Les PFAS, ces substances nocives omniprésentes dans nos emballages alimentaires

Notamment utilisées dans les emballages de fast-food, ces substances chimiques à la longue durée de vie peuvent contaminer la nourriture et s'accumuler dans notre corps.lundi 14 octobre 2019

Presse industrielle à steaks hachés d'une usine de la ville d'Amarillo, au Texas. Les steaks hachés de fast-food comme ceux-ci sont fréquemment conditionnés dans un emballage recouvert d'un produit chimique qui s'avère nocif pour les consommateurs.
Presse industrielle à steaks hachés d'une usine de la ville d'Amarillo, au Texas. Les steaks hachés de fast-food comme ceux-ci sont fréquemment conditionnés dans un emballage recouvert d'un produit chimique qui s'avère nocif pour les consommateurs.
photographie de BRIAN FINKE, NAT GEO IMAGE COLLECTION

Que ce soit pour ses calories ou ses additifs, les raisons qui poussent à décrier l'alimentation proposée par les fast-foods sont nombreuses et cette longue liste vient d'être enrichie par une nouvelle étude qui révèle que les emballages contenant une substance chimique appelée PFAS seraient néfastes pour notre organisme.

L'acronyme PFAS fait référence aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, une classe de substances chimiques abondamment utilisées dans les produits domestiques qui permet d'ignifuger ou d'imperméabiliser des objets. Une nouvelle étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives a comparé les concentrations en PFAS chez les consommateurs de fast-food à celles des individus cuisinant leurs propres repas.

À l'aide des données recueillies par les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) dans le cadre du National Health and Nutrition Examination Survey (NHNES), une base de données médicales complète et régulièrement mise à jour, les chercheurs ont pu examiner les teneurs en PFAS des échantillons sanguins prélevés sur plus de 10 000 personnes entre 2003 et 2014.

Cinq types de PFAS fréquemment utilisés ont été trouvés dans le sang de 70 % des personnes de cet échantillon.

En plus des examens médicaux physiques, le NHANES intègre également des questionnaires. Ainsi, il a été demandé aux personnes sondées à quelle fréquence ils avaient consommé de la nourriture provenant d'un fast-food au cours des précédentes 24 h, semaines et mois.

Après une période de 24 h, les personnes qui avaient consommé ce type de nourriture affichaient une augmentation de la teneur sanguine en PFAS. À l'inverse d'autres contaminants courants qui traversent rapidement notre organisme, les PFAS peuvent y demeurer plusieurs années, ce qui signifie d'après les scientifiques qu'une consommation régulière de fast-food entraînerait une accumulation des PFAS dans notre système.

 

ABONDANT ET SUJET À CONTROVERSE

Nous ne savons pas réellement à partir de quel seuil les PFAS commencent à causer des dommages à notre santé. Bon nombre d'études ont relié ces substances au cancer, aux troubles de la thyroïde, aux dérèglements hormonaux et à la prise de poids.

L'État de Washington et la ville de San Francisco ont déjà pris des mesures pour limiter l'utilisation des PFAS dans les emballages alimentaires. En Europe, les risques posés par ces substances sont encore en cours d'évaluation.

Une étude menée en 2017 sur 400 emballages et papiers à usage alimentaire a montré que plus de la moitié des papiers d'emballage à pain et à dessert contenaient ce composé fluoré. Il était également présent dans 40 % des papiers à sandwich et hamburger ainsi que dans 20 % des cartons utilisés par exemple pour contenir les frites. Ce produit chimique est couramment ajouté aux emballages pour leur offrir une résistance à l'eau et aux graisses qui permet d'emporter facilement la nourriture.

Et ce sont ces mêmes propriétés qui sont à l'origine des préoccupations relatives aux effets des PFAS sur notre corps.

« Nous en apprenons toujours plus sur les effets sanitaires provoqués par des niveaux d'exposition de plus en plus faibles, » indique l'auteure de l'étude Laurel Schaider, ingénieure en environnement et chimiste du Silent Spring Institute.

« L'alimentation n'est qu'une seule source d'exposition parmi d'autres, » ajoute-t-elle en faisant remarquer que les PFAS sont également présents dans la peinture, les revêtements de sol et les vêtements. « À ce stade, je pense qu'il serait raisonnable que les consommateurs tentent de réduire leur exposition, mais nous ne sommes pour l'instant pas en mesure de faire le lien entre une certaine fréquence de consommation de fast-food et des effets dommageables pour la santé. »

Elle indique également qu'une ingestion régulière de PFAS pourrait avoir des effets cumulatifs sur notre santé.

La capacité des PFAS à ne pas se détériorer est telle qu'ils sont souvent qualifiés de « produits chimiques éternels. » Lorsque d'autres contaminants comme le bisphénol A sont évacués en quelques heures par notre organisme, les PFAS même les plus faibles peuvent y subsister pendant des mois.

 

NOYÉS DANS LA MASSE

Il est difficile de mesurer les impacts sur la santé en fonction de la fréquence de consommation de produits contaminés par les PFAS tant ces substances sont omniprésentes.

Pour observer l'impact qu'un produit chimique pourrait avoir, les scientifiques se fondent avant tout sur des études au cours desquelles des rats ou des souris de laboratoires sont exposés à diverses concentrations d'une certaine toxine. Ces études menées sur des animaux ont montré que l'exposition aux PFAS infligeaient quasi-systématiquement des dommages au foie, aux reins et au système immunitaire. Les tumeurs sont également un constat fréquent et il semblerait que certaines souches de PFAS puissent être à l'origine de cancers et de troubles de la tyroïde.

Les scientifiques s'intéressent également aux tendances en matière de maladies à l'échelle de la population. Pour cela, de grands échantillons contenant des milliers de personnes doivent être testés pour les PFAS.

Il aura fallu plusieurs dizaines d'études démographiques pour montrer qu'une exposition précoce au plomb pouvait avoir des conséquences néfastes sur les performances cognitives au cours d'une vie ; une découverte qui a permis de mettre en place des législations plus strictes sur la fréquence d'utilisation du plomb. Les scientifiques doivent encore parvenir à un accord sur le cas du bisphénol A (BPA), une substance chimique jugée sûre par la Food and Drug Administration des États-Unis mais qui selon certaines recherches pourrait être un perturbateur endocrinien.

 

FENÊTRES D'EXPOSITION

Le degré d'exposition d'un individu aux PFAS peut varier considérablement, observe Schaider, ce qui constitue un obstacle pour les scientifiques lorsqu'ils souhaitent dresser l'historique de la consommation du contaminant.

« Il existe des fenêtres d'exposition pour certaines maladies mais chez les adultes il est très difficile de revenir en arrière pour déterminer dans quelle situation cette exposition s'est produite, » explique-t-elle.

Rolf Halden est directeur du Center for Environmental Health Engineering de l'université d'État de l'Arizona. Selon lui, les données de l'étude présentent un lien évident entre la nourriture de fast-food et la consommation de PFAS mais il est davantage préoccupé par l'abondance générale des PFAS dans les biens de consommation.

« Le côté fast-food et pop-corn m'intéresse moins, ce qui m'inquiète en revanche c'est de voir que 70 % de la population des États-Unis est exposée à une substance chimique qui ne se dégrade pas, » témoigne-t-il.

En plus des conséquences inconnues sur la santé de la consommation de produits alimentaires contaminés par les PFAS, Schaider indique que les consommateurs devraient s'inquiéter de l'impact des PFAS sur l'environnement lorsqu'il est rejeté. Dans les décharges non étanches, les PFAS peuvent s'infiltrer dans les sols et contaminer les nappes phréatiques. Plus tôt ce mois-ci, un rapport émis par l'organisation activiste Environmental Working Group a démontré que l'eau courante fournie à 7,5 millions de californiens présentait des traces du contaminant.

Outre Washington et San Francisco, les États de Californie, New York et Rhode Island ont tous proposé des restrictions à l'utilisation des PFAS. Le mois dernier, le Danemark était le premier pays à bannir cette substance des emballages alimentaires.

Pour conclure, Halden nous fait part de son opinion sur les résultats de l'étude : « Il serait naïf de penser que l'exposition aux PFAS se limite aux situations abordées par l'étude. L'exposition totale est bien plus vaste et devient de plus en plus complexe. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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