COVID-19 : doit-on s'inquiéter des effets des infections répétées ?

Selon la communauté scientifique, les réinfections au COVID-19 ne doivent pas être prises à la légère. Chaque réinfection augmente le risque de subir des séquelles plus ou moins graves, telles que des problèmes cardiaques ou un COVID long.

De Amy McKeever
Publication 2 août 2022, 19:16 CEST
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Un virologue du Centre de recherche médicale appliquée de l'hôpital St. Vincent à Sydney ajuste son équipement de protection lors d'une étude sur le variant Omicron, le 8 décembre 2021. Les variants BA.4 et BA.5 d'Omicron restent une cause majeure de réinfections au COVID-19.

PHOTOGRAPHIE DE Kate Geraghty, The Sydney Morning Herald, Getty Images

De plus en plus de patients se présentent à la clinique du docteur Ziyad Al-Aly, chef de la recherche et du développement au Centre de santé et de soin des anciens combattants de St. Louis et épidémiologiste clinique à l’université Washington de Saint-Louis dans le Missouri, avec ce qu’il décrit comme l’air d’être invincible. C’était en mars 2022, et ces patients étaient vaccinés contre le COVID-19 et s’étaient récemment remis d’une infection. Dans leur esprit, l’immunité combinée au vaccin les protégerait de tout mal lié au virus.

« J’ai commencé à me demander si c’était réellement le cas », raconte Al-Aly. Intrigué, il s’est tourné vers la base de données des dossiers médicaux du Centre de santé des anciens combattants.

Depuis, les mois qui ont passé ont clairement montré que le bouclier créé par l’immunité naturelle et celle induite par les vaccins était fragile : les taux de réinfection augmentent avec l’émergence de variants plus contagieux, certaines personnes faisant même état d’une troisième ou d’une quatrième infection. Des études ont également montré que les sous-variants d’Omicron sont plus à même d’échapper à une immunité antérieure.

(À lire : COVID-19 : ce que nous savons du sous-variant BA.2 d’Omicron.)

Si ces données épidémiologiques montrent que les réinfections par le COVID-19 sont possibles, ces dernières présentent-elles un risque réel pour les patients ?

Selon lui, « la réponse est clairement oui ». En juin, Al-Aly a publié une étude, qui n’a pas encore subi le processus d’évaluation par les pairs, qui analysait les dossiers médicaux de plus de 5,6 millions de vétérans de l’armée américaine et montrait que chaque nouvelle infection augmentait le risque de mourir de n’importe quelle cause. Elle augmentait également les chances d’obtenir d’autres problèmes de santé, tels que des troubles cardiaques, sanguins et cérébraux, ainsi que des maladies comme le diabète, la fatigue chronique et le COVID long.

Cependant, comme d’autres experts, Al-Aly rappelle que de nombreuses questions demeurent. Nous ne comprenons toujours pas pourquoi les réinfections étaient associées à un risque accru de ces problèmes de santé chez les anciens combattants du Centre de santé, une population qui ne représente pas le grand public car elle est plutôt masculine, âgée et blanche. Nous ne savons pas non plus si les nouveaux variants du COVID-19 sont plus susceptibles de provoquer des maladies graves, ni combien de temps sera nécessaire pour que notre immunité s’affaiblisse et nous rende vulnérable à une réinfection.

« Quand on prend tout cela en compte, on voit que de nombreux facteurs restent inconnus, et c’est ce qui rend la situation si compliquée », affirme Michael Osterholm, directeur du Centre de recherche et de politiques sur les maladies infectieuses de l’université du Minnesota.

Voici ce que les scientifiques savent aujourd’hui, et de quelle manière ils tentent de résoudre cette équation complexe.

 

RÉINFECTIONS ET IMMUNITÉ

Les risques de réinfection varient selon les maladies. Pour certaines d’entre elles, comme la rougeole, la fièvre jaune et la rubéole, il n’y a pas lieu de s’inquiéter d’une réinfection, car une première infection ou une vaccination confère une immunité durable. En général, celle-ci permet soit de ne pas être réinfecté, soit d’avoir une infection si légère que le malade ne la remarque même pas.

Pour d’autres maladies, l’immunité s’affaiblit avec le temps, ce qui rend la personne plus vulnérable aux réinfections. La gravité de cette dernière dépend de nombreux facteurs, notamment des conditions sous-jacentes, des changements dans l’état de santé de la personne qui ont pu mettre son système immunitaire à l’épreuve, du moment de la vaccination et des variations du virus lui-même.

Prenons l’exemple de la grippe. Le virus mute si fréquemment qu’il déroute le système immunitaire : chaque nouvelle infection a ainsi l’effet d’une première grippe. Le corps ne peut donc pas la reconnaître et la combattre, selon Al-Aly.

Cependant, en règle générale, les réinfections sont moins graves que les premières infections, explique Laith J. Abu-Raddad, épidémiologiste spécialisé dans les maladies infectieuses à l’institut de médecine Weill Cornell au Qatar. « C’est tout à fait logique : le système immunitaire y est préparé. Nous pouvons avoir des symptômes, mais la réponse est si rapide qu’elle finit par contrôler la réplication. »

La dengue, ou grippe tropicale, est l’exception qui confirme cette règle. Elle provoque un phénomène rare : l’immunité d’une infection précédente peut aggraver la situation en créant des anticorps qui aident par inadvertance le virus à envahir les cellules hôtes. Rien ne prouve que ce soit le cas avec le SARS-CoV-2, et si c’était le cas, les hospitalisations monteraient probablement en flèche à l’heure actuelle. Mais selon les scientifiques, il est important d’exclure la possibilité que le virus puisse prendre cette direction. 

(À lire : Même les formes légères du COVID-19 peuvent endommager notre cerveau.)

 

LE RISQUE EST-IL INEXISTANT OU RÉDUIT ?

Il est désormais clair que l’immunité naturelle et l’immunité conférée par un vaccin contre le COVID-19 s’affaiblissent toutes les deux avec le temps. La gravité des réinfections, quant à elle, fait l’objet de vifs débats.

Lorsque le rapport d’Al-Aly a été publié au mois de juin, l’étude a suscité la polémique sur les réseaux sociaux, car elle semblait suggérer que les réinfections étaient plus graves que les premières infections. Selon Al-Aly, cette polémique était le fruit d’une mauvaise interprétation de ses conclusions : son idée est que, même si la plupart des réinfections sont moins graves, il est tout de même important de ne pas les prendre à la légère.

Le chercheur soulève que « le point essentiel ici est que le risque n’est pas nul » et compare la situation aux suites d’un incendie dans une maison. « On ne peut pas dire à sa famille : « Maintenant que je sais comment éteindre un feu, alors remettons le feu à la maison ». Il est tout à fait possible que votre système immunitaire soit capable d’y faire face. Mais vous savez ce qui est encore mieux ? De ne pas être infecté du tout ».

Abu-Raddad est d’accord. Ses propres recherches, publiées dans le New England Journal of Medicine au début du mois de juillet, montrent que les personnes qui ont été vaccinées et qui ont déjà été contaminées par le passé ont environ 97 % moins de risques de contracter une infection grave, critique ou mortelle. En d’autres termes, le risque est « vraiment, vraiment faible », mais chaque nouvelle infection augmente le risque cumulatif de dommage lié au COVID-19.

Selon Osterholm, d’autres études comme celle d’Al-Aly permettraient de mieux comprendre de quelle manière les réinfections peuvent aggraver les effets nocifs du COVID-19. Par exemple, il est possible qu’une infection cause une inflammation à long terme dans les vaisseaux sanguins, ce qui pourrait conduire au développement de caillots sanguins et donc à un risque accru de crises cardiaques ou d’accidents vasculaires cérébraux.

« C’est un bon exemple d’un sujet que nous devrions vraiment mieux maîtriser » affirme Michael Osterholm. 

 

RÉINFECTIONS ET COVID LONG

Une autre question inquiète les scientifiques : est-ce que chaque nouvelle infection constitue un risque de développer un COVID long, une mystérieuse maladie associée à une longue liste de symptômes disparates qui peuvent durer des mois, voire des années après l’infection initiale ? Même si ses causes demeurent inconnues, les scientifiques espèrent déterminer si l’immunité confère ou non une certaine protection contre le COVID long.

Jusqu’à présent, les résultats sont mitigés. Une étude publiée en septembre 2021 dans The Lancet a montré que les personnes qui avaient reçu deux doses du vaccin contre le COVID-19 étaient deux fois moins susceptibles de développer les symptômes de COVID long que les personnes non vaccinées, ce qui suggère que les vaccins confèrent une certaine protection. Une étude réalisée en mai 2022 et publiée dans Nature Medicine, dont Al-Aly est également l’auteur, suggère toutefois que la vaccination ne réduit que d’environ 15 % le risque de développer des symptômes de COVID long.

(À lire : Combien de temps le COVID-19 reste-t-il dans l’organisme ?)

Par ailleurs, l’étude la plus récente d’Al-Aly suggère que le COVID long est plus répandu chez les personnes ayant souffert de multiples infections que chez celles qui n’ont été malades qu’une seule fois. Abu-Raddad précise que cette observation ne signifie pas que la deuxième infection est nécessairement plus grave que la première, mais que chaque nouvelle infection est un nouveau risque d’être touché par le COVID long.

Cependant, avant de pouvoir commencer à se demander si les réinfections jouent un rôle dans le COVID long, les scientifiques doivent en apprendre les causes, argue Benjamin Krishna, chercheur postdoctoral spécialisé en virologie et en immunologie à l’université de Cambridge.

Selon certains chercheurs, le COVID long pourrait être causé par des particules virales qui persistent dans l’organisme bien après la fin de la phase aiguë de la maladie. D’autres suggèrent quant à eux que cette forme longue serait causée par des troubles auto-immuns préexistants ou par un système immunitaire qui ne s’est pas réinitialisé correctement à la suite d’une précédente maladie. Krishna admet qu’il serait surpris qu’une deuxième infection joue un rôle amplificateur dans l’apparition du COVID long : pour lui, il s’agirait plutôt d’un jeu de hasard.

« Chaque fois qu’on lance le dé, il y a une chance que vous soyez atteint d’une maladie de fatigue chronique », dit-il.

 

SE PROTÉGER DE L’INCERTITUDE

Les scientifiques auront besoin de plus de données avant de pouvoir tirer des conclusions sur la gravité des réinfections au COVID-19. La prochaine étape d’Al-Aly consistera à déterminer si les variants qui dominent actuellement sont plus susceptibles de provoquer des réinfections graves que les autres.

Bien que la base de données du centre de santé des anciens combattants ne soit pas parfaite, sa taille considérable constitue un avantage indéniable pour démêler les nombreuses variables en jeu. En effet, avec des millions de dossiers médicaux, le chercheur sera en mesure d’analyser la réinfection dans des sous-groupes de personnes qui n’ont, par exemple, été contaminées que par le variant Delta, par rapport à celles qui ont été touchées par Omicron et ses variants. Les variants BA.4 et BA.5 contourneront-ils vraiment les vaccins ? Entraîneront-ils le même risque de COVID long ? « Ce sont des questions ouvertes auxquelles nous avons tous envie de connaître les réponses. »

Abu-Raddad souhaiterait également que davantage d’études se penchent sur les caractéristiques cliniques des réinfections. Une telle entreprise serait toutefois colossale : pour déterminer si les réinfections causent des dégâts composés à l’organisme, il faudrait procéder à une analyse complète de chaque personne après chaque infection.

Les scientifiques auront donc besoin de plus de temps. Bien que la pandémie puisse sembler longue après plus de deux ans, Krishna souligne que cette période est encore relativement courte pour étudier la réaction des anticorps à un virus. Dans un an et demi, nous pourrions tout aussi bien constater que les réinfections sont bien pires, qu’arriver à un point où nous sommes toutes et tous immunisés à vie. Il faudra alors faire preuve de patience.

Osterholm note qu’un variant ou un sous-variant pourrait aussi émerger et donner lieu à une toute nouvelle équation. « Chaque fois que nous avons essayé de prendre de l’avance sur ce virus, il nous a amenés à nous remettre en question », rappelle-t-il. Il reste néanmoins optimiste et pense que les scientifiques parviendront à mieux le maîtriser.

En attendant, les experts affirment que nous avons à notre disposition de nombreuses clés pour nous protéger de cette incertitude : nous faire vacciner ou faire une dose de rappel le cas échéant, et prendre d’autres précautions raisonnables, comme porter un masque et éviter les situations à haut risque d’exposition au virus.

« À chaque fois que nous nous exposons à une réinfection, nous jouons un jeu très dangereux », explique Abu-Raddad. « Cette infection spécifique sera peut-être celle qui sera grave. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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