Votre force de préhension pourrait prédire votre qualité de vie et votre longévité

Les cliniciens peuvent avoir un aperçu de votre santé globale en observant la force de votre poigne. Plus elle est forte, plus votre vie sera saine et longue.

De Daryl Austin
Publication 12 janv. 2026, 10:54 CET
Chaque fois que vous ouvrez un bocal, échangez une poignée de main ou serrez une boule ...

Chaque fois que vous ouvrez un bocal, échangez une poignée de main ou serrez une boule antistress, vous tenez dans le creux de votre main, sans le savoir, votre santé tout entière.

PHOTOGRAPHIE DE Rebecca Hale, National Geographic

Que ce soit pour ouvrir un bocal, porter des courses, ouvrir une porte ou se rattraper après un petit trébuchement, sans même y penser, nous comptons sur notre force de préhension. Certes, ces petits mouvements entrent rarement dans l'idée que l'on se fait du renforcement musculaire, mais de plus en plus d’études suggèrent qu’ils sont une fenêtre sur notre bien-être général et sur la qualité de notre vieillissement.

« La force de préhension n’a pas la reconnaissance qu’elle mérite. C’est pourtant l’un des meilleurs indicateurs de notre santé globale », affirme Pete Rohleder, kinésithérapeute de l’université publique du Kansas. « Rien que le fait de serrer le poing permet de se rendre compte des effets cumulés qui résultent de notre manière de nous déplacer, de nous alimenter, de nous remettre d’un effort, et de vivre. »

La force de votre poigne est invariablement liée aux risques de développer des maladies chroniques, des handicaps. Il existerait même un lien entre la préhension et le risque d’une mort prématurée. Elle prédit parfois certaines évolutions de santé avec une précision supérieure à celle des méthodes de mesure conventionnelles, telles que la pression sanguine ou l’indice de masse corporelle.

Ce qui semble être un simple test de force de préhension révèle en réalité un aperçu du bon fonctionnement de nombreux systèmes corporels, témoignant de leur bon vieillissement et de leur collaboration harmonieuse. C’est pourquoi les chercheurs qualifient de plus en plus la force de préhension d’indicateur fonctionnel des signes vitaux.

« Au cours d’une vie, la force de préhension est influencée par tellement de facteurs qu’elle peut nous en apprendre beaucoup sur la santé corporelle et cérébrale », explique Darryl Leong. Il est à la tête du programme de cardio-oncologie du département des sciences de la santé de l’université McMaster et Hamilton, et fait partie des auteurs principaux des plus grandes recherches sur ce sujet.

 

LA FORCE DE PRÉHENSION, REFLET DE LA FORCE GÉNÉRALE

La force de préhension se mesure grâce à un dynamomètre à poignée qui enregistre la force lors d’une pression brève et isométrique. Le test ne prend que quelques instants et s’effectue généralement sur les deux mains. Il attribue ensuite une note oscillant entre environ 18 kilogrammes pour une personne avec une faible poigne, et plus de 54 kilogrammes chez un homme adulte en bonne santé.

Une bonne force de préhension demande une activation coordonnée des muscles et une transmission efficace de la force par les tendons et les joints. De plus, « votre système nerveux doit recruter et coordonner des milliers d’unités motrices pour générer de la force », ajoute Pete Rohleder. La force de préhension est ainsi la mandataire de la qualité musculaire, des fonctions nerveuses et de la coordination.

Elle révèle également une possible atrophie des tissus musculaires ou leur remplacement par de la masse grasse, conséquence du vieillissement ou du manque d’activité. Ce processus est appelé sarcopénie, explique Ardeshir Hashmi, directeur d’entreprise du centre de médecine gériatrique de la Cleveland Clinic.

La force de préhension est liée à la santé métabolique et cardiovasculaire, car les muscles ont besoin d’une bonne irrigation sanguine, d’un apport suffisant en oxygène et d’une bonne sensibilité à l’insuline.

En définitive, ces influences expliquent pourquoi les cliniciens décrivent fréquemment la force de préhension comme un indicateur du bon fonctionnement du corps dans son ensemble. Ils expliquent également pourquoi, contrairement à la pression sanguine ou à l’indice de masse corporelle, qui représentent tous deux des aspects plus précis de la santé, cette mesure « est la somme de tous les comportements de santé, activités et maladies, tout au long de la vie », selon Darryl Leong.

 

LE LIEN ENTRE LA FORCE DE PRÉHENSION ET LA LONGÉVITÉ

La force de préhension est un indicateur de longévité extrêmement puissant. À un point tel que des études à grande échelle ont établi systématiquement un lien entre une faible force et un taux de mortalité accru, toutes causes confondues, y compris à cause de maladies cardiovasculaires ou de cancer.

Derrière ce phénomène se cachent plusieurs raisons. Parmi elles se trouve le fait que la force de préhension reflète la santé vasculaire, la fonction du système nerveux autonome et la santé cardiorespiratoire générale. En effet, elle influence l’inflammation, la fonction endothéliale, la résistance à l’insuline et la stabilité du rythme cardiaque. Tous ces phénomènes jouent un rôle dans le développement des infarctus, des AVC et des arrêts cardiaques.

L’étude Prospective Urban Rural Epidemiology (PURE) figure parmi les études les plus influentes qui ont mis en évidence de tels effets. Elle a suivi plus de 140 000 adultes répartis dans dix-sept pays et a révélé que la force de préhension prédisait la mortalité et les événements cardiovasculaires avec plus de précision que la pression sanguine systolique.

La force de préhension est également liée à la vieillesse biologique. En 2023, des recherches ont révélé qu’une faible poigne était liée à une accélération de la méthylation de l’ADN, un marqueur du vieillissement biologique.

L’étude montre que les individus plus faibles sont souvent biologiquement plus vieux que leur âge chronologique ne le suggère. Et « l’âge biologique des personnes plus fortes a tendance à être plus bas », explique Mark Peterson, professeur associé de médecine et de réhabilitation physique au sein de l’université du Michigan, ainsi que l’un des auteurs principaux de l’étude.

La ténacité est une autre explication du lien entre la force de préhension et la longévité. « Une bonne force musculaire reflète notre capacité à survivre et à nous remettre de maladies graves », explique Darryl Leong. Des muscles plus forts supportent mieux la stabilité métabolique, les fonctions immunitaires et le rétablissement lors d’un stress physiologique.

« La force de préhension est un excellent indicateur d’homéosténose, c’est-à-dire de notre capacité à nous remettre d’une maladie », ajoute Ardeshir Hashmi.

Elle illustre également l’intégrité musculosquelettique ; une faiblesse ou une dégénération des tendons, des ligaments et des joints de la main sont souvent des signaux d’une fragilité plus étendue. Cela est lié à une mobilité réduite et à une réserve physiologique diminuée. Toutes deux peuvent vous rendre plus vulnérables aux maladies et à une mort prématurée.

 

LA FORCE DE PRÉHENSION FORGE LA QUALITÉ DE VIE

Ces facteurs permettent de comprendre comment la force de préhension influence directement les activités quotidiennes et « est étroitement liée à l’autonomie », selon Gomes-Osman.

En effet, des études montrent qu’une force de préhension plus faible prédit de plus hauts risques de chute et d’hospitalisation. Cela est dû, en partie, à son lien avec une densité osseuse plus faible et à un risque de fracture plus élevé.

« Et les adultes avec une faible poigne ont tendance à marcher plus lentement, à rencontrer des problèmes lors de la montée d’escaliers ainsi que des difficultés à effectuer des tâches quotidiennes », ajoute Pete Rohleder.

Des preuves lient également la force de préhension à la santé cérébrale. Au cours d’une étude menée sur plus de 40 000 adultes, on a découvert qu’une forte poigne était associée à une structure cérébrale en meilleure santé. Les taux de dépression et d’anxiété étaient également plus faibles chez ces personnes.

Cela aide à expliquer pourquoi une faible force de préhension compte parmi les critères de santé importants. On les utilise pour identifier les éléments de fragilité connus pour « accélérer de manière significative la progression de la démence chez les personnes se plaignant d’un déclin cognitif précoce », ajoute Gomes-Osman.

 

COMMENT CONTRER LE DÉCLIN DE LA FORCE DE PRÉHENSION AU COURS DU TEMPS

À partir de la moitié de la vie, la masse musculaire et les neurones moteurs, responsables de l’activation des fibres musculaires, commencent à diminuer. Cela mène à une perte moyenne de force, à un rythme d’environ un pour cent chaque année.

Les inflammations chroniques peuvent aggraver la réparation des muscles et la synthèse des protéines. De leur côté, les changements hormonaux, comme une baisse de testostérone, d’œstrogène et d’IGF-1, peuvent atténuer les signaux qui incitent les muscles à se reconstruire.

Les comportements sédentaires ajoutent au problème en empêchant les muscles d’avoir accès à la charge mécanique qui leur permet de rester forts. En bref, « l’inactivité physique rouille le système », résume Gomes-Osman.

La bonne nouvelle, c’est que la force de préhension, tout comme son déclin, peut être améliorée. « Des exercices quotidiens de préhension peuvent aider. Par exemple, serrer une balle de tennis ou de squash plusieurs fois dans les deux mains », explique Ardeshir Hashmi. « Mais la fréquence journalière est moins importante que la régularité. »

Dans le même temps, ne chercher qu’à améliorer la force de préhension de manière isolée ne répond pas au besoin de santé général. La force de préhension n’est qu’un reflet de la force générale. L’approche la plus efficace est donc de renforcer notre résistance régulièrement de manière à ce que les mains effectuent des mouvements plus larges. Par exemple, soulever, tirer, porter ou stabiliser des poids, tout en engageant les jambes, la sangle abdominale et le système cardiovasculaire.

La nutrition est également importante. Les études relient invariablement un plus haut apport en protéines avec une réparation améliorée des muscles et une meilleure force de préhension. « Un faible apport en protéines signifie que les muscles ne reçoivent pas les nutriments dont ils ont besoin pour atteindre un état de santé optimal », explique Darryl Leong. C’est pourquoi Ardeshir Hashmi recommande d’optimiser l’apport journalier en protéines, et de l’associer avec des exercices de renforcement musculaire réguliers.

Les habitudes quotidiennes ont, elles aussi, un rôle à jouer. Par exemple, Pete Rohleder suggère de porter vos courses plutôt que d’utiliser un chariot, d’utiliser des outils manuels lorsque cela est possible, de choisir des bagages à porter plutôt qu’avec des roues quand ceux-ci ne sont pas trop lourds. Il propose également de jardiner ou d’accomplir des tâches qui demandent de porter et de tenir des charges.

« Ces mouvements de la vie réelle, dit-il, impliquent les mains, les doigts et les avant-bras de façon naturelle. Ils aident à construire une force utile qui apportera des bénéfices au quotidien. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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