La Namibie vivement critiquée pour la vente d’éléphants sauvages

Critiqué par les membres de la CITES, le gouvernement namibien nie avoir enfreint un quelconque traité de protection de la vie sauvage.

De Dina Fine Maron
Publication 10 mars 2022, 14:18 CET
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La Namibie a capturé des dizaines d’éléphants sauvages, dont la plupart sont destinés à l’exportation. Certains ont été envoyés dans un zoo des Émirats arabes unis, ce qui pourrait enfreindre le traité international qui régule le commerce d’animaux sauvages d’un pays à l’autre.

PHOTOGRAPHIE DE Jonathan Irish, Nat Geo Image Collection

Ce mercredi 9 mars, à l’occasion d’un sommet organisé à Lyon portant sur le traité international qui régule le commerce d’animaux sauvages, de nombreux pays se sont prononcés contre la Namibie en raison de la vente et de l'exportation de vingt-deux éléphants sauvages d’Afrique.

La Namibie estime avoir une population de plus de 24 000 éléphants, et que les captures sont essentielles à la fois pour réduire le nombre de rencontres potentiellement mortelles avec des humains, et pour collecter des fonds pour la conservation et la gestion de la vie sauvage. Selon les données transmises à National Geographic par le gouvernement namibien, trois personnes auraient été tuées par des éléphants en 2021, et de nombreuses cultures auraient été endommagées au cours des dernières années.

Plusieurs pays dont le Royaume-Uni ont soulevé un certain nombre de questions concernant l’exportation des éléphants par le pays, qui semblerait enfreindre la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). En effet, le traité stipule que l’exportation d’éléphants de pays africains tels que le Namibie vers un pays où ces animaux ne vivent pas ou n’ont jamais vécu à l’état sauvage est strictement interdite, à moins qu’il n’y ait un avantage prouvé pour la conservation de l’espèce.

L’année dernière, l’Union internationale pour la conservation de la nature a ajouté les éléphants de savane à la catégorie des espèces En danger, et les éléphants de forêt à celle des espèces En danger critique d’extinction. Les décennies de braconnage pour l’ivoire ont eu un lourd bilan pour cet animal puisque, dans tout le continent africain, seulement 400 000 éléphants vivent encore à l’état sauvage.

En décembre 2020, la Namibie a vendu aux enchères cinquante-sept éléphants sauvages à trois soumissionnaires différents. Quinze spécimens ont été envoyés dans une réserve naturelle namibienne, et tous les autres ont été vendus à des acheteurs étrangers.

Le 15 février, le gouvernement namibien a affirmé à National Geographic qu’il ne pouvait pas dévoiler les détails des destinations des éléphants avant que « le processus soit achevé ». Vingt éléphants doivent encore être exportés pour que le pays s’acquitte de ses dernières obligations.

La Namibie n’a encore ni annoncé, ni confirmé les destinations des éléphants et déclare que la décision de communiquer ou non ces informations reviendra aux acheteurs. Cette semaine, cependant, l’Association mondiale des zoos et aquariums (WAZA) a confirmé dans un communiqué que l’un de ses membres, le zoo Al Ain aux Émirats arabes unis, avait acheté certains de ces éléphants. L’organisation a affirmé dans un e-mail envoyé à National Geographic que : « à l’heure actuelle, nous n’avons pas d’informations concernant le nombre d’éléphants, et s’ils sont ou non arrivés à destination ».

L’avis original de vente aux enchères précisait que les soumissionnaires devaient organiser eux-mêmes les détails logistiques de la capture et de l’exportation des éléphants, y compris des nouveau-nés et juvéniles, et qu’ils devaient s’assurer de ne pas séparer les familles.

 

OÙ CES ÉLÉPHANTS SERONT-ILS EMMENÉS ?

Ce mardi, WAZA a soutenu à National Geographic qu’il était contraire à leur code d’éthique et au bien-être animal de capturer des animaux sauvages « sans que cela soit réellement nécessaire pour des programmes de reproduction pour la conservation, des programmes d’éducation, ou des études biologiques de base ». L’association dit enquêter pour déterminer si une telle situation s’est produite, ce qui, le cas échéant, pourrait entraîner l’expulsion du zoo de la communauté de WAZA.

Aucun représentant du zoo Al Ain, des Émirats arabes unis ou de la CITES n’a répondu à la demande de National Geographic de se prononcer sur le ou les pays de destination. Le gouvernement namibien a refusé de révéler l’identité des acheteurs.

Lors de la session du 9 mars, qui a eu lieu à Lyon, les représentants britanniques de la CITES ont réclamé des « explications complètes » afin de justifier en quoi les exportations de la Namibie pourraient être conformes au traité. Ils ont également demandé à savoir de quelle manière les Émirats arabes unis pourraient prouver que les éléphants achetés ne seront pas utilisés à des fins commerciales, et quels pourraient être les bienfaits de cette exportation pour la conservation de l’espèce.

Le Burkina Faso et le Sénégal ont notamment condamné ces ventes internationales. Le représentant burkinabé a déclaré « déplorer » cette exportation.

Le représentant namibien a répondu souhaiter « souligner que nous avons été très transparents au sujet de cette vente. Nous n’avons rien à cacher. » Il a ajouté que la Namibie n’avait demandé des permis d’exportation pour les éléphants qu’une fois sûre que toutes les exigences des législations nationales et de la CITES étaient respectées.

Le Secrétariat CITES, qui siège à Genève, n’a pris aucune mesure immédiate à l’encontre de la Namibie, et a demandé aux membres de relever toutes les préoccupations qui pourront subvenir sur ce sujet à l’avenir. « Les parties de la CITES ont convenu de mécanismes destinés à gérer tout problème de non-conformité qui verrait un pays enfreindre les règles concernant les échanges commerciaux », a confié un porte-parole de la CITES dans une déclaration à National Geographic. « Toute inquiétude à ce sujet serait portée à l’attention du Comité permanent de la CITES » qui évaluerait le respect global de la convention.

Ce mardi, Romeo Muyunda, porte-parole du ministère namibien de l’Environnement, des Forêts et du Tourisme, a refusé de répondre aux demandes de commentaires de National Geographic mais a confirmé que les éléphants étaient bien arrivés à destination. Le 6 mars, le ministère a révélé dans une déclaration que l’une des éléphantes n’allait pas très bien, mais n’a depuis plus donné de nouvelles sur son état.

Au moins deux éléphants sont nés pendant que les vingt-deux animaux attendaient d’être exportés, mais aucune information n’a été communiquée concernant le bien-être de ces nouveau-nés.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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