Comment les prédateurs font-ils pour déjouer les techniques de défense de leurs proies ?

Venin, épines, ventouses, dards… Pour certaines espèces particulièrement malignes, les techniques de défense de leurs proies ne sont pas un réel obstacle.

De Jason Bittel
Publication 16 mai 2022, 16:58 CEST
Western_banded_gecko

Les geckos à bandes (Coleonyx variegatus) ont une stratégie très spécifique pour tuer les scorpions venimeux.

PHOTOGRAPHIE DE Joël Sartore, National Geographic Photo Ark

Lorsqu’un gecko à bandes (Coleonyx variegatus) veut manger un criquet ou un ver sans défense, il n’a qu’à l’engloutir.

« Pas très passionnant », commente Malachi Whitford, écologiste au Clovis Community College, en Californie.

Mais si ce même gecko s’attaque à une proie plus dangereuse, comme un scorpion des dunes (Smeringurus mesaensis), sa stratégie est bien différente. Il contorsionne son corps comme s’il créait une tension élastique avant de s’élancer vers l’arachnide. Puis, dès qu’il le mord et l’attrape entre ses dents, le lézard se met à s’agiter violemment comme un spectateur tombé dans une fosse aux lions.

« En l’observant à l’œil nu, on dirait presque que le gecko a une sorte de problème médical », explique Whitford, qui a dirigé une étude décrivant ce nouveau comportement dans le Biological Journal of the Linnean Society. « C’est tellement rapide et violent. »

Pour enquêter de plus près, Whitford et ses collègues ont capturé plusieurs geckos et scorpions sauvages et ont filmé les attaques des reptiles en laboratoire avec une caméra à haute vitesse. D’après les images, l’agitation du gecko pourrait être une tentative de briser le délicat dard des scorpions, ou de les empêcher de sécréter trop de venin. Il est également possible que les geckos essaient tout simplement de tuer les scorpions.

(À lire : Les araignées sauteuses dévorent des reptiles trois fois plus gros qu’elles.)

L'impressionnante attaque d'une vipère des sables en images

Quoi qu’il en soit, les geckos ont adopté un comportement qui leur permet de dévorer une source très dangereuse de nourriture, explique Whitford.

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de la façon dont les prédateurs parviennent parfois à déjouer les défenses les plus redoutables de leurs proies potentielles.

 

LES RAPACES CONTRE LES GUÊPES

S’attaquer à un seul arachnide piquant n’est pas pour les âmes sensibles. Mais s’attaquer à une colonie de centaines ou de milliers d’insectes aériens venimeux, c’est encore plus dangereux.

Les caracaras à gorge rouge sont des rapaces sociaux de taille moyenne qui travaillent ensemble dans les forêts de plaine d’Amérique centrale et du Sud pour attaquer les guêpes de nombreuses espèces différentes. Ils poursuivent souvent celles de la tribu des Epiponini, qui comprend celles que l’on appelle les guêpes guerrières.

Tout d’abord, les oiseaux se relaient pour bombarder en piqué les nids de guêpes, dont la taille peut varier de celle du pamplemousse à celle d’une pastèque. Avec chaque assaut vient le risque de piqûres douloureuses, mais les caracaras finissent par faire tomber la structure sur le sol de la forêt. Les oiseaux dévorent alors les larves de guêpes, riches en protéines, tandis que les guêpes adultes s’enfuient.

« Les caracaras à gorge rouge exploitent ce que l’on appelle la réaction de fuite », explique Sean McCann, spécialiste indépendant en histoire naturelle de Vancouver (Colombie-Britannique), qui étudie le comportement animal. « C’est quand les guêpes abandonnent leur nid face à un ennemi imbattable. »

Ces petites seiches ont un système d'attaque étonnant et redoutablement efficace

Les escadrons d’attaque de caracaras sont si efficaces pour paralyser et dévorer les nids de guêpes que l’on pensait que les oiseaux utilisaient une forme de produit chimique répulsif contre leurs cibles. Mais les recherches de McCann ont réfuté cette théorie. Bien que les oiseaux subissent des piqûres, leur technique qui consiste à attaquer et à fuir semble limiter les dégâts.

 

RETOURNER L’ENNEMI

Lorsque le pékan, un cousin de la belette, veut manger un porc-épic d’Amérique du Nord, il tourne en rond autour de la créature piquante, et se précipite sur elle à plusieurs reprises pour lui mordre les yeux et le nez. Au bout d’un moment, le porc-épic est désorienté, et son prédateur peut le retourner et déchirer sa partie inférieure, douce et non piquante.

Retourner les créatures qui ont des défenses solides est une stratégie commune qui a évolué de manière indépendante chez de nombreux animaux. Par exemple, le baliste titan des océans Indien et Pacifique effectue une manœuvre similaire pour atteindre la partie charnue des oursins. Les loutres de mer aiment aussi manger des oursins, mais elles résolvent le problème en frappant ces échinodermes avec des pierres jusqu’à ce que leur coquille se fissure.

Les grands dauphins Tursiops utilisent également une combinaison de muscles et de réflexion pour s’attaquer aux pieuvres maories, des adversaires rusés qui peuvent tuer les dauphins en étouffant leurs évents et, dans un cas notable, en s’accrochant au larynx du dauphin, provoquant l’asphyxie.

(À lire : Les dauphins s’entraident et utilisent des outils pour se nourrir.)

La clé est de rendre la pieuvre hors d’état de nuire avant d’essayer de la manger. Les dauphins y parviennent en frappant les céphalopodes contre la surface de l’eau et en les jetant en l’air. Cette méthode provoque des traumatismes majeurs, et peut même arracher leurs dangereux membres.

 

L’ŒSOPHAGE ARMÉ DE LA TORTUE LUTH

La tortue luth n’a nul besoin de mouvements sophistiqués. Lorsqu’elle veut avaler une méduse venimeuse (sa préférée est la méduse à crinière de lion), elle a l’avantage d’avoir un œsophage de deux mètres de long, explique Kara Dodge, spécialiste des tortues marines au New England Aquarium, dans le Massachusetts.

Chaque centimètre de la surface de son œsophage est recouvert de longues protubérances pointues, ou papilles, chacune dotée d’une pointe dure qui permet à la tortue d’entraîner les proies gélatineuses jusqu’à son estomac, en les écrasant au passage.

« C’est une sorte de tapis roulant épineux pour les méduses », explique Dodge. « Et cela permet à ces tortues de se nourrir en permanence. Nous les avons filmées manger plus de 120 méduses en deux heures. »

On ignore si les tortues ont une certaine immunité contre le venin des méduses, comme les couleuvres qui mangent des tritons venimeux, les opossums qui se nourrissent de serpents à sonnettes et les souris Onychomys qui attaquent les scorpions Centruroides.

« Certains ont émis l’hypothèse qu’un mécanisme pourrait permettre aux tortues de neutraliser le venin lorsqu’elles mangent des méduses, mais personne n’a jamais vraiment compris quel pourrait être ce mécanisme », ajoute Dodge.

Quel qu’il soit, il fonctionne : la tortue luth est la seule tortue dont le régime alimentaire se compose exclusivement de cette proie gélatineuse.

 

LE SERPENT MANGEUR DE SERPENTS

On pourrait penser que les serpents venimeux tels que les mocassins d’eau et les crotales des forêts du sud-est des États-Unis n’ont rien à craindre des autres animaux. Mais il existe un autre serpent dans ces bois qui a de quoi les faire ramper.

Il s’agit du serpent indigo (Drymarchon couperi), qui peut atteindre les 2,5 mètres environ à l’âge adulte, et dont les grandes écailles noires sont irisées. Leur régime alimentaire comprend une variété d’animaux : des rongeurs et des oiseaux aux grenouilles et aux tortues. Mais ce que les serpents indigos aiment le plus, c’est manger d’autres serpents, et ils y parviennent sans venin ni constriction.

« Ils ciblent généralement la tête ou le cou des autres serpents, et mâchent leur proie jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment calme pour être avalée », explique Houston Chandler, directrice scientifique de la Orianne Society, établie en Géorgie, baptisée en l’honneur de la fille de son cofondateur Thomas Kaplan. « Comme les serpents indigos sont très grands, ils peuvent facilement dominer les petits serpents, les traînant et les poussant à volonté. »

Des recherches récentes suggèrent que les serpents indigos pourraient également avoir une certaine immunité contre le venin au cas où ils seraient mordus dans la mêlée.

Tout cela montre que toutes les défenses du monde, que ce soit les épines, les ventouses, les armures et même le venin, ne peuvent pas rendre un animal invincible. Tout comme Superman est vulnérable à la kryptonite, l’évolution trouve toujours un moyen d’égaliser les chances.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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