Voyager avec fierté : comment accueillir les visiteurs LGBTQ+ ?

Les destinations qui accueillent les voyageurs et voyageuses LGBTQ+ voient souvent leur niveau de tourisme monter en flèche, prouvant ainsi que le secteur du tourisme peut, et devrait, être plus inclusif.

De Connor McGovern
Publication 7 juin 2022, 12:39 CEST
aerial photos of the Castro District in San Francisco

Passages piétons d'une intersection dans le quartier du Castro de San Francisco peints aux couleurs arc-en-ciel du drapeau des Fiertés. Des destinations telles que San Francisco s'efforcent de faire en sorte que les voyageur.ses LGBTQ+ se sentent bien accueilli.es.

PHOTOGRAPHIE DE Jason Doiy, Getty Images

Il est minuit passé, et la Plaza de Chueca de Madrid fait honneur à son titre de cœur pétillant et bruyant du quartier gay de la capitale espagnole. L’air chaud tremble au son des nombreuses voix, qui parlent non seulement en espagnol, mais aussi dans des langues du monde entier.

En Espagne, les lois progressistes et des mentalités largement libérales ont fait de ce pays un refuge pour les voyageur.ses LGBTQ+, qui affluent depuis longtemps dans ses villes, ses côtes et ses îles.

Peut-être existe-t-il un lien naturel entre la communauté LGBTQ+ et les voyages, comme le dit John Tanzella, président de l’Association internationale des voyages LGBTQ+ (IGLTA).

« Par nature, être LGBTQ+ implique une ouverture d’esprit et un désir de voir le monde », estime-t-il. « C’est une communauté fidèle qui aime voyager plusieurs fois par an et qui dépense beaucoup à chaque fois. Tout à coup, on comprend pourquoi les entreprises voudraient nous cibler. »

Barcelone, en Espagne, abrite une scène gay animée, notamment dans les quartiers de l'Eixample et de Gràcia. Un endroit populaire pour voir le coucher du soleil est le Bunkers del Carmel, que l'on voit ici, dans le quartier d'El Carmel.

PHOTOGRAPHIE DE Westend61, Veam, Getty Images

Les récompenses peuvent en effet être lucratives : une étude menée par la société de conseil aux entreprises et de gestion d’actifs LGBT Capital estime que le secteur a un pouvoir d’achat mondial représentant plus de 3 600 milliards d’euros. Ce concept a même un nom : « l’argent rose ». Mais les expériences offertes en retour ne sont pas toujours à la hauteur.

« Trop souvent, les voyageur.ses paient des centaines de dollars par nuit, pour finalement vivre une mauvaise expérience », explique Simon Mayle, directeur des événements pour Proud Experiences, une convention pour les entreprises de voyage LGBTQ+. « La barre est souvent tout simplement trop basse ». Pour exemple, Mayle cite les pantoufles pour monsieur et madame dans les salles de bain, et les conversations maladroites concernant la taille du lit désiré lors de l’enregistrement des couples homosexuels. Certains couples sont même carrément refusés, ajoute-t-il.

D’autres se demandent pourquoi le secteur de l’hôtellerie ressent le besoin de confectionner son service spécifiquement pour les couples hétérosexuels. Après tout, selon des études récentes, la plupart des voyageur.ses recherchent les mêmes choses : exploration, relaxation, beauté des paysages et sites historiques.

Cependant, malgré tous ces points communs, l’expérience de voyage peut être très différente pour la communauté LGBTQ+ : la réflexion concernant quand et où montrer son affection, les lois concernant les activités homosexuelles, ou encore les problèmes liés au genre sur les passeports, pour ne citer que quelques exemples.

En 2010, Preferred Hotels & Resorts a lancé le programme Preferred Pride, une sélection d’hôtels qui met l’accent sur l'expérience des voyageur.ses LGBTQ+. Pour Rick Stiffler, vice-président senior des ventes de loisirs, cette initiative était en partie motivée par le désir de voir davantage d’initiatives dans le monde de l’hôtellerie. Il estime que trop peu de marques font de réels efforts en matière d’inclusivité.

« Nous voulions que nos hôtels s’engagent réellement auprès de la communauté, tant au niveau local qu’international », explique-t-il. « S’ils veulent vraiment [cibler ce public], alors ils doivent le montrer… Si un hôtel est inclusif pour les personnes LGBTQ+, alors il sera inclusif pour tout le monde. Et c’est important. »

Alors, comment les destinations du monde entier représentent-elles tout l’éventail de la communauté LGBTQ+ ? Et quelles mesures faut-il prendre pour les entreprises qui souhaitent promouvoir l’acceptation et l’égalité ?

 

N’OUBLIER PERSONNE

Au cours des dernières décennies, grâce à une meilleure compréhension et à des services plus inclusifs, la communauté LGBTQ+ a pu voyager avec davantage de confiance. Mais certaines choses doivent encore évoluer.

Une rapide recherche d’images sur Google avec les mots « voyages gay » dévoile un nombre incalculable de couples majoritairement masculins, sportifs et amateurs de plages. Pour une communauté qui se définit par sa diversité, en ligne, la réalité peut encore sembler assez unidimensionnelle.

La foule se presse sur la plage de Copacabana à Rio de Janeiro, au Brésil : une destination populaire pour les voyageur.ses LBGTQ+.

Certains pays ont déjà pris des initiatives pour s’améliorer. En 2013, la Thaïlande a lancé sa campagne « Go Thai. Be Free », qui donnait une liste complète d’expériences, d’hôtels et de guides de destinations destinés aux voyageur.ses LGBTQ+, et mettant en avant des personnes de toutes les couleurs et orientations. Malte, quant à elle, est parvenue à se positionner comme l’une des destinations les plus accueillantes d’Europe, et ce grâce à un marketing plus inclusif, qui est en phase avec l’amélioration des lois sur l’égalité dans le pays.

Stiffler estime que le secteur du voyage a connu un réel changement qui a permis de représenter un public plus éclectique que jamais, qui comprend notamment les familles homoparentales et les voyageur.ses transgenres et non binaires. « Les publicités doivent [représenter] de vraies personnes de la communauté, et pas seulement deux mannequins posant sur une plage », explique-t-il.

(À lire : LGBTQ+ : voyager signifie-t-il avoir à renier qui l’on est ?)

Jill Cruse est vice-présidente de l’expérience client chez Olivia Travel, un opérateur basé à San Francisco dont la clientèle est majoritairement lesbienne. Elle est heureuse de voir les affinités qui se forment grâce aux voyages de groupe de l’entreprise qui, selon elle, ont encore plus de valeur après deux années de confinements et de distanciations. Selon elle, les voyageur.ses LGBTQ+ ressentent les bienfaits qu’apporte le fait de pouvoir à nouveau se retrouver avec des personnes partageant les mêmes idées. « Cela signifie que vous êtes libre d’être vous-même, et il n’y a vraiment rien de tel que de se sentir accepté.e. »

Les types de voyages recherchés par cette communauté évoluent aussi. Selon Burn, les destinations LGBTQ+ bien établies comme la Thaïlande, la Grande Canarie et Ibiza sont toujours populaires, mais il observe aussi une confiance accrue envers des destinations plus aventureuses. « Nous voyons également de plus en plus de voyageur.ses solo sur le marché ; des hommes gays célibataires qui cherchent à se joindre à une randonnée de groupe épique au Machu Picchu, par exemple », dit-il.

Aussi attrayantes que soient ces destinations, beaucoup sont encore peu accueillantes, voire dangereuses pour les personnes LGBTQ+. La base de suivi des égalités Equaldex recense plus de soixante-dix pays dotés de lois homophobes, dont plusieurs appliquent même la peine capitale pour les pratiques homosexuelles. Mais l’ouverture d’esprit peut être bénéfique, selon Burn. « Il est bon de se rappeler que ces pays ont aussi des citoyens homosexuels. Le tourisme peut montrer aux gens que, finalement, nous ne sommes pas si différents. »

Le fait d’accueillir des voyageur.ses différent.es a porté ses fruits pour certaines destinations. Selon Mayle, Tel Aviv et Rio de Janeiro ont pris conscience non seulement des avantages financiers d’une approche inclusive, mais aussi des avantages plus humains. « Les personnes LGBTQ+ sont, par nature, des personnes accueillantes et ouvertes », explique-t-il. « De plus, nous sommes beaucoup à avoir un grand réseau de personnes partageant les mêmes idées dans notre pays. »

 

S’ENGAGER VÉRITABLEMENT

Les changements législatifs dépendent des gouvernements, et certains représentent un obstacle au secteur du tourisme LGBTQ+. Dans ces cas, les entreprises qui cherchent à faire de la publicité s’adressant directement aux voyageur.ses gays, lesbiennes ou transgenres peuvent rarement le faire ouvertement.

Les îles Seychelles, que l'on peut voir ici, comptent parmi les rares pays d'Afrique à offrir une protection aux personnes LGBTQ+.

Selon Burn, ces destinations, qui acceptent souvent volontiers les réservations des voyageur.ses LGBTQ+, devraient joindre le geste à la parole. « Beaucoup d’entre elles comptent sur l’argent de ces voyageurs, mais font-elles des progrès pour faire changer leurs lois ? » demande-t-il. « Avoir une règle pour les citoyens et une autre pour les visiteurs, ce n’est pas juste. »

Malgré cela, des progrès timides ont été réalisés dans des pays qui, jusqu’à récemment, étaient largement à la traîne en termes d’égalité des droits.

En 2019, la Haute Cour du Botswana s’est prononcée en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité, et des mesures similaires ont été prises aux Seychelles, au Mozambique et à Trinité-et-Tobago depuis quelques années.

Le changement prend du temps, selon Cruise, affirmant que certaines destinations, telles que les Bahamas, hésitaient encore à accueillir une croisière pour lesbiennes au début des années 1990. « Une fois que nous [l’entreprise] sommes arrivés sur le marché, les gens ont appris à nous connaître et ont réalisé que nous n’étions pas différents, et les choses ont commencé à changer. »

Pour Mayle, il n’est pas trop tard pour les entreprises qui cherchent à apporter un changement positif, mais la clé est de le faire avec détermination et authenticité. Tanzella est d’accord, et affirme que les belles paroles ne suffisent plus à convaincre les voyageur.ses que l’industrie se soucie d’eux. « Si vous prétendez apprécier la diversité, mais que les membres de votre conseil d’administration se ressemblent tous, c’est que vous ne faites pas ce qu’il faut. Vous devez croire sincèrement en ce que vous faites. »

Streff affirme que les voyageur.ses d’aujourd’hui sont attentif.ves. Mettre un autocollant arc-en-ciel dans la vitrine n’est pas une mauvaise chose, mais ça ne suffit pas. « La diversité doit aussi se refléter dans les coulisses, pour que les consommateur.trices sachent que c’est authentique », ajoute-t-il.

L’authenticité a fonctionné pour Madrid. Bien sûr, les drapeaux arc-en-ciel et les autocollants ne manquent pas, mais c’est le progrès qui compte le plus : il s’agit de la capitale d’un pays dans lequel le mariage homosexuel a été légalisé en 2005, faisant de lui le troisième pays au monde à le faire, après les Pays-Bas et la Belgique. C’est peut-être la preuve que, si vous montrez au monde que vous faites preuve d’ouverture d’esprit, alors les gens viendront vers vous.

D’autres pays pourraient vouloir en prendre note : après tout, là où les voyageur.ses LGBTQ+ vont, les autres suivent. « C’est ce qui s’est passé à Ibiza, et c’est ce qui se passe désormais à Mykonos : tout à coup, tout le monde veut y aller », explique Burn. La question est donc presque : « où les gays iront-ils ensuite ? ».

 

CINQ VILLES À SUIVRE

Brighton et Hove, au Royaume-Uni

En raison de la pandémie, cela fait presque trois ans que la ville n’a pas pu accueillir d’événements pour les Prides. Mais cet été, la plus grande (et sans doute la meilleure) célébration des Fiertés LGBTQ+ du pays est de retour : un week-end rempli de concerts, de défilés, de fêtes de rue, de cabaret et même d’un spectacle canin composera les célébrations de ce 30e anniversaire (un peu en retard). Du 5 au 7 août.

 

Belgrade, en Serbie

Si les mentalités restent mitigées en Serbie, les lois du pays se sont considérablement améliorées au cours de la dernière décennie. La première ministre Ana Brnabić, ouvertement homosexuelle, a pris ses fonctions en 2016 et, cette année, la ville accueillera l’Europride, le plus grand festival des Fiertés du continent. Par le passé, les événements qui y ont été organisés ont été confrontés à une hostilité intense : il s’agit donc d’un moment décisif pour la communauté LGBTQ+ du pays. Du 12 au 18 septembre.

 

Toronto, au Canada

En décembre, le Canada a suivi des pays comme le Brésil, l’Allemagne et Malte en interdisant la pratique controversée de la thérapie de conversion : un autre signe de la position progressiste du pays en matière d’égalité. La ville multiculturelle de Toronto est le centre névralgique de la scène LGBTQ+ du pays, qui s’animera pendant un mois de célébrations éclectiques des Fiertés en juin.

 

La Valette, à Malte

En 2021, Malte est arrivée en tête du Rainbow Index de ILGA-Europe pour la sixième année consécutive. Le classement, qui a analysé les politiques d’égalité de quarante-neuf pays européens, a révélé que Malte a une longueur d’avance sur bon nombre de ses voisins, ayant récemment mis en place des amendements, dont une nouvelle politique concernant les demandes d’asile de la part de réfugiés LGBTQ+.

 

Sydney, en Australie

La ville cosmopolite australienne sera l’hôte de la World Pride en février 2023. Ce sera la première fois que l’événement se déroulera dans l’hémisphère sud, alors attendez-vous à un programme de dix-sept jours de marches des fiertés, de fêtes sur la plage, de conférences et d’un concert de gala des Premières nations. Du 17 février au 5 mars 2023.

Connor McGovern est rédacteur en chef pour National Geographic (Royaume-Uni). Suivez-le sur Twitter.

Cet article est adapté d'un article publié dans le numéro d'avril 2022 de National Geographic Traveller (Royaume-Uni).

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