Pourquoi de plus en plus de femmes font retirer leurs implants mammaires
Les préoccupations sanitaires ne sont qu’une partie du problème. La tendance révèle un nouveau lien entre le statut social, la mode et la taille des seins.

Selon l'American Society of Plastic Surgeons (ou la Société américaine des chirurgiens plastiques), le retrait d'implants mammaires, ou l'explantation, connaît un essor de popularité depuis le début de cette décennie. Les femmes choisissent de subir une explantation pour diverses raisons, notamment liées à la santé.
Selon l'American Society of Plastic Surgeons (ou la Société américaine des chirurgiens plastiques), le retrait d'implants mammaires, ou l'explantation, connaît un essor de popularité depuis le début de cette décennie. Les femmes choisissent de subir une explantation pour diverses raisons, notamment liées à la santé.
En février 2026, l'ancienne candidate de télé-réalité américaine Brandi Glanville a autorisé une émission people à filmer son opération de retrait d'implants mammaires, communément appelée « explantation » ou « chirurgie d'explantation ». « Je voulais simplement retrouver la santé », a-t-elle expliqué, précisant avoir souffert de fatigue, de douleurs articulaires, de nodules sous-cutanés et d'une multitude d'autres symptômes. Après l'intervention chirurgicale, son médecin a constaté que l'un de ses implants, posé vingt ans auparavant, fuyait, et que l'autre s'était déchiré.
« Il est déchiré. Il est rompu. Et c'est en réalité bien pire que ce à quoi je m'attendais », a-t-il indiqué, expliquant qu'il avait dû changer de gants en cours d'opération à cause de la fuite de silicone.
Brandi Glanville n'est qu'une des nombreuses célébrités qui ont récemment évoqué leur décision d'avoir recours à une explantation. Alyssa Milano, Michelle Visage et Chrissy Teigen ont publiquement annoncé avoir fait de même, ce qui témoigne de la popularité croissante de cette intervention. Aux États-Unis, cette dernière a connu une croissance rapide depuis 2020, année où les données de l'American Society of Plastic Surgeons (ASPS) ont enregistré une baisse de 14,9 % des interventions d'augmentation mammaire parallèlement à une hausse de 34,4 % des interventions de retrait d'implants mammaires. La tendance à l'explantation a encore progressé de 9 % en 2023 et s'est maintenue à ce niveau depuis.
Selon l'ASPS, certaines patientes demandent le retrait de leurs implants mammaires car cela s'avère nécessaire pour traiter une contracture capsulaire (lorsque les tissus cicatriciels durcissent et se contractent autour de l'implant), une rupture d'implant, des douleurs dorsales ou des réactions auto-immunes. D'autres souhaitent ce retrait pour des raisons esthétiques. Des cas de ruptures des implants et de maladies ont été associés aux augmentations mammaires depuis que les implants ont été commercialisés, dans les années 1960.
Au début des années 1990, un recours collectif contre Dow Corning, l'un des principaux fabricant d'implants en silicone, a abouti à un accord de 2,35 milliards de dollars (soit environ 2 milliards d'euros selon le taux de change de l'époque), bien que l'entreprise n'ait jamais reconnu sa responsabilité. À la suite de poursuites antérieures et alors que le recours contre Dow Corning était en cours, la Food and Drug Administration (FDA, l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) a imposé une restriction officielle sur les implants en silicone en 1992. Les implants pouvaient toutefois encore être utilisés à des fins de reconstruction ou pour corriger des malformations congénitales telles que des différences de taille. En 2006, cette interdiction a officiellement été levée pour les patientes âgées de plus de vingt-deux ans.
Malgré l'interdiction et les complications signalées liées aux implants, notamment des cas de maladie des implants mammaires, ensemble de symptômes physiques et généraux ressentis par certaines femmes après la pose de prothèses, les implants mammaires sont restés l'une des interventions esthétiques les plus populaires aux États-Unis, de même qu'en France. Les problèmes de santé liés aux implants mammaires s'inscrivent dans la tendance à l'explantation mais les données ne racontent qu'une partie de l'histoire. Alors qu'une fascination culturelle pour le bien-être émerge à l'ère du « corps Instagram », la hausse récente des explantations témoigne également d'un nouveau lien entre le statut social et la mode aux États-Unis, qui se reflète depuis longtemps dans la taille des seins des Américaines.
L'ÉVOLUTION DES IDÉAUX CORPORELS
Atteindre la taille et la forme idéales des seins est essentiel pour celles qui suivent les tendances de la mode, et les modifications corporelles, notamment l'augmentation mammaire, suivent souvent les tendances, explique Victoria Pitts-Taylor, autrice de l'ouvrage Surgery Junkies: Wellness and Pathology in Cosmetic Culture et directrice du département d'Études féministes, de genre et de sexualité de l'université Wesleyenne. « Les modifications corporelles sont comme la mode, en ce sens qu'elles évoluent », explique-t-elle. « Les idéaux corporels évoluent par vagues et par cycles ».
Le public visé est souvent constitué d'autres femmes. Les images de célébrités et d'influenceuses « sont commercialisées, transformées en marchandise et monétisées. On assiste donc à une évolution de la mode et à une transformation des corps à mesure que les tendances sont intégrées dans le courant dominant ». Plutôt que l'augmentation des volumes qui caractérisait les décennies précédentes, Victoria Pitts-Taylor explique qu'« on vous vend désormais le besoin de sculpter votre corps ».
Du milieu à la fin du 19e siècle, une poitrine généreuse était présentée comme un élément essentiel pour suivre les tendances de l'époque. Dans la seconde moitié du siècle, la silhouette en sablier a gagné en popularité. Pour obtenir ce look, les sous-vêtements, notamment les corsets et les tournures, créaient l'illusion d'une taille de guêpe, et de hanches et d'une poitrine plus généreuses. La silhouette obtenue grâce à ces vêtements complexes (et coûteux) servait de preuve de statut social pendant l'âge doré, démontrant que celles qui les portaient appartenaient à la classe oisive car il était difficile d'être autre chose qu'une « belle plante » dans des vêtements aussi contraignants.
Même si la mode après l'âge d'or est devenue moins chargée afin de favoriser la liberté de mouvement, une poitrine généreuse et une taille fine restaient des signes extérieurs de vitalité. À cette époque, des « rembourrages de poitrine » faits de bonnets en fil de fer et en celluloïde flexible, ou de morceaux de tissus dans lesquels on pouvait insérer du rembourrage, étaient vendus dans des catalogues tels que Sears, Roebuck and Co., pour donner plus de formes aux vêtements.

Une publicité vintage pour des corsets datant des années 1890 environ.

Une publicité mettant en avant un soutien-gorge « bullet bra » lancé en 1949 par Maidenform. Ce soutien-gorge s'est venu à près de 90 millions d'exemplaires en trois décennies.
Une publicité vintage pour des corsets datant des années 1890 environ.
Une publicité mettant en avant un soutien-gorge « bullet bra » lancé en 1949 par Maidenform. Ce soutien-gorge s'est venu à près de 90 millions d'exemplaires en trois décennies.
Au début du 20e siècle, le soutien-gorge commença à progressivement remplacer le corset. La disparition du corset s'explique en partie par des pénuries d'acier pendant la Première Guerre mondiale mais elle a également été influencée par l'évolution du rôle des femmes qui entraient en plus grand nombre sur le marché du travail et avaient besoin d'une plus grande liberté de mouvement que ne le permettait le corset. Cependant, si le style « flapper » ou à la garçonne des années 1920, caractérisé par une poitrine plus menue, pouvaient sembler moins contraignant, de nombreuses femmes en vue optaient pour des sous-vêtements compressifs conçus pour obtenir cette silhouette élancée qui permettait aux robes à taille basse de tomber droit sur le torse.
Dans les années 1920 également, la chirurgie plastique devint un sujet de fascination culturelle aux États-Unis, les progrès des techniques chirurgicales sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale ayant ouvert la voie à la chirurgie reconstructrice et esthétique, y compris aux procédures telles que le lifting et la rhinoplastie. Au lendemain de la guerre, des médecins britanniques et suisses, en particulier, furent les pionniers de la greffe de peau, une innovation médicale qui jeta les bases de la chirurgie plastique de pointe. Les seins devinrent également un sujet d'intérêt pour ce domaine en plein essor.
En 1922, Max Thorek, médecin à Chicago, publia l'un des premiers comptes rendus américains d'une réduction mammaire et d'une réimplantation réussie du mamelon. Il indiquait que cette intervention serait idéale pour les « professions où la perfection de la forme revêt une importance presque égale à celle du talent, notamment chez les danseuses et les chanteuses ». Dans son article, il citait le cas d'une chanteuse dont la poitrine volumineuse avait nui aux performances tant « mentalement que physiquement ». Dans les années 1930, le traitement pour la « gigantomastie » était présenté comme un remède à ce que Maxwell Maltz, auteur à succès et chirurgien esthétique, considérait comme un « désavantage manifeste, tant sur le plan social qu'économique ».
Les seins jugés trop petits constituaient toutefois un problème plus complexe. À la fin des années 1890, certains chirurgiens essayèrent des injections de paraffine pour l'augmentation mammaire. Toutefois, la paraffine avait souvent tendance à migrer et à se déformer. Les premiers essais d'augmentation mammaire par transfert de graisse dans les années 1920 et 1930 donnaient également souvent des résultats bosselés et irréguliers. Certaines patientes se montrèrent, dans un premier temps, satisfaites des éponges insérées chirurgicalement dans les seins mais celles-ci avaient tendance à durcir avec le temps, à mesure que le tissu mammaire fusionnait avec les éponges, ce qui rendait leur retrait difficile.
Après la Deuxième Guerre mondiale, la mode américaine était aux « blonde bombshells » (ou bombes blondes), incarnées par des stars telles que Marilyn Monroe et Jayne Mansfield. Pour répondre aux critères hollywoodiens, qui exigeaient que le tour de poitrine soit supérieur de 2,5 centimètres au tour de hanches, une nouvelle génération de faux seins fut commercialisée à l'intention des Américaines souhaitant obtenir ces proportions en vogue. En 1949, Maidenform lança le « bullet bra », qui allait devenir l'emblème de la marque, avec près de 90 millions d'exemplaires vendus en trois décennies.
Une solution chirurgicale apparut sous la forme du silicone, un matériau synthétique dérivé du sable, disponible sous forme de gel, de caoutchouc ou de liquide. À l'origine, il avait été mis au point par l'entreprise Corning Glass Works and Dow Chemical Company pour fabriquer des produits tels que des lubrifiants moteur résistants aux températures élevées. Bien qu'on ne sache pas exactement quand et comment le silicone commença à être utilisé pour l'augmentation mammaire, en 1965, une danseuse dans une boîte de nuit à San Francisco fit la une des journaux pour sa poitrine généreuse, remplie de près d'un demi-litre de silicone par un médecin de l'établissement.
Cette pratique se transforma en une industrie artisanale clandestine : elle était non réglementée, coûteuse et dangereuse. Bien que les années 1960 aient marqué le début d'une ère où les standards de beauté privilégiaient les proportions plus menues, à l'image de celles de l'icône de la mode Twiggy, et aient vu émerger une contestation contre les sous-vêtements inconfortables tels que le bullet bra de la décennie précédente, les poitrines volumineuses faisaient toujours l'objet d'une fascination culturelle. Les plastrons métalliques portés par l'actrice Jane Fonda dans le film Barbarella, sorti en 1968, par exemple, mettaient en valeur une poitrine plus généreuse et rappelaient les soutiens-gorge en forme de torpille, très populaires dans les années 1950. Des sondages de l'époque montrent que les complexes liés à la poitrine ne se dissipaient pas, même lorsque des féministes jetèrent des soutiens-gorge et des corsets à la poubelle devant le concours de Miss America en 1968 afin de protester contre les pratiques commerciales visant à encourager les femmes à modifier leur corps.
Un sondage réalisé en 1973 par le magazine Psychology Today auprès de 62 000 lectrices a révélé que 26 % des femmes n'étaient pas satisfaites de leur poitrine. En 1971, la FDA a annoncé qu'au moins quatre femmes étaient mortes des suites d'embolies de silicone. Malgré ces rapports, des magazines tels que Harper’s Bazaar, Vogue et Esquire présentaient le silicone liquide comme un remède miracle pour rester à la mode, et Newsweek le décrivait comme un produit injectable de prédilection des « mondains de la jet-set ».
Bien que les injections de silicone ne furent jamais autorisées par la FDA, de nombreux magazines, vantant ces injections comme un remède miracle pour tout, des rides à l'augmentation mammaire, attribuaient l'absence de soutien au conservatisme de l'agence de santé publique. Mais, à mesure de l'augmentation des cas de décès et des complications de santé, il est devenu impossible d'ignorer les dangers.
Présentés comme une alternative plus sûre, les premiers implants mammaires en silicone furent développés par l'entreprise Dow Corning afin d'offrir une solution plus sure que les implants en éponge douloureux du début des années 1960. En 1970, un article publié dans le magazine Cosmopolitan assurait à ses lecteurs que « les seins augmentés chirurgicalement avaient une meilleure forme que les vrais ». Ce produit se révéla très rentable pour l'entreprise qui, au début des années 1990, en avait vendu plus d'un demi-million.
Dans les années 1980, la mode mis l'accent sur l'exagération des vêtements féminins, des larges épaulettes aux tailles cintrées par de larges ceintures. Les sous-vêtements, tels que les soutiens-gorge push-up de Victoria’s Secret, dont la première boutique a ouvert en 1982, sont devenus des incontournables de la garde-robe. En 1988, le Wall Street Journal déclarait « Breasts Are Back in Style » (les seins sont de retour à la mode), soulignant les ventes de plusieurs millions de dollars de soutiens-gorge rembourrés. Bien que l'on associe généralement les années 1990 aux mannequins minces des défilés, les « Playboy breast » étaient devenus la norme pour les seins nus présentés dans les magazines et les films.
Le look Playboy se caractérisait, comme le décrivait le magazine Self, par des « seins incroyablement ronds, fermes et parfaits ». Même si le Wonderbra, qui rehausse la poitrine, exisait déjà depuis trente ans, la popularité du soutien-gorge push-up a véritablement explosé au début des années 1990 lorsque les mannequins commencèrent à porter des Wonderbras achetés à Londres lors de séances photo.
UNE CRISE SANITAIRE QUI NE CESSE DE S'AGGRAVER
Au cours des trois décennies suivant l'arrivée des implants mammaires en silicone, des millions de patientes optèrent pour une augmentation mammaire à l'aide de ces implants. Et, dès le début, des cas de complications, notamment des problèmes auto-immuns, furent signalés. L'ouvrage Informed Consent, publié en 1995, rend compte du calvaire, longtemps signalé mais longtemps ignoré, des femmes porteuses d'implants mammaires qui souhaitaient que leur douleur soit reconnue.
La première enquête à grande échelle sur les complications potentielles liées aux implants n'est pas venue de la communauté médicale mais d'un article publié dans le magazine Ms. qui affirmait, sur la base de seulement trente entretiens, que les implants mammaires entraînaient un taux de complication de 60 %. Bien que ces chiffres soient probablement inexacts, l'article a suscité un nouveau scepticisme à l'égard des implants mammaires. Cette année-là, un comité consultatif de la FDA a classé les implants mammaires parmi les dispositifs de classe II à risque modéré, qui ne nécessitaient pas d'essais cliniques prouvant leur sécurité avant de les introduire sur le marché. Un article du New York Times publié en 1988 affirmait que « les implants en silicone seraient liés au cancer chez les rats de laboratoire », bien que Frank Young, commissaire à la FDA, déclara au journal Times que « les experts avaient en outre indiqué que le risque pour l'être humain, s'il existait, serait faible ».
Alors que le débat sur la sécurité des implants mammaires commençait à faire la une des journaux en 1984, Maria Stern, porteuse d'implants mammaires, poursuivit Dow Corning en justice pour la rupture de ses implants qui, selon elle, lui avait également causé des douleurs articulaires et une fatigue chronique. Elle se vit accorder deux millions de dollars à titre de dommages-intérêts compensatoires et punitifs.
S'ensuivit alors une vague de procès gagnés contre Dow Corning et d'autres fabricants de silicone, ainsi qu'une audition du Congrès très médiatisée. Un document interne de Dow Corning, rendu public en février 1992, reconnaissait que l'entreprise savait depuis plusieurs décennies que du gel de silicone fuyait de ses implants mais affirmant que ces fuites n'entraînaient ni maladies auto-immunes ni cancer. À la suite des procès et auditions, la FDA interdit les implants en silicone en 1992, une décision controversée au sein de la communauté médicale. Malgré les plaintes et les poursuites judiciaires, de nombreux médecins ont continué à défendre la sécurité des implants mammaires, y compris ceux qui venaient d'être interdits.
« À partir des données de recherche présentées par les chercheurs compétents, il n'y a aucun lien [entre les implants mammaires et les maladies auto-immunes] », affirma James Baker, chirurgien plastique à Orlando au New York Times en 1992. Néanmoins, certains autres n'étaient pas du même avis. Dans le même article, Joan Membry, chirurgienne plastique à Miami, expliquait avoir observé des effets indésirables liés au silicone pendant son internat, vingt ans auparavant, indiquant avoir perdu des clients parce qu'elle privilégiait les implants de solution saline.
Malgré l'interdiction, les implants en silicone ne disparurent jamais vraiment du marché. Selon Diana Zuckerman, présidente du Centre national de recherche en santé, l'interdiction fut facilement contournée par les médecins pour qui les augmentations mammaires constituaient une procédure simple et lucrative. « Pendant un certain temps, il y a eu ce que l'on appelle un moratoire selon lequel les seules femmes censées pouvoir bénéficier d'implants mammaires en gel de silicone étaient celles qui subissaient une reconstruction après une mastectomie », explique Diana Zuckerman. « Mais il existait une faille pour les femmes présentant n'importe quelle anomalie mammaire et il a été décidé qu'une anomalie consistait à avoir un sein plus gros que l'autre. Ce qui était censé être une restriction majeure s'est avéré n'être qu'un simple désagrément ».
Après le moratoire de 1992 sur les implants en silicone, les modèles remplis de solution saline remplacèrent la génération précédente d'implants mammaires. Même si les implants de solution saline étaient commercialisés depuis vingt ans, ils n'étaient utilisés que dans 10 % des augmentations mammaires jusqu'au moratoire. Ces implants étaient considérés comme étant plus sûrs car, en cas de rupture, ils libèrent de la solution saline plutôt que du silicone.
Mais, à mesure que le nombre de patients recevant des implants de solution saline augmentait, les signalements de complications se multipliaient. En 1992, la FDA reçut 1 200 signalements de complications liées aux implants de solution saline, contre 17 000 liés aux implants en silicone la même année. L'année suivante, l'agence mit en garde contre les effets secondaires liés aux implants de solution saline. En 2000, une étude rapportée par la FDA révéla que, sur 901 femmes porteuses d'implants de solution saline, 21 % avaient dû subir une intervention chirurgicale supplémentaire au bout de trois ans, 16 % avaient souffert de douleurs mammaires et 5 % avaient subi des fuites. Malgré ces résultats, la FDA autorisa les implants de solution saline provenant de deux nouveaux fabricants la même année.
En fin de compte, les poursuites judiciaires et l'interdiction n'entraînèrent en aucun cas une baisse de la popularité des implants mammaires. En 2006, cette intervention chirurgicale était devenue la première opération esthétique aux États-Unis et est restée en tête du classement jusqu'en 2020. Selon Alan Gold, président de l'ASPS en 2008, cette tendance s'expliquait probablement par « l'évolution de la mode, notamment les tenues mettant en valeur le décolleté ».
Mais en 2020, l'engouement pour les poitrines généreuses, qui durait depuis plusieurs décennies, a commencé à s'essouffler. Cette année-là a vu une baisse de 15 % des augmentations mammaires, ainsi qu'un nouvel intérêt pour l'explantation. Selon Lu-Jean Feng, chirurgienne plastique basée à Cleveland et l'une des principales expertes en matière de maladies liées aux implants mammaires, les réseaux sociaux ont permis de diffuser largement des informations au sujet de complications potentielles liées aux implants mammaires que les médecins ont parfois omis de communiquer.

« Au 21e siècle, des informations anecdotiques peuvent être partagées auprès d'un très large public », indique Lu-Jean Feng. À titre d'exemple, elle cite le groupe Facebook créé par Nicole Daruda nommé « Breast Implant Illness Research & Recovery » auquel elle attribue la création du terme « breast implant illness », ou maladie des implants mammaires, pour décrire tout un ensemble de symptômes invalidants associés à l'augmentation mammaire au silicone depuis les années 1960, notamment des maladies auto-immunes, des cancers, de la fatigue, des troubles cognitifs et des douleurs articulaires. « Ce nom a attiré l'attention de nombreuses personnes », affirme Lu-Jean Feng, soulignant que le groupe de Nicole Daruda comptait initialement 500 patientes lors de sa création en 2015 et qu'il compte aujourd'hui près de 80 000 membres.
Les groupes sur les réseaux sociaux comme celui de Nicole Daruda ont offert aux patientes des espaces plus vastes pour discuter des risques prétendument associés aux implants mammaires et de leur ressenti vis-à-vis de cette intervention chirurgicale. Beaucoup, dont Lu-Jean Feng et Diana Zuckerman, pensent que ce débat aurait dû avoir lieu depuis longtemps. Malgré les témoignages des femmes affirmant que les implants les ont rendues malades, les impacts des implants sur la santé sont largement sous-étudiés. Les analyses approfondies menées par les fabricants sur les complications potentielles à long terme des implants restent peu concluantes car un nombre important de femmes ayant reçu des implants ont abandonné les études, qui reposaient souvent sur des déclarations personnelles via de longs questionnaires. Néanmoins, la FDA affirme n'avoir « détecté aucun lien entre les implants mammaires en gel de silicone et les maladies du tissu conjonctif, le cancer du sein ou les troubles de la fertilité », tout en reconnaissant la nécessité de mener des études à plus grande échelle et sur une durée plus longue.
LA CULTURE DU BIEN-ÊTRE ET LA TENDANCE À L'EXPLANTATION
Ces mêmes réseaux sociaux, qui permettent aux patients d'accéder facilement à des informations concernant les effets indésirables potentiels des implants mammaires, ont également contribué à une prise de conscience accrue des types de silhouettes en vogue en ce moment. Il suffit de faire défiler rapidement son fil d'actualité pour accéder à d'innombrables témoignages de célébrités s'exprimant au sujet de l'explantation mais aussi pour constater que les corps fortement retouchés qui dominaient le milieu des années 2010 perdent en popularité sur les réseaux sociaux, où l'on voit désormais s'imposer un style plus naturel. Et, alors que la tendance à une beauté minimaliste, dite « sans effort », remplace les modifications plus flagrantes, la chirurgie esthétique standardisée commence à paraître dépassée.
« La modification corporelle est un secteur d'activité énorme », affirme Victoria Pitts-Taylor. « Nous avons toujours observé des cycles qui se succèdent à chaque nouvelle décennie ou génération [...] ce style minimaliste est une réaction au cycle précédent caractérisé par une poitrine et des fesses plus généreuses et les implants font partie des effets de la culture Ozempic ».
Emily Kirkpatrick, une écrivaine basée à New York spécialisée dans l'histoire de la mode et sa place dans la culture populaire aux États-Unis, qualifie cette évolution de « luxe discret » et souligne que la capacité à s'offrir des modifications corporelles régulières et discrètes est devenue un indicateur important du statut social. « La chirurgie plastique était autrefois le domaine des célébrités ou des personnes extrêmement riches », affirme-t-elle. « Aujourd'hui, c'est très courant. Lorsque quelque chose se généralise, ce n'est plus une norme car cela doit devenir exclusif, inaccessible, un idéal auquel on aspire ». Le luxe discret ne se limite pas à la minceur, il met en avant la capacité financière à revenir sur des interventions de chirurgie esthétique dépassées, telles que les implants mammaires, et d'investir dans des modifications corporelles plus actuelles et d'aspect naturel.
En 2026, le terme « bien-être » est devenu un thème fourre-tout codé « luxe discret » désignant des produits allant des vitamines aux crèmes pour la peau, qui promettent à la fois d'améliorer la santé et d'offrir des signes extérieurs indiquant que leurs consommateurs ont les moyens et la volonté d'investir pour préserver la jeunesse de leur corps. Le langage du bien-être s'est également immiscé dans la chirurgie esthétique. Les médecins qui se contentaient autrefois de faire la promotion des « implants mammaires » ou des « liftings » utilisent aujourd'hui des termes plus subtils évoquant le luxe discret, tels que « rajeunissement esthétique ». Au lieu de vendre des modifications corporelles qui améliorent l'apparence, le nouveau vocabulaire les présente comme des moyens de retrouver la santé. Les seins, eux aussi, font désormais partie de la sphère du bien-être commercialisé. Le retrait des implants mammaires est présenté comme une décision permettant aux femmes d'exercer un plus grand contrôle sur leur propre santé.
De plus, le lifting mammaire et l'augmentation mammaire par transfert de graisse sont présentés comme des alternatives plus saines aux implants mammaires. Même si l'idéal culturel actuel en termes de poitrine tend vers des volumes plus petits, « plus petit » n'est pas toujours synonyme de « naturel ».
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
