Les pingouins vivent en Arctique, les manchots en Antarctique

Qui vit où ? Certaines espèces animales établissent leur lieu de vie près des pôles, mais lequel ?jeudi 5 mars 2020

Avec leurs vastes étendues de glace et leurs longues périodes d'ombre ou de lumière, les régions polaires de notre planète donnent l'impression d'être identiques. Pourtant, un monde les sépare.

Au pied de notre planète, l'Antarctique, un continent recouvert de glace, isolé de notre monde par des océans fourmillant de vie. De l'autre côté, l'Arctique, composé de l'océan éponyme et d'autres étendues d'eau, situé à distance raisonnable des continents densément peuplés que sont l'Europe et l'Amérique du Nord. Autre caractéristique de l'Arctique : sa couverture glaciaire, dont l'étendue varie au fil des saisons.

Ces différences se reflètent dans la faune de chaque région. Certaines espèces, comme les ours polaires, ont évolué pour chasser et se reproduire sur la banquise en perpétuelle mutation de l'Arctique alors que d'autres espèces, pourtant proches l'une de l'autre, ont chacune développé des attributs spécifiquement adaptés au nord ou au sud. C'est notamment le cas des phoques annelés et des phoques de Weddel. La sterne arctique a quant à elle préféré ne pas choisir et vivre périodiquement de part et d'autre de la planète grâce une migration record, la plus longue connue à l'heure actuelle.

Si toutes ces créatures raffolent de nos pôles, le plus dur est de savoir lequel et à ce sujet, les fausses idées sont nombreuses ; voici de quoi rétablir la vérité.

 

LES MANCHOTS NE PEUPLENT PAS L'ARCTIQUE

La première erreur commise est de confondre manchots et pingouins. La seconde est de penser que les manchots vivent en Arctique. En réalité, cette région dénuée de manchots abrite un autre oiseau fascinant, le macareux moine. Cet oiseau coloré possède un plumage noir et blanc associé à des pattes et un bec de couleur orange, rappelant celui du perroquet.

À l'instar des manchots, les macareux sont d'excellents nageurs et de très bons plongeurs dotés de plumes résistantes à l'eau. Cette espèce se reproduit en grandes colonies établies sur le rivage.

Contrairement aux manchots, les macareux peuvent voler et atteindre la vitesse impressionnante de 88 km/h, ce qui leur permet de regagner rapidement leur nid avec du poisson pour nourrir leurs petits. Autrefois, l'Arctique disposait de sa propre espèce d'oiseaux inaptes au vol, le grand pingouin, disparu en 1844 suite à la chasse dont il était victime pour sa viande, ses œufs et son duvet.

 

EN ANTARCTIQUE, LE PLUS GRAND ANIMAL TERRESTRE EST UN INSECTE

Parmi les prédateurs de l'Arctique, une espèce est reine : l'ours polaire. L'aire de répartition de ces ours géants occupe une grande partie de la région et le point le plus au sud de leur habitat naturel est la baie James, située sur la même latitude que la ville de Londres.

La glace est un élément essentiel pour les ours polaires qui l'utilisent comme plateforme de chasse afin d'attraper les phoques remontés en surface pour respirer. « En deux mots, les ours polaires ont évolué de façon à tirer profit de la nourriture la plus riche disponible… les phoques, » déclare Ian Stirling, scientifique émérite au sein du ministère Environnement et Changement climatique Canada et professeur adjoint à l'université d'Alberta.

D'autres prédateurs rôdent sur le territoire arctique, notamment le loup arctique, une sous-espèce du loup gris, et le renard polaire.

De l'autre côté, « il n'y a aucun prédateur terrestre au sud, » indique Andrew Derocher, écologiste à l'université d'Alberta.

L'Antarctique est la région la plus froide, aride et venteuse de la planète et en tant que telle, elle n'est essentiellement qu'un immense désert sans vie. Son plus grand animal terrestre est une espèce d'insectes dépourvus d'ailes appelée Belgica antarctica, chez qui l'adulte vit environ une semaine.

Cette particularité vient du fait que les manchots, très nombreux sur les côtes de l'Antarctique, sont comptabilisés comme animaux côtiers et non terrestres. Ils vivent principalement sur la péninsule Antarctique et aux abords de la mer de Ross.

Voilà qui vient contredire ce que laissent entendre certains médias ou dessins animés : il n'y a pas de manchots au pôle Sud.

 

L'OCÉAN, ALTERNATIVE GLACÉE

Avec un territoire intérieur aussi inhospitalier, c'est dans les eaux glaciales des océans qui entourent l'Antarctique que la faune a trouvé un moyen de subsistance.

« Tout autour de l'Antarctique, l'océan est un royaume fertile à la biodiversité riche. Il y a beaucoup d'espèces et en très grand nombre dans certains endroits, » explique Phil Trathan, directeur du service de biologie de la conservation au British Antarctic Survey.

Les eaux de l'Antarctique grouillent de krills, ces petits crustacés dont se nourrissent des colosses comme la baleine bleue, la baleine à bosse, la baleine de Minke mais également d'autres animaux comme les manchots.

Nous associons souvent les manchots à l'Antarctique, pourtant, seuls les manchots empereurs et les manchots Adélie sont résidents permanents de ce continent. D'autres espèces, comme le manchot à jugulaire, le manchot papou et le gorfou doré se reproduisent sur la péninsule Antarctique ou les îles subantarctiques. Nageurs hors pair, les manchots traquent le krill, le poisson ou le calmar pour se nourrir. Contrairement aux pingouins, les manchots n'ont pas besoin de voler car ils n'ont aucun prédateur en Antarctique.

Toutefois, dans l'océan, les manchots doivent faire face aux léopards des mers, de formidables chasseurs qui se spécialisent dans les proies à sang chaud mais qui, curieusement, se nourrissent également de krill ; ils disposent de « grandes canines pour la prédation des oiseaux ou des mammifères et d'autres dents dont la fonction est de filtrer l'eau pour retenir le krill, » explique Regina Eisert, chercheur spécialiste de l'Antarctique au sein de l'agence néo-zélandaise Kosatka Consulting.

 

LES NARVALS, PEUPLE DU NORD

Surnommés licornes de mers en raison de leur longue dent en spirale, les narvals sont des animaux phare de l'Arctique qui, comme d'autres espèces de cétacés, peuvent être aperçus en train de nager en groupe de dizaines voire de centaines d'animaux.

Le narval est un résident à l'année de l'Arctique ; il passe l'été dans les eaux côtières dénuées de glace. Lorsqu'ils sont bloqués par une couche de glace côtière, ces mammifères marins partent au large dans des eaux plus profondes pour se nourrir sous les blocs de banquise à la dérive. Ils utilisent des fissures ou des trous dans la glace pour prendre leur respiration.

 

LES REQUINS ONT UN FAIBLE POUR L'ARCTIQUE

Les eaux de l'Antarctique sont trop froides pour accueillir des requins mais celles de l'Arctique en comptent environ une demi-douzaine d'espèces. Le requin du Groenland est l'un des plus mystérieux : aucun spécimen vivant n'a été photographié depuis 1995. Ces prédateurs, dont la longévité dépasse aisément les 272 ans, jettent leur dévolu sur des carcasses ou ce qu'ils peuvent attraper : des poissons ou des phoques étourdis, en passant par les carcasses d'ours polaires ou de caribous.

Certains poissons en revanche vivent en Antarctique, comme les bien nommés poissons-antarctiques ou Notothenioidei ; ils produisent leur propre protéine « antigel » qui se fixe aux cristaux de glace dans leur sang afin de les empêcher de geler sur place. Par ailleurs, l'espèce de poisson d'eau froide Chaenocephalus acteratus, également appelée grande-gueule antarctique ou poisson-crocodile, est connue pour être la seule espèce de vertébrés qui ne possède pas de globules rouges ; leur sang leur donne une apparence fantomatique.

 

LES ORQUES, ANIMAUX « BIPOLAIRES »

Les orques, ou épaulards, évoluent dans de nombreux océans à travers le monde, notamment ceux qui entourent l'Arctique et l'Antarctique. Environ 70 000 orques vivent dans les eaux australes où ils se spécialisent dans divers types d'alimentation. Ainsi, comme nous l'explique Eisert, les orques de Type A optent pour les baleines et les éléphants de mer, quand ceux de Type B préfèrent les phoques et les manchots. Les orques de Type C eux, se tournent plutôt vers le poisson.

Eisert a déjà aperçu des orques de Type C nager sur plus d'un kilomètre et demi sous une couche de glace, un comportement à haut risque pour ces animaux qui respirent à l'air libre. Ces orques semblent « avoir un sens de l'orientation exceptionnel pour trouver leur chemin sous la glace, » ajoute-t-elle.

Les manchots papous d'Antarctique

EN ANTARCTIQUE, LES PHOQUES ONT LA BELLE VIE

Les deux régions polaires possèdent un grand nombre d'espèces de phoques qui se reproduisent sur la banquise côtière, la glace de mer qui reste accrochée à la côte.

Sans aucun prédateur pour les déranger, les phoques de l'Antarctique sont prospères, ce qui explique pourquoi ils représentent la moitié des pinnipèdes de la planète. À l'inverse, en Arctique, les phoques ont tout à fait conscience de leur place dans la chaîne alimentaire : un cran en dessous des prédateurs terrestres comme l'ours polaire, les renards, les loups et, bien entendu, l'Homme.

Stirling a voulu comparer le mode de vie des phoques de Weddell qui évoluent en Antarctique à celui de leurs homologues en Arctique, les phoques annelés. « La différence la plus frappante est qu'il est facile de s'approcher d'un phoque affalé sur la glace en Antarctique car ils n'ont aucune raison de se méfier d'éventuels prédateurs » explique-t-il. En Arctique par contre, il est impossible de s'approcher à moins d'une centaine de mètres d'un phoque annelé sans qu'il prenne la fuite.

Par ailleurs, les phoques de Weddell donnent naissance à leurs blanchons directement sur la glace alors que les phoques annelés prennent légèrement plus de précautions en les cachant dans une tanière recouverte de glace.

D'UN PÔLE À UN AUTRE

Les sternes arctiques ne plaisantent pas avec la migration ; elles parcourent chaque année près de 70 000 km pour voyager du Groenland, où elles se reproduisent, à l'Antarctique, et vice-versa.

Personne ne sait pourquoi les sternes parcourent autant de kilomètres, mais une chose est sûre, ce sont des professionnelles du voyage. Au cours de leur vie, longue d'environ 30 ans, un seul spécimen peut facilement parcourir plus de 2,5 millions de kilomètres, soit trois allers-retours entre la Terre et la Lune.

Voici ce que l'on peut appeler de l'endurance.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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