêt une grande importance. Il comprend deux célébrations, à l’instar de celles des Hébreux de l’Antiquité, la première consiste à offrir les premières récoltes, en octobre, que l’on appelle Kannamesai. La deuxième célébration, appelée Niinamesai, se tient en novembre. À ce moment, l’empereur goûte le nouveau riz qui vient d’être présenté dans le plus sacré de tous les sanctuaires du Japon, celui des ancêtres impériaux à Ise, au point culminant de la récolte.
Ce dernier est un festival extrêmement populaire, et les meilleurs grains de cette précieuse céréale sont présentés à des milliers d’autels de villages dans tout le pays.
Non loin, sur les scènes que l’on trouve souvent à proximité des plus anciens sanctuaires, et dressées là pour ce dessein spécifique, a lieu une danse de pantomime, O Kagura, le Siège des dieux. Elle a lieu pour divertir la divinité gardienne en signe de reconnaissance pour ces bienfaits. Une fête dont l’importance est d’autant plus teintée de joie pour les enfants que les écoles sont fermées, afin de leur permettre de participer à la fête.
Les règles qui autorisent les hameaux proches à planifier leurs festivités à des moments distincts, tout comme cela se produit dans les paroisses anglaises pendant la période estivale des récoltes, contribuent à renforcer un esprit de camaraderie et de bons rapports entre voisins.

Une pompe royale et des couleurs kaléidoscopiques ont marqué la plus grande messe bouddhiste jamais tenue au Japon. Le prestigieux temple Hongwan-ji de Kyoto a été le cadre d’une cérémonie religieuse remarquable par sa solennité et son esthétisme. Plus de cent mille adeptes de Shinran-Shonin, fondateur du bouddhisme Shinshu au 13e siècle, s’y sont réunis. Ils venaient des quatre coins de l’empire japonais pour participer à un tribut en l’hommage du prêtre, dont les préceptes inspirent la foi de plus de sept millions de sujets, le Mikado.
Une pompe royale et des couleurs kaléidoscopiques ont marqué la plus grande messe bouddhiste jamais tenue au Japon. Le prestigieux temple Hongwan-ji de Kyoto a été le cadre d’une cérémonie religieuse remarquable par sa solennité et son esthétisme. Plus de cent mille adeptes de Shinran-Shonin, fondateur du bouddhisme Shinshu au 13e siècle, s’y sont réunis. Ils venaient des quatre coins de l’empire japonais pour participer à un tribut en l’hommage du prêtre, dont les préceptes inspirent la foi de plus de sept millions de sujets, le Mikado.
EBISU, UN DIEU SOURD PARMI LES HUIT MILLIONS DE DIVINITÉS JAPONAISES
Chaque automne, un festival très apprécié des agriculteurs est organisé en l’honneur d’Ebisu, dieu du travail acharné et honnête, et de la prospérité. C’est un festival que l’on suit avec une énergie redoublée. En partie parce que tout le monde souhaite devenir riche, mais aussi, car, selon l’idée d’une « magie compatissante », on pense que celui qui détient la prospérité devrait être courtisé avec ferveur.
Pendant ce festival qui se tient dans la région de Kii, lorsque la parade transportant les présents adéquats approche du temple, le dirigeant du village s’écrie : « Rions tous ensemble, comme le veut la coutume annuelle. »
La raison derrière cette pratique est que seul Ebisu, parmi les huit millions de divinités du Japon, ne s’est pas rendu au grand sanctuaire d’Izumo lors de la fête annuelle sacrée. Sourd, ce dieu n’a pas entendu les invocations qui l’y invitaient. Et ainsi, par leur joie contagieuse, ses fidèles cherchent à lui redonner le sourire dans sa solitude.
LES 4 000 VARIÉTÉS DE RIZ QUE PRODUIT LE JAPON
Il est impossible de se faire une représentation claire de la vie du Japon rural tant que l’on ne réalise pas l’immense importance qu’a le riz à travers la nation. Deux tiers des terres cultivables sont dédiés à sa production, et on dénombre pas moins de 4 000 sortes de riz. Comme nous l’avons dit, la semaison, le repiquage et la récolte du riz comptent parmi les principales raisons de sollicitude et de réjouissance pour les Japonais.

Rendre hommage à la mémoire d’une grande poète japonaise. Ces trois femmes se trouvent dans une pièce du temple d’Ishiyama où la célèbre écrivaine Murasaki Shikibu a écrit l’un de ses chefs-d’œuvre romantiques il y a plus de 900 ans : Genji Monogatari. Pour quelque raison que ce soit, les lucioles sont plus grosses autour de ce temple que dans toute autre région du Japon.

De l’eau jusqu’aux genoux, des fermiers repiquent des plants de riz.
Rendre hommage à la mémoire d’une grande poète japonaise. Ces trois femmes se trouvent dans une pièce du temple d’Ishiyama où la célèbre écrivaine Murasaki Shikibu a écrit l’un de ses chefs-d’œuvre romantiques il y a plus de 900 ans : Genji Monogatari. Pour quelque raison que ce soit, les lucioles sont plus grosses autour de ce temple que dans toute autre région du Japon.
De l’eau jusqu’aux genoux, des fermiers repiquent des plants de riz.
Jusqu’à la Restauration, en 1868, quand les daimyos, les anciens seigneurs féodaux, se retiraient de la société pour vivre leur vie privée, leurs revenus leur étaient payés en riz. Et, aujourd’hui, les paysans payent leur loyer en utilisant la même devise.
Si l’on s’éloigne suffisamment des sentiers battus, en été, et que l’on tend l’oreille, il se peut que l’on surprenne une conversation entre campagnards. C’est uniquement en constatant que la grande partie porte sur l’état des plantations, sur les prix qu’il sera possible d’en tirer, que l’on comprendra l’importance de la précieuse céréale pour le peuple du Japon. Même à une époque où l’industrialisation est en plein essor.
Le Japon n’est pas seulement le troisième plus gros producteur de riz au monde ; en matière de qualité, il arrive en première place. Quand la céréale est cultivée, des règles strictes sont observées : un conservatisme né de l’expérience. La semaison, par exemple, doit avoir lieu le quatre-vingt-huitième jour du printemps. Et ce premier jour marque le passage à la nouvelle année.
Avant de semer la graine, elle est trempée dans une eau salée durant une semaine, avant d’être lavée dans une eau fraîche et séchée. Après quoi, elle est plantée dans des lits de « nurserie » bien irrigués. Vers la fin du mois de mai, la graine est repiquée dans des champs de rizière, en petits bouquets espacés d’environ 30 centimètres. Cette opération demande l’intervention de centaines de milliers d’hommes et de femmes qui triment dans de l’eau boueuse qui leur arrive aux genoux.
C’est une occasion de grande réjouissance célébrée par des chants particuliers, les ta-ue-uta, les chants des rizières.
LA PÉRIODE LA PLUS MOUVEMENTÉE DE L’ANNÉE
La période la plus animée de l’année se déroule en août ou en septembre, quand on approche du ni-hyaku-toka. Le « deux-cent-dixième jour » et les dix jours qui le suivent marquent le début de la période la plus anxiogène de l’année au Japon. C’est une saison où l’espoir et l’inquiétude se mêlent, et à laquelle la population doit faire face chaque année.

L’entrée aux sanctuaires de Nikko est entourée de cèdres. Lorsque la construction de ces lieux de culte a commencé, il y a des siècles, le gouvernement a ordonné aux riches daimyos, les chefs provinciaux, de contribuer aux édifices, à hauteur de leurs propres moyens. L’un de ces chefs, bien qu’il commandât 6 000 samouraïs, n’avait ni or, ni argent, ni pierres précieuses à offrir. Alors, en humble contribution, il a offert des milliers de jeunes cèdres. Aujourd’hui, ces arbres centenaires comptent parmi les possessions les plus inestimables des sanctuaires, à l’instar de l’offrande de la veuve et de la pierre angulaire de la Bible.
L’entrée aux sanctuaires de Nikko est entourée de cèdres. Lorsque la construction de ces lieux de culte a commencé, il y a des siècles, le gouvernement a ordonné aux riches daimyos, les chefs provinciaux, de contribuer aux édifices, à hauteur de leurs propres moyens. L’un de ces chefs, bien qu’il commandât 6 000 samouraïs, n’avait ni or, ni argent, ni pierres précieuses à offrir. Alors, en humble contribution, il a offert des milliers de jeunes cèdres. Aujourd’hui, ces arbres centenaires comptent parmi les possessions les plus inestimables des sanctuaires, à l’instar de l’offrande de la veuve et de la pierre angulaire de la Bible.
À cette période, le riz arrive vite à maturité, une douce brise pour laquelle on se montre reconnaissant. Mais c’est justement à ce moment précis que le plus grand danger menace : les redoutés typhons.
Avec l’arrivée à maturité des différentes céréales, en leur temps propre, viennent des oiseaux et des insectes, ces derniers, en variétés innombrables, dont le Japon se vante. Ils ont grande hâte de se repaître des récoltes. Les champs se parent alors de petits drapeaux de bambou et de papier sur lesquels sont inscrites des incantations repoussant ces petits prédateurs. Ce sont les mushi-yoke, des « repousse-vermines », on les achète dans des sanctuaires réputés dans tout le pays.
L’HONORABLE PETIT GENTILHOMME, LE VER À SOIE
En ordre d’importance, juste derrière le riz, se trouvent les industries de la soie et du thé. Elles valent respectivement 100 millions et 25 millions de dollars américains [soit 2,61 milliards de dollars actuels, ndlr]. La soie est principalement produite dans les régions centrales, et le thé dans le centre et le sud du Japon.
La culture de la soie s’accompagne de nombreuses caractéristiques particulièrement intéressantes. Et l’une des plus importantes est le traitement réservé au précieux ver lui-même. On le connaît surtout sous le doux sobriquet de O ko sama, l’honorable petit gentilhomme. Durant la période de sa « culture intensive » (c’est-à-dire en août), satisfaire son appétit vorace occupe les journées et les nuits de nombreux foyers, au détriment de toute autre tâche.

La fille d’un fermier se repose sur sa route vers le marché qui a lieu en ville. Dans sa main, elle tient une sorte de tapis de paille en forme de donut, qu’elle utilise comme rembourrage quand elle transporte sa charge sur sa tête. Elle n’est pas habillée comme les fermiers de tous les jours, ce sont ses « habits du dimanche », car ses fagots doivent être transportés de maison en maison dans la ville.

Trois femmes se rendent à une séance de théâtre en matinée. Les affiches dessinées à la main que l’on voit au sommet de la photographie font la promotion du spectacle. Le nom de la star du spectacle, Tayu Takomoto Koshiji, est peint sur le panneau, à droite.
La fille d’un fermier se repose sur sa route vers le marché qui a lieu en ville. Dans sa main, elle tient une sorte de tapis de paille en forme de donut, qu’elle utilise comme rembourrage quand elle transporte sa charge sur sa tête. Elle n’est pas habillée comme les fermiers de tous les jours, ce sont ses « habits du dimanche », car ses fagots doivent être transportés de maison en maison dans la ville.
Trois femmes se rendent à une séance de théâtre en matinée. Les affiches dessinées à la main que l’on voit au sommet de la photographie font la promotion du spectacle. Le nom de la star du spectacle, Tayu Takomoto Koshiji, est peint sur le panneau, à droite.
Les corbeilles tissées à partir de feuilles, partagées en quartiers, emplissent presque toutes les pièces de la maison. Le son, qui semble ne connaître aucune fin, témoin du festin de la multitude de vers, ressemble à s’y méprendre au bruit que font des milliers de crayons dans les grandes salles d’une université un jour d’examen.
La croyance veut que toute conduite brutale, bruyante ou malavisée de la part de quiconque se trouve à proximité des petites créatures affecte la qualité de la soie produite.
UN THÉ SANS SUCRE
On ne peut parler en détail du thé, la boisson nationale du Japon, que l’on ne boit jamais avec du sucre ou du lait. Le thé a été importé de Chine vers 800 apr. J.-C., et, durant ses mille ans de consommation, son usage était presque restreint à la seule aristocratie et à la cour. On le récolte après trois ans de pousse et la quasi-totalité de la production est consommée par le Japon, à l’exception d’environ 23 000 tonnes qui sont exportées au Canada ou aux États-Unis.
Le policier du Japon rural compte parmi les rencontres les plus intéressantes que l’on puisse faire : toujours prêt à l’action, que l’on ait besoin de ses services de guide, de philosophe ou d’ami lors de ses rondes solitaires. Quelques années auparavant, il a reçu les conseils suivants, entendus au quartier général de la police, pour traiter avec la population sans sophistication de la campagne. L’humour involontaire de certaines de ces admonestations suggère que la personne qui les a inventées l’a fait en connaissance de cause.
« Aucune critique ne doit être émise, que ce soit par les gestes ou par les mots, sur le langage, l’accoutrement ou les actions des étrangers. »
« Les étrangers sont des plus sensibles à la cruauté animale ; aussi une attention toute particulière doit y être accordée. »

Les participants au festival de l’Aoi portent des costumes d’époque en l’honneur des shoguns de la famille Tokugawa. Chaque année, cet événement est organisé pour commémorer ces shoguns qui ont exercé le pouvoir de facto au Japon pendant 250 ans. L’« aoi », la feuille du gingembre sauvage, apparaît sur les armes de la famille Tokugawa.
Les participants au festival de l’Aoi portent des costumes d’époque en l’honneur des shoguns de la famille Tokugawa. Chaque année, cet événement est organisé pour commémorer ces shoguns qui ont exercé le pouvoir de facto au Japon pendant 250 ans. L’« aoi », la feuille du gingembre sauvage, apparaît sur les armes de la famille Tokugawa.
« Si un étranger sort sa montre pour la regarder, c’est qu’il a une occupation autre part, et qu’il est temps pour vous de partir. »
« C’est une erreur que de penser qu’un étranger répondra toujours à une requête en échange d’argent . »
Lors de l’une de mes explorations des Alpes japonaises, j’ai fait la rencontre d’un policier. Il est inutile de connaître les raisons qui ont mené à cette rencontre. Il a insisté pour que nous partagions la petite chambre de ma hutte primitive où nous avons passé plusieurs nuits. Il a également insisté pour dormir sur le sol, sous mon hamac que j’avais accroché à une poutre bien placée du plafond. Et pourtant, si je venais à tomber de mon perchoir au cours de la nuit, il ne manifestait aucune réaction à cette brutale interruption autre qu’un murmure poli : « O jama wo itashima shita ! » (« Je m’excuse de m’être trouvé sur votre honorable chemin. »)
À la fin de l’article auquel j’avais contribué pour le numéro de juillet 1921 du National Geographic, je parlais des contrastes étranges que l’on peut souvent rencontrer dans le Japon moderne. Des contrastes qui pourraient susciter le besoin de se pincer pour s’assurer que l’on se trouve toujours au 20e siècle et non au 10e siècle.
Depuis que j’ai écrit ces lignes, une illustration curieuse m’est apparue. Près du célèbre chantier naval de Kure, dans le sud du Japon, une cérémonie a eu lieu récemment pour honorer les âmes de bœufs décédés. Une centaine de bêtes se tenaient en rangs solennels devant l’un des plus grands temples bouddhistes, où des prières furent prononcées pour leurs camarades disparus. Cette cérémonie a été suivie par une instruction des pratiques bouddhistes, et, enfin, un grand festin a été dressé pour les bœufs, de la part de leur maître. Ils se sont ensuite excusés pour tous les mauvais traitements qu’ils leur avaient infligés.
À plus d’un kilomètre de là, le Japon bâtissait l’un des plus grands navires de guerre du monde.

Cueillir des champignons matsutaké dans les montagnes autour de Kyoto. Alors que les jeunes d’Amérique chassent les noisettes en automne, les jeunes Japonais organisent des rassemblements matsutaké. Ils emportent leurs instruments de musique avec eux dans leur périple parmi les montagnes et il n’est pas rare que des Geishas accompagnent cette charmante compagnie, dansant au rythme des tambours, flûtes et shamisen, des sortes de guitares.
Cueillir des champignons matsutaké dans les montagnes autour de Kyoto. Alors que les jeunes d’Amérique chassent les noisettes en automne, les jeunes Japonais organisent des rassemblements matsutaké. Ils emportent leurs instruments de musique avec eux dans leur périple parmi les montagnes et il n’est pas rare que des Geishas accompagnent cette charmante compagnie, dansant au rythme des tambours, flûtes et shamisen, des sortes de guitares.
Cet article a originellement paru dans le numéro de septembre 1922 du magazine National Geographic en langue anglaise.
