Pourquoi certains animaux muent-ils ?

De nombreux animaux, tels que les coccinelles ou les serpents, doivent changer de peau pour permettre à leur corps de grandir. Mais le processus de mue peut également présenter d'autres avantages.

De Liz Langley
Publication 2 mai 2022, 16:37 CEST
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De nombreux insectes, tels que Genus Scudderia (ci-dessus), doivent muer dans le cadre de leur croissance.

PHOTOGRAPHIE DE George Grall, Nat Geo Image Collection

Quand on a une peau trop solide, il n’y a qu’une seule solution pour grandir : la mue.

Les arthropodes, le groupe le plus abondant d’animaux sur Terre, possèdent tous une enveloppe extérieure dure, un exosquelette, qui les protège des prédateurs et soutient leur corps. De la carapace d’un crabe au dos brillant d’une coccinelle, les exosquelettes se présentent sous de nombreuses formes et tailles, mais la plupart sont constitués de la même matière fibreuse : la chitine.

Lorsqu’un jeune arthropode est prêt à grandir, des hormones déclenchent la mue de sa peau, un processus également appelé « ecdysis ». La couche externe de l’exosquelette, la cuticule, et la couche inférieure, l’épiderme, commencent à former une nouvelle cuticule de remplacement. L’animal aspire alors une grande quantité d’air, ce qui déplace du fluide dans tout son corps afin de créer une suture, une zone affaiblie de l’exosquelette.

Les cafards, par exemple, « se fendent en plein milieu du dos » et « sortent en vingt minutes ou moins », explique Andrine Shufran, entomologiste à l’université d’État de l’Oklahoma.

De nombreux insectes (ici, une coccinelle orange) sont vulnérables aux prédateurs jusqu'à ce que leur exosquelette durcisse après la mue.

Les crustacés aquatiques tels que les crabes absorbent de l’eau, ce qui exerce une pression sur la couture qui entoure leur corps, et leur permet de sortir de leur ancienne carapace, comme des lettres sortant d’une enveloppe bien ajustée.

Comme les crustacés muent en un seul morceau, « vous pouvez par exemple trouver de parfaites petites peaux vides de crabes et de limules de toutes tailles éparpillées le long d’une plage », explique Christine Simon, biologiste évolutionniste à l’université du Connecticut, dans un e-mail.

Les arachnides, tels que les tarentules et les scorpions, sont quant à eux moins flexibles, donc « ils sortent leur tête, puis utilisent ce trou pour sortir le reste de leur corps », explique Shufran.

 

LE BON MOMENT POUR MUER

Ce n’est que dans les vieux dessins animés que les tortues sortent de leur carapace. Dans la réalité, la carapace d’une tortue fait partie de son squelette et se compose « d’environ cinquante os disposés comme un dessin géométrique complexe », explique Jeffrey E. Lovich, chercheur en écologie à l’Institut d’études géologiques des États-Unis.

Au-dessus de cette carapace osseuse se trouvent des scutelles, des plaques de kératine. Les tortues se débarrassent de leurs scutelles comme elles le feraient d’une peau, ce qui peut les aider à se débarrasser de l’accumulation d’algues sur leur carapace, ou permettre à celle-ci de grossir, explique Lovich.

Cependant, toutes les espèces de tortues ne muent pas, et le moment où elles le font peut également varier, explique Whit Gibbons, écologiste et professeur émérite à l’université de Géorgie qui, avec Lovich, a coécrit l’ouvrage Turtles of the World: A Guide to Every Family.

Par exemple, les tortues peintes perdent leurs scutelles en l’espace d’une semaine, alors que les tortues de Floride peuvent perdre leurs scutelles sur une année entière, explique Gibbons.

Lorsqu’un lézard est prêt à muer, sa couleur est souvent terne, ses yeux sont troubles et il commence à se tortiller. Pour faire la première déchirure dans sa peau, le reptile se frotte contre une pierre ou une autre surface texturée. Ainsi, le lézard fini par sortir, laissant derrière lui une peau morte qui ressemble souvent à un bas de nylon, explique Lovich.

Bien que la peau rejetée soit incolore, il est toujours possible de reconnaître une espèce de serpent ou de lézard en regardant ses motifs, explique Gibbons.

Il est possible d'identifier une espèce de serpent par la peau qu'il laisse derrière lui après la mue (ici, une peau de couleuvre d'Esculape).

« C’est comme une copie en noir et blanc », dit Gibbons. Le serpent roi écarlate, par exemple, arbore des bandes rouges, jaunes et noires voyantes qui, sur sa mue, apparaissent dans différentes teintes de gris. D’autres facteurs, tels que la taille ou le type d’écailles d’une mue, peuvent révéler de quelle espèce le serpent provient.

La mue peut même indiquer l’emplacement de son ancien propriétaire. Regardez la queue, dit Gibbons : « elle indique la direction dans laquelle le serpent est allé ».

 

LES AUTRES BIENFAITS DE LA MUE

Le processus de mue permet également aux animaux de se débarrasser des ectoparasites, des organismes qui vivent sur la peau de leur hôte. Par exemple, lorsque certains geckos australiens quittent leur peau, ils se débarrassent également de mites potentiellement dangereuses.

Certains lézards et grenouilles mangent quant à eux la peau qu’ils perdent, c'est ce que l’on appelle la dermatophagie. Les insectes, tels que les blattes souffleuses de Madagascar, se nourrissent également de leurs anciens exosquelettes.

« C’est efficace pour cacher toute preuve qu’ils sont dans les parages », explique Shufran, « mais c’est aussi un moyen de garder toute l’énergie déjà investie dans leur vie précédente ».

Après la mue, la nouvelle peau de l’animal peut prendre entre moins d’une demi-heure et plusieurs heures pour durcir, période pendant laquelle il est vulnérable aux blessures ou à la prédation. Les homards américains femelles se rendent dans le terrier d’un mâle, muent, puis s’accouplent avec le mâle, qui les protège ensuite pendant plusieurs jours.

C’est ce qui arrive quand on sort de sa coquille.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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