Suivre les animaux depuis l'espace, le pari du projet ICARUS

Grâce à deux satellites désormais en orbite, le projet ICARUS ambitionne de suivre des milliers d'animaux à travers le monde et de mieux comprendre leurs déplacements, leur santé et leur environnement.

De Sarah Gibbens
Publication 12 août 2026, 16:58 CEST
Les modules du projet ICARUS, en partie financés par la National Geographic Society, ont été lancés ...

Les modules du projet ICARUS, en partie financés par la National Geographic Society, ont été lancés avec succès à bord du Falcon 9 de SpaceX depuis la Vandenberg Space Force Base. La prochaine étape du projet consistera à équiper des milliers d'animaux de puces afin que les scientifiques puissent suivre leurs déplacements et leurs migrations. 

PHOTOGRAPHIE DE SpaceX

Les modules du projet ICARUS, en partie financés par la National Geographic Society, ont été lancés avec succès à bord du Falcon 9 de SpaceX depuis la Vandenberg Space Force Base. La prochaine étape du projet consistera à équiper des milliers d'animaux de puces afin que les scientifiques puissent suivre leurs déplacements et leurs migrations. 

PHOTOGRAPHIE DE SpaceX

Un projet novateur visant à suivre en continu des milliers d'animaux à la fois se développe grâce à un nouveau satellite. 

Le projet ICARUS (pour International Cooperation for Animal Research Using Space, Coopération internationale pour la recherche animale depuis l’espace) a récemment lancé le deuxième des deux satellites indispensables à son programme visant à recueillir des données détaillées sur les déplacements de la faune sauvage à travers le monde. 

Ce dernier satellite, en partie financé par la National Geographic Society et mis en orbite autour de la Terre par une fusée SpaceX, est l'aboutissement d'une idée née il y a une vingtaine d'années. Comme le nom du projet l'indique, les chercheurs prévoient de mener des recherches sur les animaux depuis l'espace. Et, comme le suggère son acronyme, ce projet est ambitieux. 

Les modules du projet ICARUS ont été lancés avec succès à bord du Falcon 9 de ...

Les modules du projet ICARUS ont été lancés avec succès à bord du Falcon 9 de SpaceX depuis la Vandenberg Space Force Base. « Nous avons eu cette idée il y a vingt ou vingt-cinq ans et, aujourd'hui, elle pourrait enfin se concrétiser » indique Martin Wikelski, explorateur National Geographic et fondateur du projet ICARUS. 

PHOTOGRAPHIE DE SpaceX

Les modules du projet ICARUS ont été lancés avec succès à bord du Falcon 9 de SpaceX depuis la Vandenberg Space Force Base. « Nous avons eu cette idée il y a vingt ou vingt-cinq ans et, aujourd'hui, elle pourrait enfin se concrétiser » indique Martin Wikelski, explorateur National Geographic et fondateur du projet ICARUS. 

PHOTOGRAPHIE DE SpaceX

Si tout se passe comme prévu, les scientifiques pourraient utiliser les données issues des milliers d'animaux équipés de puces de suivi afin de surveiller les maladies, de prévoir les catastrophes naturelles, de comprendre l'influence des oiseaux disperseurs de graines sur les canopées forestières, de garder un œil sur les braconniers et bien plus encore.

« Nous avons eu cette idée il y a vingt ou vingt-cinq ans et, aujourd'hui, elle se concrétise enfin. C'est vraiment fou » affirme Martin Wikelski, directeur de l’institut Max Planck d’éthologie en Allemagne et explorateur National Geographic. « Le monde s'ouvre à d'innombrables découvertes ».

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Un employé travaille sur le satellite RAVEN du projet ICARUS dans la salle blanche d'EnduroSat, un ...

Un employé travaille sur le satellite RAVEN du projet ICARUS dans la salle blanche d'EnduroSat, un fabricant aérospatial bulgare basé à Sofia. Le projet ICARUS, une alliance mondiale d'écologistes animaliers, entend utiliser la technologie satellitaire pour suivre les oiseaux et d'autres animaux, ainsi que pour acquérir de nouvelles connaissances précieuses sur leurs déplacements à travers le monde. 

PHOTOGRAPHIE DE Christian Ziegler, National Geographic.

Un employé travaille sur le satellite RAVEN du projet ICARUS dans la salle blanche d'EnduroSat, un fabricant aérospatial bulgare basé à Sofia. Le projet ICARUS, une alliance mondiale d'écologistes animaliers, entend utiliser la technologie satellitaire pour suivre les oiseaux et d'autres animaux, ainsi que pour acquérir de nouvelles connaissances précieuses sur leurs déplacements à travers le monde. 

PHOTOGRAPHIE DE Christian Ziegler, National Geographic.

 

PHASE 1 : LANCEMENT DE SATELLITES D'OBSERVATION DE LA TERRE

La première technologie d'observation du projet ICARUS consistait en une grande antenne fixée à la Station spatiale internationale en 2020. Pendant un an, cette antenne a recueilli des données issues d'oiseaux équipés de puces, tels que des cuculidés (Cuculidae) ou des barges (Limosa), et collecté des données détaillées sur leurs migrations. Néanmoins, lorsque l'Allemagne et la Russie ont mis fin à un programme spatial collaboratif en 2022, les ingénieurs du projet ICARUS ont profité de cette période pour créer une charge utile plus légère et de la taille d'une boîte à chaussures, pouvant être embarquée à bord d'un satellite. 

Le premier satellite repensé a été lancé en novembre passé. Selon Martin Wikelski, la mission se déroule comme prévu jusqu'à présent : le satellite est bien en orbite et ses opérateurs peuvent communiquer avec la charge utile embarquée. Il indique cependant que des retards logistiques ont empêché l'équipe d'échanger des données avec les puces placées sur les animaux : « l'espace, c'est toujours compliqué ». 

Contrairement au premier satellite, qui transportait quatre charges utiles différentes provenant d'autres organisations, le deuxième ne transportera que la technologie d'ICARUS. Martin Wikelski explique que cela leur permettra d'être plus agiles que lorsqu'ils partageaient un satellite avec d'autres organisations. 

Il décrit ICARUS comme un projet différent des autres programmes satellites qui suivent des tendances macro-environnementales, telles que les migrations d'oiseaux sur des milliers de kilomètres, les proliférations d'algues ou le rétrécissement d'un lac. En plus de suivre les déplacements des animaux, les puces peuvent détecter les mouvements subtils d'un animal en particulier et l'intelligence artificielle en déduira ce que ces mouvements inhabituels révèlent sur l'état de santé de l'animal ou des changements environnementaux. 

Les puces peuvent par exemple détecter et transmettre des données indiquant la mort d'un groupe de vautours, qui pourrait signifier que des braconniers ont empoisonné une carcasse, ou indiquant que les porcs d'une ferme en particulier cessent de remuer leurs oreilles, ce qui pourrait être un signe de peste porcine. 

Le satellite RAVEN, lancé en orbite terrestre basse, se connectera aux puces implantées sur des animaux ...

Le satellite RAVEN, lancé en orbite terrestre basse, se connectera aux puces implantées sur des animaux : des chauves-souris du genre Pteropodidae, des oiseaux aquatiques de la sous-famille des Sterninae et de nombreuses autres espèces. 

Le satellite RAVEN, lancé en orbite terrestre basse, se connectera aux puces implantées sur des animaux : des chauves-souris du genre Pteropodidae, des oiseaux aquatiques de la sous-famille des Sterninae et de nombreuses autres espèces. 

PHASE 2 : CONNECTER DES MILLIERS D'ANIMAUX AU SYSTÈME

Avec deux satellites en orbite pour ICARUS, c'est à présent une deuxième phase du travail sur le terrain qui commence. Environ 3 000 puces sont actuellement prêtes à être posées sur 3 000 animaux. Selon Martin Wikelski, 3 000 puces supplémentaires ont été commandées et d'autres sont prévues pour les années à venir. C'est une toute première petite étape vers leur objectif à terme de suivre 100 000 animaux à la fois. 

Prochainement, l'équipe du projet ICARUS posera des puces sur des chauves-souris de la famille des Pteropodidae du Rwanda afin d'en apprendre plus sur leur rôle dans l'écosystème et sur la manière dont cela pourrait influencer la capacité de la région à résister aux changements climatiques. Ils équiperont également de puces des sternes fuligineuses (Onychoprion fuscatus) dans les Seychelles pour détecter les premiers signes de typhons, ainsi que des sternes arctiques (Sterna paradisaea) en Islande pour comprendre comment le changement climatique modifie leur migration d'un pôle à l'autre. Plus tard dans l'année, les chercheurs du projet ICARUS prévoient de se rendre au Bhoutan afin d'observer les schémas migratoires des cuculidés venant du Tibet, puis en Bolivie afin d'implanter des puces sur des flamants qui nichent à plus de 4 875 mètres d'altitude afin d'apprendre comment ils se reproduisent, meurent et se répandent à travers les Andes. 

Les plus grosses puces pèsent environ 4 grammes et possèdent de minuscules panneaux solaires qui les alimentent en énergie. Les plus petites, qui pèsent 1 gramme et sont destinées aux petits oiseaux et aux insectes, sont alimentées par des batteries qui leur permettent de transmettre des données pendant environ un an. 

Avant d'être transportée vers l'aire de lancement, la coiffe de la fusée Falcon 9 de SpaceX ...

Avant d'être transportée vers l'aire de lancement, la coiffe de la fusée Falcon 9 de SpaceX est photographiée avec les satellites ICARUS, regroupés avec d'autres. 

PHOTOGRAPHIE DE SpaceX

Avant d'être transportée vers l'aire de lancement, la coiffe de la fusée Falcon 9 de SpaceX est photographiée avec les satellites ICARUS, regroupés avec d'autres. 

PHOTOGRAPHIE DE SpaceX

Martin Wikelski explique que ce qui facilite leur implantation sur les animaux facilite également leur distribution à des partenaires régionaux. Si l'équipe du projet ICARUS prévoient d'implanter des puces sur des centaines d'animaux, ils comptent aussi sur des experts locaux de la faune pour pucer les animaux dans leur région. Martin Wikelski espère que le bouche-à-oreille contribuera à faire avancer le projet, estimant qu'un groupe spécialisé en faune sauvage en Espagne pourrait en connaître un en Turquie, ce qui permettrait d'intégrer des centaines d'oiseaux dans le programme ICARUS. 

Selon Martin Wikelski, ses détracteurs attendent avec impatience les découvertes scientifiques promises par le projet. Il rétorque que les idées innovantes nécessitent des années d'efforts. 

« Les gens se contentent très bien de faire toujours la même chose » affirme-t-il. « Lorsque l'on veut amorcer une transformation, ce n'est pas toujours le moment le plus simple ». 

Mais il considère cette année à venir comme l'aboutissement d'une organisation sans fin : « c'est le rêve d'une vie et, aujourd'hui, il pourrait bien se réaliser ».

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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