Pourquoi l'altitude de l'Everest continue-t-elle de changer ?

L'Himalaya est le fruit d'une collision géologique ancestrale qui se poursuit aujourd'hui encore.

Publication 10 déc. 2020 à 15:33 CET
 

Les premières lueurs du soleil coiffent d'une aura lumineuse le sommet de l'Everest.

 

Les premières lueurs du soleil coiffent d'une aura lumineuse le sommet de l'Everest.

Photographie de Edson Vandeira, National Geographic Image Collection

Les alpinistes qui atteignent le sommet de l'Everest ne le savent peut-être pas, mais sous l'épaisse couche de neige se trouve une étendue de roches grises qui gisaient autrefois au plus profond de l'océan.

Si ces roches sont arrivées à une altitude aussi surprenante, à près de 9 000 mètres au-dessus de la mer, c'est à cause de la lente marche des plaques tectoniques, de vastes étendues de roche solide qui composent la carapace fracturée de notre planète. L'éternel combat qui oppose ces plaques est à l'origine des multiples reliefs visibles en surface. À certains endroits, les plaques s'écartent en formant de gigantesques fossés et à d'autres, elles s'entrechoquent pour faire s'élever les montagnes.

À cheval entre le Tibet et le Népal, l'Everest est le résultat d'un affrontement entre les plaques indienne et eurasiatique initié il y a plusieurs dizaines de millions d'années. La collision a gondolé le paysage et donné naissance à une chaîne de montagnes qui s'étend sur 2 400 km : l'Himalaya. Même si les étapes précises de ce crash continental restent à ce jour entourées de mystère, une chose est sûre, la collision se poursuit encore, ce qui explique en partie pourquoi l'Everest continue de gagner en altitude. (À lire : L'Everest est 86 centimètres plus haut que ce que l'on pensait.)

 

NAISSANCE DE L'HIMALAYA

L'histoire de l'Himalaya commence il y a 200 millions d'années avec les premiers signes de dislocation du supercontinent Pangée. La plaque indienne finit par se détacher et met le cap vers le nord, sur la masse continentale qui deviendra plus tard l'Asie. Elle se déplace à une vitesse folle, géologiquement parlant, flirtant avec les 9 mètres par siècle, voire plus.

À l'époque, l'océan Téthys sépare l'Inde de l'Eurasie, mais à mesure que l'Inde progresse vers le nord, il commence à se refermer. La plaque immergée, composée de croûte océanique dense, plonge alors sous l'extrémité sud de la plaque continentale eurasiatique aux roches de plus grande flottabilité et crée une zone de subduction. Au cours de cette lente descente, la couche de sédiments qui recouvre la plaque océanique est raclée par le manteau et s'accumule le long de la plaque eurasiatique. Par la suite, ces dépôts sablonneux vont être comprimés en roche avant d'être propulsés au sommet des montagnes.

Il y a 50 millions d'années environ, l'Inde a soudainement perdu de sa vitesse, un phénomène que les scientifiques interprètent comme les premiers signes de sa collision avec la plaque eurasiatique. D'autres preuves relatives aux sédiments marins suggèrent que l'ultime parcelle de l'océan Téthys se serait refermée il y a 50 à 60 millions d'années.

Contrairement à la plaque océanique, froide et dense, la plaque continentale indienne est épaisse et possède une flottabilité supérieure. Ainsi, alors que les continents s'affrontaient et que l'Inde glissait sous l'Asie, la surface s'est déformée et la croûte s'est épaissie pour former ce qui allait devenir la grande chaîne de l'Himalaya. C'est en tout cas la version actuelle de l'histoire qui fait consensus.

Néanmoins, à mesure que les scientifiques ont poussé plus loin leur étude de ce système en sondant chacune de ses rides, la moindre de ses fissures et l'ensemble de ses roches, de nombreux mystères ont fait leur apparition. Grâce à l'analyse des caractéristiques magnétiques de la roche qui permet de suivre la position d'un continent au fil du temps, les chercheurs ont récemment découvert qu'à l'époque supposée de la collision à l'origine de la chaîne de montagnes, il y a 55 millions d'années, l'Inde se trouvait très loin au sud de l'Eurasie, ce qui aurait laissé un fossé béant entre les deux continents.

La plaque indienne aurait-elle percuté une autre masse continentale prise en étau entre les deux continents et aujourd'hui disparue ? Était-elle bien plus étendue au nord que nous ne le pensions ? Pourquoi se déplaçait-elle aussi rapidement avant l'impact ? Voilà quelques-unes des questions qui occupent aujourd'hui l'esprit des scientifiques.

Cette vue depuis le camp de base nord de l'Everest montre la voie vers les camps de plus haute altitude sur la route du sommet.

Photographie de Renan Ozturk, National Geographic

 

DES HAUTS ET DES BAS

Peu importe quand elle a commencé, la collision qui a donné naissance à l'Everest se poursuit encore aujourd'hui. L'Inde se déplace vers le nord de quelques centimètres par an et les scientifiques estiment que l'impact avec l'Eurasie forcerait les montagnes à gagner en altitude, avec une élévation estimée à 10 millimètres par an sur les sections nord-ouest de la chaîne et à 1 millimètre par an pour l'Everest.

Cette croissance peut connaître des hauts et des bas, en fonction des évolutions plus ou moins brutales de l'environnement géologique. La descente de l'Inde sous l'Eurasie ne se fait pas toujours sans accroc. Lorsque la terre est comprimée, la pression s'accumule jusqu'à atteindre un point de rupture. Les blocs de roche peuvent alors se déplacer soudainement en ripant le sol et générer un séisme.

Par ailleurs, tous les séismes ne se traduisent pas forcément par un gain d'altitude. Selon la façon dont se déplace le sol et la zone concernée, les secousses peuvent entraîner une croissance ou un rétrécissement de la montagne. C'est peut-être ce qui s'est produit lors du séisme qui a secoué le Népal en 2015, d'après les données satellite.

Parallèlement, à mesure que la roche poursuit son ascension, l'érosion la compense. L'eau et le vent effritent la surface et charrient les sédiments en aval à travers les rivières qui descendent les flancs de la montagne. Dans l'Himalaya, la plupart des sédiments sont évacués par le Gange et le Brahmapoutre. Le sable est abandonné par l'eau là où les pentes se font plus douces, à la base des montagnes, dans ce qui est aujourd'hui le plus grand delta au monde. C'est ce même sable que l'on retrouve dans la composition des terres sur lesquelles reposent une grande partie du Bangladesh ainsi que l'État indien du Bengale-Occidental.

Avec l'érosion et la gravité dans le rôle des chaperons, le ballet géologique de l'Himalaya emmené par les plaques tectoniques se poursuit inlassablement et l'Everest n'aura d'autre choix que de suivre le pas.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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