Comment les drones ont révolutionné l'étude des requins

Les images aériennes peuvent permettre de détecter la présence de requins près de plages en temps réel, mais aussi d'observer le comportement de ces prédateurs marins souvent perçus à tort comme une menace pour les humains.

De Melanie Haiken
Publication 11 juil. 2022, 17:31 CEST
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Des requins bordés se regroupent dans les eaux chaudes et peu profondes au large de Miami sur cette photographie prise par un drone.

PHOTOGRAPHIE DE Sydney Petersen, National Geographic

Chaque été, des milliers de personnes affluent sur les plages de surf de Californie et d’Australie, désireuses de dompter l’une des vagues mythiques du Pacifique. Mais ils ne se rendent probablement pas compte qu’ils partagent l’eau avec un nombre de plus en plus important de grands requins blancs qui se rassemblent au large.

Ce phénomène a été confirmé grâce à la technologie des drones, qui transforme la recherche sur les requins en permettant aux scientifiques d’avoir une vue d’ensemble des animaux qui peuplent les côtes du monde entier.

Les observations par drones sont souvent plus efficaces que les techniques de recherche terrestres pour étudier les mouvements des requins, leurs habitudes alimentaires, leurs relations sociales et leurs réactions face à la présence d’humains dans leur habitat.

(À lire : Loin d’être solitaires, les requins entretiennent des amitiés pendant des années.)

« Lorsque nous avons commencé, nous ne savions même pas si les drones pouvaient être utilisés pour réaliser des études de ce type, mais en quelques années, ils sont devenus un outil essentiel », explique Paul Butcher, spécialiste des requins pour l’État australien de Nouvelle-Galles du Sud et auteur principal d’une étude sur la « révolution des drones » dans la science des requins.

Butcher et son équipe dirigent un programme de surveillance par drones qui a été lancé en 2021. « Nous avons maintenant des drones qui survolent les cinquante-et-une plages de surf d’Australie pendant les week-ends et les vacances scolaires de la saison estivale », et les dispositifs repèrent régulièrement des espèces comme le requin-marteau, le requin nourrice, le requin-bouledogue, le requin mako et le grand requin blanc au large de la Nouvelle-Galles du Sud, y compris sur la célèbre plage de Bondi à Sydney.

En Californie, les observations par drones montrent que les grands requins blancs, attirés par de la nourriture abondante et des eaux réchauffées par le changement climatique, se rassemblent le long du littoral en nombre croissant, selon Chris Lowe, directeur du Shark Lab de l’Université d’État de Californie à Long Beach. En 2020, le Shark Lab a marqué trente-huit requins blancs, soit trois fois plus que l’année précédente.

Ces prédateurs, classés comme « vulnérables » à l’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature, ont connu une rebond ces dernières années sous la protection d’un moratoire sur la pêche imposé par l’État.

« Ce qui est génial avec les drones, c’est qu’ils nous offrent cette magnifique perspective aérienne de ce que font les requins individuels en temps réel », raconte Lowe. « Les gens ne savent pas que tout ça se produit, ils ne peuvent pas voir ce requin [de 2,5 mètres de long] nager juste en dessous d’eux. Mais nous pouvons voir ces requins interagir avec ces personnes quotidiennement. »

Selon les experts, la photographie aérienne des requins au large de Miami peut contribuer à renforcer la sécurité publique.

PHOTOGRAPHIE DE Sydney Petersen, National Geographic

C’est aussi pour cette raison que les drones sont si essentiels à la sécurité publique. Plusieurs gouvernements locaux en Australie et en Californie déploient régulièrement des drones au-dessus des plages pendant l’été pour suivre l’activité des requins, ce qui leur permet de décider rapidement s’il faut avertir les baigneurs ou s’il faut, plus rarement, fermer une plage.

L’utilisation de drones pour surveiller les plages est si importante que l’État de Californie a récemment alloué 3,75 millions de dollars (soit plus de 3,72 millions d’euros) au Shark Lab afin de surveiller le nombre de requins et d’en apprendre davantage sur la façon d’aider les plagistes à interagir avec cette population croissante en toute sécurité, ajoute Lowe.

Les incidents liés aux requins, c’est-à-dire tout moment où un requin s’approche et touche une personne ou une planche de surf dans l’eau, sont rares : seulement 202 cas ont été enregistrés en Californie depuis 1950, selon le département de la pêche et de la faune de l’État. De plus, lorsque le nombre de baigneurs sur les plages a augmenté en même temps que la population californienne, les incidents liés aux requins n’ont pas augmenté proportionnellement.

 

UNE NOUVELLE VISION DES REQUINS

Les observations par drones ont également permis de faire de nouvelles découvertes scientifiques sur les grands prédateurs de l’océan.

Les drones du Shark Lab, par exemple, ont montré que la grande majorité des requins blancs qui se rassemblent au large de la Californie du Sud sont des jeunes qui ne mesurent pas plus de 3 mètres de long.

« Les requins juvéniles sont trop petits pour maintenir efficacement leur chaleur, c’est pourquoi on les voit plus près des côtes », explique Emily Spurgeon, étudiante travaillant pour le Shark Lab. « Ce sont tout de même des animaux massifs, mais ce ne sont que des bébés qui viennent sur le rivage pour se réchauffer, se mettre en sécurité et trouver de la nourriture. »

Un paddleboarder suit un grand requin blanc juvénile au large de Santa Barbara. Les grands requins blancs sont plus nombreux en Californie en raison du réchauffement des eaux dû au changement climatique.

PHOTOGRAPHIE DE Kyle McBurnie, National Geographic

Dans le parc national marin de Cabo Pulmo, en Basse-Californie, les chercheurs ont utilisé des images de drone pour distinguer les requins-citrons, les requins-bouledogues et les requins nourrices du Pacifique entassés dans les eaux peu profondes, une expérience qui a démontré que les images de drone sont suffisamment précises pour identifier des espèces.

Les drones ont également permis aux scientifiques des Seychelles de surveiller discrètement des requins-tigres, des requins-bouledogues et des requins-nourrices fauves qui dévoraient une carcasse de cachalot. Ils ont ainsi découvert avec surprise que les trois espèces de requins mangeaient en même temps, dans une paix relative, sans se battre pour établir une hiérarchie.

 

DES PROGRÈS TECHNOLOGIQUES SIGNIFICATIFS

Avec le progrès et la sophistication des drones et de leurs caméras vidéo dans les années à venir, les scientifiques espèrent en apprendre encore plus sur le comportement des requins.

L’automatisation permet déjà aux drones de voler par tous les temps, sans qu’un pilote humain n’ait besoin de les contrôler. De plus, les systèmes d’intelligence artificielle (IA) peuvent scanner les images aériennes en temps réel pour détecter les requins et identifier les espèces, fournissant ainsi des alertes instantanées aux visiteurs des plages.

Des entreprises technologiques telles que Fujitsu et Salesforce s’associent à des chercheurs, dans le cadre de collaborations connues sous les noms de Sci-eye et Sharkeye, pour développer des algorithmes capables d’identifier en temps réel de nombreuses espèces de requins dans des conditions climatiques et océaniques très différentes.

COMPRENDRE : Les requins

Si les systèmes d’observation par drones sont déployés dans le but de protéger les humains, ils jouent également un rôle essentiel pour aider les requins. Par exemple, Butcher explique que les drones offrent une alternative sans cruauté aux filets anti-requins, que les autorités australiennes utilisent depuis les années 1950 dans le but d’empêcher les requins de trop s’approcher des plages.

Ces grands filets, installés à environ 450 mètres du rivage, peuvent piéger et blesser les requins plus petits, ainsi que des dauphins et d’autres animaux, y compris des espèces menacées.

« Auparavant, les gens disaient simplement : "Débarrassons-nous de ces animaux" », rappelle Butcher. « Aujourd’hui, ils veulent toujours qu’on les protège, mais ils veulent des programmes qui n’ont pas d’effets négatifs » envers les requins.

 

PARTAGER UN HABITAT IMPORTANT

Spurgeon et Butcher espèrent également que leurs recherches pourront dissiper certaines idées reçues sur les requins, qui nagent dans les océans de la Terre depuis 400 millions d’années.

« Le plus grand mythe que nous avons découvert au cours de nos recherches actuelles est que tout le monde pense qu’il y a des requins au large de leurs plages », explique Butcher.

« Mais ce que nous avons démontré, c’est que les requins se déplacent sur de grandes distances », parfois plus de 190 kilomètres par jour, continue-t-il. « Donc, si vous voyez un requin au large de votre plage un jour, vous pouvez partir du principe qu’il sera très loin le lendemain. »

En Californie, le programme de surveillance par drones du Shark Lab comprend également des actions de sensibilisation sur les plages, notamment pour rappeler au public que les requins ne représentent pas nécessairement une menace pour les humains s’ils sont surveillés de près.

« Les gens entendent parler de requins près du rivage et ils pensent qu’ils sont venus pour eux, mais tout ce qu’ils cherchent en réalité, ce sont des raies », explique Spurgeon. « Et ils sont très facilement effrayés, nous avons des images d’un requin qui prend peur en voyant un morceau de varech. »

En fin de compte, selon lui, « tous nos efforts visent à la fois à protéger le public et à faire prendre conscience que nous partageons un habitat important avec ces bébés requins blancs ».

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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