Le cannibalisme chez les animaux est plus courant que ce l’on pense

De nombreux animaux ingèrent leurs parents, leurs frères et sœurs, ainsi que leur propre progéniture pour diverses raisons.

De Liz Langley
Publication 11 janv. 2023, 17:26 CET
Des têtards de grenouille rousse se repaissent d'un autre têtard. Ce comportement est courant quand la ...

Des têtards de grenouille rousse se repaissent d'un autre têtard. Ce comportement est courant quand la nourriture vient à manquer. 

PHOTOGRAPHIE DE Georgette Douwma, Nature Picture Library

Le cannibalisme a mauvaise réputation. Pourtant, plus les scientifiques se penchent sur le sujet, plus ils découvrent que ce comportement fait partie intégrante de la nature.

Le fait de manger un représentant de sa propre espèce est « extrêmement répandu dans le règne animal », explique le biologiste Bill Schutt, auteur de Cannibalism: A Perfectly Natural History et professeur émérite en biologie à l’Université de Long Island. Ce comportement est le plus souvent observé chez les invertébrés et les poissons explique-t-il, mais existe dans chaque grand groupe animal.

« Pendant longtemps, la croyance conventionnelle parmi les écologistes était que le cannibalisme était un comportement aberrant », conséquence du stress de la captivité ou de conditions de vie artificielles en laboratoire, souligne Jay Rosenheim, entomologiste et nématologiste à l’Université de Californie à Davis, aux États-Unis.

« Ça ne fait que quelques décennies que nous considérons le cannibalisme comme une stratégie adaptative servant à la survie et à la reproduction. »

 

DES PARENTS INDIFFÉRENTS

De nombreuses espèces mangent leurs petits, généralement quand ils sont malades, difformes, ou nés dans des conditions où la mère ne peut produire de lait ou satisfaire leurs besoins en nourriture. Si un bébé meurt ou est incapable de survivre, son corps peut constituer une importante source de nutriments pour le parent. C’est ce que l’on appelle le cannibalisme filial.

Les espèces qui adoptent ce comportement sont le léopard, le lion d’Afrique, le macaque de Tonkean ainsi que de nombreuses espèces de poissons.

Ce type de cannibalisme peut avoir lieu encore plus tôt, alors que les œufs n’ont pas encore éclos. Manger ses propres œufs est simple, nourrissant et ne requiert que peu d'efforts. 

« Si vous êtes une morue et que vous pondez cinq millions d’œufs, vous aurez juste là sous vous yeux une source de nourriture non-menaçante et nutritive », explique Schutt.

Chez les Astatotilapia burtoni, espèce de poisson de la famille des Cichlidés endémique d’Afrique centrale, les femelles gardent leurs œufs dans la bouche. À la surprise générale, une récente étude a démontré qu’il arrivait à ces mères d’ingérer plus des trois quarts de leurs propres œufs et bébés.

 

RIVALITÉ FRATERNELLE

Chez d’autres espèces, les males tuent les petits dont ils ne sont pas le père : on parle d’infanticide. Chez l’écureuil roux américain, par exemple, les mâles tuent et mangent les petits qui ne sont pas les leurs ou dont la paternité est incertaine, ce qui a pour effet de provoquer le retour des chaleurs de la femelle, qui devient vite prête à s’accoupler de nouveau. Le mâle peut ensuite faire en sorte qu’elle ne s’accouple pas avec des concurrents, s’assurant ainsi que les petits seront bien les siens. Des cas d’infanticide ont également été observés chez les lions et les chimpanzés.

Chez d’autres espèces, les frères et sœurs s’entretuent pour avoir une chance de vivre. L’on sait par exemple que les crapauds pondent leurs œufs dans des étangs, lesquels s’assèchent rapidement. Pour contrer cela, certains têtards développent de plus grosses têtes, des bouches plus larges et des dents plus pointues que leurs frères et sœurs omnivores. Ces cannibales métamorphosés mangent ensuite leurs semblables, ce qui les aide à atteindre plus vite la maturité.

La surpopulation semble être l’élément déclencheur de ce comportement cannibale, affirme Rosenheim.

« Lorsqu’il y a une faible densité de population, il y a assez de nourriture, les individus ne se marchent pas dessus, ils ont leur propre espace et les maladies se transmettent plus difficilement : on observe peu d’actes de cannibalisme dans ce cas-là. »

Cependant, certaines espèces n’attendent pas de naître avant de commencer à manger leurs frères et sœurs.

Les requins femelles portent des centaines d'œufs dans leurs deux utérus. Elles s’accouplent avec plusieurs mâles et portent une progéniture issue de pères différents. Dans le ventre maternel, les embryons de requins mangent les œufs non fécondés restants pour ensuite s’attaquer aux autres embryons, un comportement que l’on appelle cannibalisme intra-utérin. Il ne doit rester que deux bébés requins, un dans chaque utérus.

C’est ce qui en fait, en d’autres termes, des chasseurs nés.

 

MOURIR POUR SURVIVRE

Les araignées pratiquent une autre forme de cannibalisme : la matriphagie, où les nouveau-nés mangent leur mère.

Dans un dernier élan maternel, les mères araignées de la famille des Eresidae dissolvent leurs propres organes et les vomissent afin qu’il servent de pitance à leur progéniture, qui finira par se régaler de leur corps entier.

Les derniers organes à se liquéfier sont le cœur et les ovaires : un garde-fou lui permettant de s'accoupler et de se liquéfier à nouveau dans le cas où un mâle araignée mangerait la progéniture a qui est destiné ce sacrifice.

De nombreux géniteurs d'insectes et d'arachnides ne verront jamais leur progéniture. Dans un acte de cannibalisme sexuel, les femelles consomment tout ou partie de leur partenaire pendant ou après l’accouplement.

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    Les veuves noires à dos rouge mâles sont souvent dévorées par les femelles, plus grosses et plus matures. Certains se contorsionnent même de sorte à s’empaler sur les crocs de la femelle : le mâle sert alors non seulement de repas sain pour la mère en devenir, mais augmente aussi les chances de survie de la progéniture qu’il aura engendrée.  

    Les femelles crickets de l’espèce Cyphoderris strepitans, ne sont pas moins voraces : elles mordent les ailes postérieures des mâles lors de l’accouplement et boivent leur sang riche en nutriments que l’on appelle hémolymphe. Ceci a pour objectif d’empêcher que le mâle ne s’accouple avec une autre femelle.

    La célèbre mante religieuse arrache la tête du mâle avant même le début de l’accouplement. Ce à quoi les mâles se sont adaptés : même décapité, un mâle peut féconder une femelle car ses mouvements sexuels sont contrôlés par des tissus situés dans l’abdomen. Le sacrifice du mâle contribue à la bonne santé de la femelle et de leur progéniture.

    Pour de nombreux animaux, le cannibalisme a des avantages. Rosenheim souligne cependant qu’il comporte des inconvénients, comme le fait de répendre des maladies. Quant au fait de manger ses congénères, ce n’est pas non plus la meilleure façon de faire perdurer l’espèce.

    « Tout compte fait, mieux vaut peut-être éviter le cannibalisme », conclut-il.

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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