L'arche photographique de National Geographic compte désormais 14 000 espèces

Jolie, une pirolle à ventre jaune, a été sauvée de la valise d'un trafiquant d'espèces sauvages. Son histoire est emblématique des menaces qui pèsent sur certains oiseaux chanteurs.

De Christine Dell'Amore
Publication 23 mai 2023, 18:39 CEST
Jolie, qui a été sauvée d'un trafiquant d'espèces sauvages en 2017, vit désormais au Zoo de ...

Jolie, qui a été sauvée d'un trafiquant d'espèces sauvages en 2017, vit désormais au Zoo de Los Angeles.

PHOTOGRAPHIE DE Joël Sartore, National Geographic, Photo Ark

Jolie, la pirolle à ventre jaune (Cissa hypoleuca), est un oiseau chanceux. Six ans après avoir été sauvé du trafic d'espèces sauvages, l'animal aux couleurs éclatantes est désormais une vedette de l'arche photographique de National Geographic.

Le projet, dirigé par Joël Sartore, explorateur et photographe National Geographic, vise à documenter 20 000 espèces vivant dans des zoos et des réserves naturelles du monde entier afin d'attirer l'attention sur les espèces menacées et ce qui les met en péril. Jolie est la 14 000e espèce ajoutée à l'arche ; la 13 000e, annoncée en juillet 2022, était le bécasseau spatule (Calidris pygmaea).

Depuis sa création en 2006, l'arche photographique a inspiré un programme de bourses pour la préservation des espèces sauvages en collaboration avec la Société zoologique de Londres (ZSL), appelé National Geographic Photo Ark EDGE Fellows. Le projet a bénéficié d'un nouvel élan de sensibilisation du public le 19 mai, lors de la Journée mondiale des espèces menacées. À cette occasion, le service postal américain a émis des timbres représentant les animaux de l'arche photographique pour commémorer le cinquantième anniversaire de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction.

Jolie « symbolise l'un des problèmes majeurs de l'Asie du Sud-Est, à savoir le trafic d'espèces sauvages », explique Joël Sartore. « En ce qui concerne les oiseaux, la demande est forte, ce qui conduit à ce que nous appelons les “forêts silencieuses”. Son histoire, étonnante et déchirante, n'a malheureusement rien d’exceptionnel. »

En 2017, les autorités ont sauvé quatre-vingt-treize oiseaux chanteurs asiatiques de la valise d'un trafiquant à l'aéroport international de Los Angeles, dont Jolie, l'un des huit oiseaux qui ont survécu. Elle vit désormais au zoo et aux jardins botaniques de Los Angeles.

En 2022, en Asie du Sud-Est, au moins 37 000 oiseaux chanteurs ont été retirés de leur habitat naturel, la plupart d'entre eux provenant d'Indonésie, selon TRAFFIC, une organisation à but non lucratif qui lutte contre le commerce illégal d’espèces sauvages. Les personnes qui achètent ces dernières en font leurs animaux de compagnie ou les inscrivent à des concours de chant, très populaires dans certaines cultures asiatiques. En conséquence, les pirolles à ventre jaune sont en déclin dans leur aire de répartition sur le continent, en Asie du Sud-Est et en Chine, bien qu'elles ne soient pas menacées d'extinction.

En tant que modèle photo, Jolie s'est montrée « très docile, curieuse et courageuse, elle est entrée dans notre tente de shooting photo sans problème », raconte Joël Sartore.

PHOTOGRAPHIE DE Joël Sartore, National Geographic, Photo Ark

Nicholas Friedman, conservateur du département d'ornithologie au Museum der Natur Hamburg, en Allemagne, constate que les oiseaux du genre Cissa, comme Jolie, font partie des membres de la famille des corvidés (Corvidae) dont le plumage est le plus vivement coloré, attisant ainsi davantage la convoitise. La plupart des Européens et des Nord-Américains connaissent surtout le grand corbeau (Corvus corax) et la corneille noire (Corvus corone).

« De l'évolution découlent des couleurs et formes vraiment incroyables dans le monde entier et il est désolant que notre espèce arrache des animaux de la nature en raison de ces mêmes caractéristiques », déplore Nicholas Friedman par e-mail.

« J'espère que des photos comme celles que Joël Sartore réalise pour National Geographic permettront aux gens d’apprécier les espèces sauvages d'une manière qui ne leur est pas nuisible, via des images ou dans un musée, et non en les capturant illégalement pour en faire des animaux de compagnie. »

 

LES OISEAUX CHANTEURS ONT BESOIN DE NOTRE AIDE

Monitor est une organisation à but non lucratif basée en Colombie-Britannique qui s'efforce de mettre fin au commerce illégal d'espèces moins connues. Selon Chris Shepherd, son directeur exécutif, il est illégal, dans de nombreux pays d'Asie, notamment l'Indonésie, de prélever des oiseaux dans la nature et de les vendre, mais ces lois sont rarement appliquées. Cela s'explique en partie par le fait que trop peu de gens se préoccupent du sort des oiseaux chanteurs, également peu étudiés.

« C'est déjà assez difficile de lever des fonds pour la sauvegarde des éléphants et des tigres, essayons avec la pirolle à ventre jaune », lance-t-il.

L'une des méthodes couramment utilisées par les braconniers consiste à se rendre dans la forêt et à diffuser des enregistrements de chants d'oiseaux. Ils piègent ensuite les oiseaux chanteurs qui sont assez curieux pour répondre en se posant dans de la glu étalée sur les arbres ou dans des filets japonais à mailles très serrées. Les animaux peuvent ensuite se retrouver dans de vastes marchés aux oiseaux. Certains des plus grands d'Indonésie peuvent concentrer jusqu'à 30 000 oiseaux par jour. Beaucoup sont morts ou malades, dans des cages empilées les unes sur les autres, explique Chris Shepherd. Les oiseaux acheminés clandestinement vers des destinations plus lointaines meurent souvent après avoir été entassés dans des boîtes, des valises ou encore des compartiments de stockage de bus ou de voitures. 

Une autre espèce de Cissa, la pirolle à queue courte, est en danger critique d'extinction à cause du commerce illégal. « L'avenir de cette espèce dépend entièrement du succès des efforts de préservation », explique Chris Shepherd.

« Il est plus important que jamais d'arrêter les braconniers, de mettre fin au commerce, de fermer les marchés et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour inverser le déclin » des oiseaux chanteurs, poursuit-il.

Pour ce faire, il est essentiel de changer la manière dont la société perçoit le trafic d’espèces sauvages. « Il devrait être socialement inacceptable de participer au commerce illégal d'oiseaux et [ceux qui le font] ne devraient pas être les bienvenus dans les concours de chant », déclare-t-il.

Il existe des lueurs d'espoir, comme les groupes de préservation indonésiens qui tentent de protéger les oiseaux indigènes du pays. Le Cikananga Wildlife Centre, un centre de sauvegarde situé en Java occidental, en Indonésie, élève la pirolle à queue courte afin d'assurer une population captive au cas où ces oiseaux sauvages disparaîtraient.

 

« LE VÉRITABLE CHANGEMENT EST GÉNÉRATIONNEL »

Alors qu'il poursuit sa quête, Joël Sartore reste optimiste. Les jeunes qu'il a rencontrés et qui connaissent l'arche photographique, ainsi que la nécessité de sauvegarder les espèces, l’encouragent particulièrement.

« J'ai adopté la philosophie selon laquelle tout ce que nous pouvons faire, c'est essayer et espérer que le public y réponde toujours plus favorablement », déclare Joël Sartore.

« Il semble que les gens soient de plus en plus conscients du changement climatique et de la perte d'habitat, mais le véritable changement est générationnel, pour le meilleur, je l’espère. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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