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Ce sentier de 615 km vous fera découvrir Paris sous un nouveau jour

Inaugurés en 2020, le Sentier du Grand Paris et ses 39 étapes mettent en lumière les nombreuses facettes de notre capitale : des merveilles architecturales aux trésors naturels, la beauté de Paris s'étend bien au-delà de son boulevard périphérique.

De Mary Winston Nicklin
Publication 29 juin 2022, 11:30 CEST
Chateau de Versailles

Le château de Versailles (dont la Chapelle royale est visible ici) est l'un des lieux marquants de la banlieue parisienne à être accessibles par un vaste réseau de sentiers.

PHOTOGRAPHIE DE Martin Bureau, AFP, Getty Images

Chaque année, des millions de visiteurs affluent à Paris pour suivre des itinéraires centrés sur un tronçon de 5 kilomètres le long de la Seine, flanqué de monuments célèbres : la cathédrale Notre-Dame de Paris, le Louvre, la Tour Eiffel. Mais notre belle capitale ne se résume pas à ces célèbres sites de carte postale.

La métropole du Grand Paris, avec ses 11 millions d’habitants, est l’une des plus grandes d’Europe. En tant que telle, elle offre tout un monde à découvrir au-delà du Boulevard Périphérique, achevé en 1973, qui est tout autant devenu une barrière mentale qu’un périphérique, réduisant Paris à un espace touristique principalement centré sur la Seine.

Le projet du Sentier du Grand Paris permet de faire tomber cette barrière en élargissant la carte à des lieux de la banlieue parisienne souvent oubliés (ou méconnus) par les visiteurs et les habitants. Inauguré en 2020 après trois ans de cartographie, ce réseau de sentiers de randonnée urbaine s’étend désormais en trente-neuf étapes sur plus de 600 kilomètres à travers le Grand Paris, chacune étant conçue pour une randonnée d’une journée.

Le château de Malmaison de Joséphine de Beauharnais, aujourd'hui un musée, est situé dans la branche ouest du Sentier du Grand Paris, en dehors du centre de Paris.

PHOTOGRAPHIE DE Alain Poirot, Alamy Stock Photo

Détaillées dans un guide, les étapes sont facilement accessibles en métro et en RER. De plus, la création du Sentier coïncide avec l’ambitieux projet d’extension des transports publics connu sous le nom de Grand Paris Express, dont l’achèvement est prévu en 2030 pour un coût estimé à 23 milliards d’euros.

Le Sentier a été imaginé par un quatuor composé de Jens Denissen (urbaniste et coordinateur territorial), Denis Moreau (artiste), Baptiste Lanaspeze (éditeur) et Paul-Hervé Lavessière (géographe urbaniste). Dans le cadre de Sentiers Métropolitains, le projet vise à créer un nouveau type d’espace public, « un centre culturel à ciel ouvert » grâce à la randonnée urbaine.

« La marche est à la fois un moyen de découvrir un lieu et de s’inscrire dans sa structure », explique Denissen, qui anime depuis 2014 des promenades publiques collectives en banlieue. Avec un sens de la curiosité et de l’observation, le randonneur ou la randonneuse peut percevoir l’extraordinaire dans l’ordinaire. « C’est une démarche d’exploration permanente. »

En vivant à Paris, j’ai adopté la marche aussi bien en tant que passe-temps que pour son aspect pratique. Mais je n’avais jamais franchi le périphérique. En parcourant des portions du Sentier pendant plusieurs mois, j’ai découvert que ce dernier nous incitait à repenser le récit historique de longue date concernant l’origine de Paris sur l’île de la Cité, l’île de la Seine sur laquelle les Romains ont établi la ville de Lutèce sur l’espace dans lequel vivait le peuple des Parisii.

Après la découverte archéologique d’un site celte important à Nanterre, certains chercheurs affirment que la capitale celte ne se trouvait pas dans l’actuelle ville de Paris, mais dans ses banlieues.

 

UNE BALADE À TRAVERS L’HISTOIRE

À chaque randonnée, j’ai traversé les siècles, le Sentier éclairant un pan de l’histoire et de la société françaises. Les noms de lieux eux-mêmes font référence à l’Antiquité : le nom de la Marne a des origines celtiques, tout comme celui de Créteil, qui a ensuite été absorbé par le latin sous les Romains.

J’ai vu une mosaïque de paysages peuplés de communautés diverses et parsemés d’architectures innovantes, du château de Versailles (17e siècle) à la cité des Courtillières à Pantin (1950) de l’architecte Émile Aillaud.

(À lire : Le bosquet de la Reine, le jardin secret de Marie-Antoinette à Versailles.)

Pour l’étape 20, j’ai exploré le château de la Madeleine, un château fort médiéval perché surplombant le village de Chevreuse et la campagne pastorale. Lors de l’étape 9, j’ai découvert les effets transformateurs de l’industrialisation sur ce qui était un centre important au Moyen Âge, grâce à des sites comme la basilique cathédrale de Saint-Denis.

Des personnes marchent devant la basilique cathédrale de Saint-Denis au coucher du soleil. La dernière demeure des souverains français est l'une des nombreuses curiosités de la partie nord du Sentier.

PHOTOGRAPHIE DE Bruce Yuanyue Bi

La nécropole séculaire des monarques français a été le berceau de l’architecture gothique, et l’inspiration de Notre-Dame de Paris. Plus tôt encore, la Plaine Saint-Denis était un lieu de rassemblement important pour les tribus celtes. « Elle était centrale par le passé et, aujourd’hui, elle a été marginalisée », explique Denissen.

Lors de l’étape 11, j’ai emprunté des trottoirs, des sentiers en bord de Marne sous des saules pleureurs, et même des tunnels piétonniers sous les autoroutes pour découvrir l’École du Breuil. Nichée à l’extrémité est du parc du bois de Vincennes, cette école de formation horticole, qui date du 19e siècle, abrite de magnifiques jardins qui font face à l’Arboretum de Paris et abritent des centaines d’espèces d’arbres.

L’étape 24 était ma préférée. J’ai commencé la journée au château de Malmaison de Joséphine de Beauharnais, la belle propriété de campagne que l’impératrice partageait avec son époux, Napoléon Bonaparte. En suivant la Seine, je suis passée devant l’usine de papier désaffectée, autrefois célèbre pour l’impression du Petit Parisien (le journal le plus diffusé au monde avec 1 300 000 exemplaires en 1904), aujourd’hui reconvertie en un quartier d’affaires écologique appelé campus Arboretum.

(À lire : Des Parisiens cherchent à faire resurgir une rivière enfouie au début du 20e siècle.)

Depuis l’université de Nanterre, cœur de la révolte étudiante de 1968, le chemin traverse le parc André-Malraux, construit en 1971 sur ce qui était un bidonville habité par des travailleurs algériens, et aboutit à la monumentale Grande Arche de la Défense.

Prolongement de l’axe historique de Paris, juste à l’ouest de l’Arc de Triomphe, cette arche, qui est une « fenêtre ouverte sur le monde », a été construite par 2 000 ouvriers pendant quatre ans. Elle a été inaugurée en 1989 pour le 200e anniversaire de la Révolution française.

 

CARTOGRAPHIER UNE MÉGALOPOLE

Au cours du processus d’arpentage (l’étape précédant le tracé de la carte), les fondateurs du Sentier ont travaillé avec les communautés locales pour déterminer le meilleur itinéraire et les sites à inclure. « Ce n’était pas seulement une ligne sur une carte », explique Denissen. « Une dimension importante était l’histoire des personnes que nous rencontrions en chemin. »

« Nous l’appelions la grande caravane », dit Lavessière en référence à ce processus. Celui-ci s’était transformé pour inclure des photographes, des journalistes et des concepteurs sonores qui se sont embarqués dans des expéditions de deux jours pour tracer des sections hypothétiques du Sentier, testant et modifiant l’itinéraire au fur et à mesure.

Deux personnes dans une barque profitent d'un après-midi dans le lac Daumesnil, un lac artificiel dans le parc du Bois de Vincennes. Les randonneur.ses peuvent rejoindre le Sentier à l'extrémité est du parc, où il traverse l'Arboretum de Paris.

PHOTOGRAPHIE DE Olivier DJIANN, Getty Images

La première version de la carte était un triangle reliant Saint-Denis, Créteil et Versailles. Elle a été élargie pour inclure les cinq « Villes Nouvelles », symboles du développement urbain de la région au 20e siècle, à l’aube du Grand Paris. Dans un effort utopique pour créer des villes autonomes dans les banlieues et ainsi contenir l’étalement urbain, les Villes Nouvelles ont été reliées par les nouveaux RER.

La carte finale du Sentier a la forme d’un trèfle, les trois arcs imbriqués rendant hommage à la fois aux origines celtiques de Paris et à l’architecture gothique médiévale que l’on trouve le long du parcours. Bientôt, l’équipe du Sentier créera des liens entre les sentiers et le cœur de Paris, à Châtelet-Les Halles. On espère que de la signalisation pourra un jour être ajoutée sur les sentiers, malgré les difficultés administratives.

Tout au long de son parcours, le Sentier révèle l’histoire de la culture de la randonnée en croisant d’autres parcours, dont les sentiers de Grande Randonnée (GR) qui traversent la France. « Nous créons une porte ouverte sur les sentiers existants en hommage à la randonnée et à son histoire. La randonnée a été inventée au 19e siècle comme moyen de sortir de la ville industrielle, par des groupes [communautaires] comme "Les Excursionnistes" à Marseille qui se rendaient aux Calanques », explique Denissen.

Les constructeurs du Sentier se sont également inspirés de figures du 20e siècle, comme l’artiste de land art américain Robert Smithson, qui a organisé des visites industrielles guidées à New York, et le collectif Stalker, qui a commencé à explorer les terrains abandonnés autour de Rome dans les années 1990.

 

LE VRAI VISAGE DE PARIS

Au fil du temps, Paris s’est agrandie et a externalisé ses fonctions : fortifications défensives en temps de guerre, champs agricoles pour l’alimentation, et même la mort lorsque les cimetières ont été déplacés en dehors des limites de la ville. Dans cette optique, le Sentier n’évite pas l’industrie et les infrastructures qui ont fait de la capitale ce qu’elle est aujourd’hui, avec ses autoroutes, le système de canaux de Napoléon, ou encore ses usines.

Il y a une approche philosophique dans le fait d’encourager les promeneur.ses à renouer le lien avec ce qui nous entoure. D’une certaine manière, c’est aussi une démarche politique. « La marche est une façon de prendre soin de ce territoire, de faire prendre conscience des zones naturelles cachées… de réfléchir à la façon de protéger les champs fertiles du méga-développement », explique Denissen.

C’est sous le baron Haussmann, au 19e siècle, que l’urbanisme a intégré une réflexion sur la vie métabolique de la ville : un nouveau système d’égouts canalisait les eaux usées pour fertiliser les champs de la Plaine Saint-Denis, tandis que des aqueducs transportaient l’eau douce depuis des sources éloignées.

Un beau jour de printemps, sur le Sentier, je me suis retrouvée pour la première fois à côté de l’aqueduc de la Vanne, au sud de Paris. Lors de sa conception, l’ingénieur Eugène Belgrand s’est inspiré des anciens aqueducs romains, en créant un conduit en pierre qui canalise l’eau sur plus de 170 kilomètres depuis la Bourgogne.

L’aqueduc traverse le paysage, tout comme les trains qui conduisent les passager.ères en direction de Paris, à travers la banlieue. Mais ce jour-là, je prenais mon temps lorsque je me promenais le long des arches de pierre de ce monument du 19e siècle. Des fleurs et des plantes avaient pris racine à ses côtés : un autre exemple de la façon dont la beauté, l’histoire et l’industrie se mêlent sur ces sentiers.

Mary Winston Nicklin est une rédactrice et éditrice indépendante établie à Paris et en Virginie. Retrouvez-la sur Twitter.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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