Ces drogues qui pourraient changer les soins palliatifs

Certaines substances psychoactives peuvent améliorer la santé mentale de patients atteints de cancer en phase terminale. Mais peu y ont accès.

De Meryl Davids Landau
Publication 24 févr. 2026, 10:54 CET
La psilocybine, substance chimique psychoactive contenue dans des champignons psychédéliques, a montré des résultats prometteurs pour ...

La psilocybine, substance chimique psychoactive contenue dans des champignons psychédéliques, a montré des résultats prometteurs pour alléger le fardeau mental des patients atteints de cancer en phase terminale.

PHOTOGRAPHIE DE ALANA PATERSON, The New York Times, Redux

Il y a plusieurs années, sur l’île de Vancouver, au Canada, une mère de trente-deux ans, atteinte d’un cancer métastatique avancé, souffrait tellement et avait si peur de la mort qu’elle s’endormait en pleurant. Grâce à un programme ciblé mis en place par le gouvernement canadien, cette patiente a eu accès à la psilocybine, le principal ingrédient psychédélique des champignons hallucinogènes. Les douleurs l’ont quittée le jour qui a suivi la première prise. Elle a pu recommencer à rire avec sa famille, et a repris contact avec de vieux amis avant sa mort, la semaine suivante.

Valorie Masuda, médecin spécialiste en soins palliatifs, se souvient très bien de cette patiente. C’est grâce à cette expérience que Valorie Masuda a commencé à percevoir le pouvoir des drogues psychédéliques sur les patients en phase terminale. Ces substances peuvent aider les patients à faire face « à la composante essentiel de la douleur, liée aux expériences spirituelles et psychologiques ». La médecine conventionnelle n’est pas suffisamment bien équipée pour répondre à ce concept, explique Valorie Masuda. Médecin au centre de vie consciente SATA, elle a, depuis lors, mené des dizaines de sessions psychédéliques pour des patients dans des situations similaires.

Environ 400 patients en phase terminale au Canada ont bénéficié d’un accès légal à la psilocybine au cours des cinq dernières années grâce à des programmes spéciaux. Plusieurs pays autorisent d’ores et déjà la substance pour des usages similaires. Les drogues psychédéliques sont prohibées en France, bien que certains essais cliniques étudient leurs effets sur les patients atteints de cancer.

Aux États-Unis, cette interdiction pourrait bientôt changer. Les agences gouvernementales évaluent si, oui ou non, ces drogues peuvent être utilisées dans le cadre des soins palliatifs. Une avancée que l’on doit à la pression exercée par les médecins et des années de recherche. De nombreux spécialistes en soins palliatifs du pays affirment que ce changement ne saurait avoir lieu trop tôt.

La médecine psychédélique n’est pas un traitement contre les cancers métastatiques, les maladies pulmonaires ou rénales - entre autres - en phase terminale. Elle participe toutefois à réduire la dépression, de l’anxiété et des angoisses liées à ces maladies, affirment les experts.

« La vie [des patients] ne change pas, mais leur façon de l’interpréter, elle, oui. Ils sont capables de raconter toute leur vie sans que la maladie y occupe le rôle principal », explique Manish Agrawal. Médecin et philosophe, en plus d’être directeur du centre de thérapie Sunstone à Rockville, dans le Maryland, Manish Agrawal a supervisé des recherches sur les drogues psychédéliques chez plus de cent patients atteints de cancer.

Le Canada a mis en place des programmes qui permettent aux patients en phase terminale d’avoir ...

Le Canada a mis en place des programmes qui permettent aux patients en phase terminale d’avoir accès à des traitements psychédéliques. Après avoir passé différentes évaluations, un patient peut avoir accès à une session impliquant de la psilocybine avec un conseiller formé à sa manipulation.

PHOTOGRAPHIE DE The Washington Post, Getty Images

 

DES AMÉLIORATIONS DURABLES DE LA SANTÉ MENTALE DES PATIENTS

Une grande partie des recherches sur les psychédéliques dans les soins palliatifs s’est concentrée sur les patients atteints de cancer. En général, ces personnes passent des évaluations physiques et psychologiques dans les semaines qui précèdent l’administration de la substance. Elles suivent ensuite des sessions de psychothérapie « d’intégration ». Une seule dose de psilocybine peut souvent engendrer des bienfaits durables pour la santé mentale.

Au cours d’une étude menée par Sunstone en 2023, quinze des trente participants dont le cancer était à un stade avancé ont constaté une rémission de leur dépression dans les deux mois qui ont suivi. Parmi les patients survivants réévalués deux ans plus tard, la plupart demeuraient encore dans cet état amélioré, a affirmé Manish Agrawal l’été dernier.

Les premiers travaux sur la psilocybine ont également montré des résultats significatifs sur d’autres aspects de la santé mentale. Une étude, réalisée en 2011 par l’université de Californie à Los Angeles, a montré que l’anxiété diminuait drastiquement chez une dizaine de patients atteints d’un cancer de stade avancé. En 2016, la psilocybine a amélioré l’humeur et l’anxiété chez 80 % des 51 patients atteints de cancer traités à l’université Johns Hopkins, tandis que plus de 60 % des patients de l’université de New York (NYU) se sentaient moins désespérés six mois après la première prise.

« C’est un changement de paradigme », affirme Anthony Bossis, psychologue clinicien de NYU, qui a codirigé l’étude de 2016. Selon lui, plutôt que de ne faire que soulager les symptômes par le biais d’antidépresseurs, les psychédéliques « permettent à une personne de repenser à sa vie, d'évaluer ce qui compte et est essentiel pour elle. Et cela apaise souvent sa souffrance » à un niveau plus profond. Cela pourrait expliquer pourquoi 70 % des participants à l’étude de NYU ont affirmé que leur voyage psychédélique comptait parmi les expériences les plus marquantes de leur existence.

La psilocybine remonte également le moral des personnes qui viennent d’apprendre le diagnostic d’une maladie grave, même si elles ne sont pas cliniquement dépressives, ajoute Anthony Bossis.

 

ET POUR LES PATIENTS QUI NE SONT PAS EN PHASE TERMINALE ?

Les médecins en soins palliatifs ne sont pas en mesure de prescrire ces substances à leurs patients, car leurs composés sont classés dans la catégorie la plus restrictive des drogues illégales. Le 1er janvier dernier, toutefois, la Tchéquie est devenue le premier pays de l’Union européenne où l’utilisation de la psilocybine en psychothérapie, le composé actif des champignons hallucinogènes, est légale. Un prélude à une possible recatégorisation.

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    PHOTOGRAPHIE DE Amanda Lucier, The New York Times, Redux

    Aux États-Unis, plusieurs entreprises du secteur privé cherchent à obtenir l’approbation de la Food and Drug Administration (équivalent de l’ANSM) afin que cette substance puisse être utilisée dans le traitement de certaines maladies mentales, ce qui pourrait la rendre plus accessible aux personnes dont le diagnostic vital n'est pas engagé.

    Ellen Labgold, psychothérapeute de Leesbrug, en Virginie, a été diagnostiquée avec un cancer du sein invasif de stade 1 en 2022. Elle connaît les effets de ce type de drogues chez les personnes qui se trouvent dans sa situation. Son cancer est entré en rémission après une double mastectomie et après avoir suivi un traitement, mais sachant qu’il pourrait revenir, les cicatrices mentales demeurent.

    Constamment anxieuse et déprimée, « je me levais en y pensant, j’allais me coucher en y pensant, et je me réveillais au milieu de la nuit en y pensant », dit-elle en parlant de son cancer. Elle a perdu le désir de sortir et même d’organiser sa soirée annuelle de Noël. Chaque fois qu’elle posait les yeux sur sa petite-fille, sa joie se teintait de tristesse. Elle avait peur de ne pas pouvoir voir l’enfant grandir.

    En novembre, Ellen Labgold a participé à un essai clinique impliquant la psilocybine, organisé par Sunstone pour les personnes atteintes de différents stades de cancer. Sous l’emprise de la drogue, elle avait l’impression de voir l’univers comme un tout interconnecté, qu’elle visualisait sous la forme de bandes d’énergies aux teintes vives. « C’était une expérience profonde », se rappelle-t-elle. « Je me sentais connectée à tout. Même ce que l’on considérait comme “mal” était tout de même magnifique. »

    Dès la fin de la session, les schémas de pensées négatives qui la hantaient depuis des années avaient disparu. « Mon cerveau avait complètement redémarré », décrit-elle. Elle n’avait plus peur que son cancer revienne. Cette année, elle a organisé sa soirée de Noël, comme tous les ans, et elle regardait l’avenir avec optimisme.

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    En revanche, tout le monde ne constate pas d’amélioration après la prise de psilocybine et ceux qui le font constatent des rechutes occasionnelles. Plus d’une dizaine de chercheurs à travers le monde, dont Anthony Bossis, ont écrit sur ce sujet dans un article paru dans la revue scientifique Journal of Palliative Medicine. Dans les faits, un participant sur huit de l’un des programmes canadiens a été interrogé sur son expérience. La plupart d'entre eux confiaient avoir constaté des améliorations de leur dépression, de l’état de leurs relations, et de leur bien-être spirituel. L’un d’eux a cependant confié que la substance avait empiré chacun de ces aspects.

    Pour que les patients tirent profit de ces bienfaits, la substance doit être administrée par une personne ayant reçu une formation en médecine psychédélique, dans un environnement qui met le patient à l’aise, explique Manish Agrawal.

    Au cours d’une session, la substance peut causer des maux de tête et des nausées, augmenter le rythme cardiaque et la pression artérielle. Pour cela, ainsi que pour ses effets hallucinogènes, il est généralement recommandé à certains patients en phase terminale d’éviter, surtout ceux souffrant de maladies cardiaques ou de psychose.

    Mais l’expérience transformatrice d’Ellen Labgold souligne les limitations actuelles des soins apportés aux patients atteints de cancer, y compris en matière de chirurgie, de radiothérapie et de chimiothérapie. Manish Agrawal compare cela à ne traiter que le sommet de l’iceberg. Le procédé néglige le soutien psychologique et spirituel que nécessitent les patients diagnostiqués avec une maladie engageant le pronostic vital.

    « Nous avons besoin d’outils plus efficaces pour traiter les maladies avancées et les problèmes de fin de vie auxquels nous sommes à présent confrontés », dit-il. Les drogues psychédéliques « font partie des outils les plus puissants que j’ai jamais vus ».

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    Les patients et les médecins en soins palliatifs ont avancé que les personnes dont les diagnostics étaient terminaux devraient pouvoir accéder aux traitements psychédéliques, comme la psilocybine. On voit ici comment les champignons sont préparés à Uptown Fungus, un centre accrédité de Springfield, dans l’Ontario.

    PHOTOGRAPHIE DE Mason Trinca, The New York Times, Redux

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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