One Planet Polar Summit : les annonces de la France pour les régions polaires

Lors du récent One Planet Polar Summit, Emmanuel Macron s'est engagé à investir un milliard d'euros dans la stratégie polaire de la France en Arctique et en Antarctique, notamment dans la recherche polaire et la protection des régions polaires françaises.

De Romy Roynard
Publication 24 nov. 2023, 11:22 CET
Des manchots Adélie marchent sur l'île de Dundee dans la mer de Weddell, juste à l'est ...

Des manchots Adélie marchent sur l'île de Dundee dans la mer de Weddell, juste à l'est de la péninsule antarctique. L'ouest de l'Antarctique se réchauffe plus rapidement que le reste du continent, et les populations de manchots Adélie y luttent pour leur survie. En revanche, les populations et les conditions environnementales sont restées stables dans la mer de Weddell, ce qui en fait un refuge climatique.

PHOTOGRAPHIE DE Jasper Doest, Nat Geo Image Collection

Les régions polaires sont aux avants-postes du changement climatique. Des fjords qui fondent, des avalanches qui se multiplient, une faune en péril... Les fragiles écosystèmes des pôles sont les régions qui se réchauffent le plus vite. Les avalanches se multiplient et le pergélisol inondé de pluie recouvre la végétation dont la faune doit se nourrir pour survivre.

Comme le rapportait Stefano Unterthiner dans un récent reportage au Svalbard pour National Geographic, les scientifiques craignent que la région ne « change si rapidement que la plupart des espèces - parce qu'elles sont adaptées à cet environnement - ne puissent pas évoluer assez rapidement [pour survivre] ».

Pendant plus de 100 000 ans, l'océan Arctique était recouvert de glace, au point que l'idée même de naviguer dans cette région a longtemps semblé impossible. Bertie Gregory, documentariste pour National Geographic, s'est rendu à plusieurs reprises dans les régions polaires pour donner à voir la magnifique faune qu'elles abritent, et les menaces qui pèsent sur les espèces animales. Lors d'une récente expédition, Bertie Gregory s'attendait à ce que toute la zone parcourue soit couverte de glace, « pas seulement d'icebergs, mais de glace de mer. Toute cette étendue devrait être gelée, mais elle ne l'est pas cette année. »

« Ce qui se passe en Antarctique ne reste pas en Antarctique » souligne Catherine Ritz, directrice de recherche au CNRS et glaciologue. « Nous estimons qu'il existe un potentiel d'instabilité qui pourrait être un point de bascule et de non-retour. »

Le 10 novembre dernier, Bertie Gregory s'est rendu au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, où se tenait le premier sommet international consacré aux glaciers et aux pôles, le One Planet Polar Summit. Lancé à l'initiative de l'Elysée, le One Planet Polar Summit avait pour ambition « de proposer un cadre nouveau, pragmatique et efficace, pour contribuer à amplifier et à renouveler la coopération internationale en faveur de la transition écologique. » Bertie Gregory a pu interroger le président Emmanuel Macron à cette occasion. 

National Geographic était au One Planet Polar Summit

« Ce que nous voulons faire » a déclaré Emmanuel Macron à National Geographic, « c'est protéger la cryosphère, les glaciers, les Pôles. La première façon de le faire est de protéger nos propres territoires : 100 % de nos glaciers sont déjà protégés, mais seulement 60 % bénéficient d'un niveau de protection élevé. Nous passerons donc de 60 % à 100 %. Deuxièmement, nous avons mis en place cette coalition précisément pour engager un grand nombre de pays à travailler avec nous sur la recherche. » 

Ce sommet pour les pôles a en effet abouti à un « appel de Paris pour les pôles et les glaciers », à la formation d'une coalition de villes côtières et d'États insulaires déjà menacés par la montée du niveau de la mer, et au financement d'une « décennie de la recherche polaire et glaciaire » (2025-2035) soutenu par l'Unesco et l'Organisation météorologique mondiale.

« J'ai décidé d'investir un milliard d'euros dans notre stratégie polaire pour l'Arctique et l'Antarctique » a par ailleurs déclaré Emmanuel Macron à Bertie Gregory, avant de réitérer cette annonce lors de son discours de clôture du sommet, vendredi 10 novembre dernier. 

« Il est important de travailler, au-delà de la folie de cette époque, avec toutes les grandes puissances. Maintenant, les points critiques sur lesquels nous devrons exercer une pression portent sur la conservation et la préservation » a poursuivi le président français. « Nous devons décarboner. Nous devons nous conformer à l'accord de Paris. Il s'agit d'une crise multiple aux répercussions multiples, et nous devons assurer le suivi de tout cela. Mais il est très important de rester engagés sur la biodiversité et le changement climatique et de nous assurer que nous nous engageons avec toutes les grandes puissances. C'est donc une question d'action. Je sais que je ne serai pas Président pour toujours. Et je vais devoir expliquer ce que j'ai fait durant cette période. Je ne veux donc pas passer des décennies à dire que je suis désolé, ou que je ne savais. Ce n'est pas vrai, on savait. »

Une équipe d'explorateurs à bord du Polar Sun voyage à travers les eaux arctiques pour retracer la route de Sir John Franklin, un officier de la marine britannique qui a mené une expédition vouée à l'échec à travers l'Arctique canadien en 1847.

PHOTOGRAPHIE DE Renan Ozturk, Nat Geo Image Collection

L'Élysée n'a pour le moment pas donné le détail de la répartition des financements annoncés. L'on sait cependant que la station Dumont d'Urville, une base scientifique française située en Antarctique, en terre Adélie, devrait être reconstruite et que la station franco-italienne Concordia, construite sur le site du Dôme C en Antarctique, devrait être rénovée. Une cinquantaine de millions d'euros devrait être destinée à la construction d'un nouveau navire océanographique à capacité glace, baptisé « Le Michel Rocard », en hommage à l'ancien Premier ministre socialiste (de 1988 à 1991). L'Institut polaire Paul-Émile Victor, l'agence de moyens et de compétences au service de la recherche scientifique dans les régions polaires, verrait son budget renforcé. Par ailleurs, une aire marine « de grande ampleur pour la haute mer en Arctique » pourrait être créée.

En marge du One Planet Polar Summit, une centaine de scientifiques, d'associations et de personnalités publiques ont signé un autre appel contenant quatre propositions adressées à Emmanuel Macron : la reconnaissance d'une personnalité juridique pour les glaciers, l'introduction d'enseignements scolaires pour sensibiliser à leur protection et renforcer la connaissance du cycle de l'eau, l'instauration d'un cadre de protection pour les écosystèmes post-glaciaires pour éviter leur exploitation commerciale, enfin l'interdiction ou l'arrêt définitif d'aménagements pouvant les affecter.

« Les événements comme [le One Planet Polar Summit] sont très importants parce qu'ils rassemblent des scientifiques de premier plan et des décisionnaires qui doivent s'unir pour trouver des solutions » estime Berthie Gregory. « Déterminer comment nous allons résoudre la crise climatique et redonner de la stabilité aux régions polaires. Les dirigeants du monde entier ont passé beaucoup de temps à discuter de ces sujets. Le temps est venu de passer à l'action. »

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