Surpêche : l'aquaculture est-elle une solution durable ?

Des algues aux poissons en passant par les coquillages, de nombreux produits de la mer sont aujourd'hui cultivés dans le but de répondre aux besoins croissants de la population humaine.

De Hannah Farrow
Publication 22 avr. 2023, 11:00 CEST
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Des cages à poissons sortent de l'eau pour être nettoyées dans une ferme piscicole en pleine mer à Colón, au Panama. Il s'agit de l'une des nombreuses méthodes d'aquaculture, c'est-à-dire de l'élevage d'organismes aquatiques qui vise à assurer l'abondance des produits de la mer dans notre alimentation.

PHOTOGRAPHIE DE Brian J. Skerry, Nat Geo Image Collection

L’aquaculture consiste à élever des organismes aquatiques, animaux et végétaux, pour la consommation humaine, mais aussi pour la conservation.

Datant de plus de 4 000 ans, l’aquaculture s’est progressivement étendue de la Chine au reste du monde, et gagne fortement en popularité depuis le début du 21e siècle. Aujourd’hui, il s’agit de l’industrie de production de protéines qui connaît la croissance la plus rapide au monde. Plus de 50 % des produits de la mer cultivés dans le monde proviennent de l’aquaculture.

« Il n’y a plus de débat », affirme Daniel Benetti, directeur de l’aquaculture à l’Université de Miami. « L’aquaculture n’ira nulle part. Elle est entrée dans la norme. »

Alors que la surpêche menace les eaux de la planète et les espèces qui en dépendent, l’aquaculture pourrait être la solution qui permettrait aux pêcheurs de rester en mer, et nous permettrait d’avoir de la nourriture dans nos assiettes. Voici ce qu’il faut savoir.

Un plongeur inspecte le varech élevé dans une ferme aquacole au large de l'île de Vancouver, au Canada. Certains spécialistes affirment qu'il est temps de se tourner vers le varech, facile à cultiver et respectueux de l'environnement, pour répondre à nos besoins en protéines.

PHOTOGRAPHIE DE Brian J. Skerry, Nat Geo Image Collection

 

L'AQUACULTURE D'ALGUES

Bien que l’Asie soit le plus grand producteur d’algues de la planète, les fermes aquacoles destinées à cultiver ces végétaux, dont nous comprenons de mieux en mieux les valeurs nutritionnelles, gagnent du terrain dans le monde entier.

Les macroalgues sont particulièrement faciles à cultiver, car elles ne requièrent pas beaucoup d’attention. La laminaire sucrée, l’algue la plus produite aux États-Unis, est principalement cultivée sur des cordes horizontales parsemées de spores et immergées à plusieurs mètres sous la surface de l’eau. Il s’agit d’une culture annuelle à croissance rapide, et sa période de récolte s’étend sur deux mois.

Lorsqu’elles sont prêtes, les aquaculteurs récoltent les algues en remontant les cordes afin de les couper. Le plus souvent, la laminaire sucrée est vendue fraîche, et directement auprès des restaurants.

Selon les spécialistes, cette aquaculture présente peu d’inconvénients. « La culture des algues et l’ensemble de l’aquaculture marine produisent beaucoup moins d’émissions de carbone que l’agriculture terrestre et l’élevage de bétail », explique Anoushka Concepcion, professeure adjointe en aquaculture marine à l’Université du Connecticut. Elles constitueraient même un outil efficace contre le changement climatique.

Gauche: Supérieur:

Des poissons d'eau douce juvéniles (Catlocarpio siamensis) sont élevés sur terre dans des étangs à la station de Bati de l'Administration cambodgienne des pêches.

PHOTOGRAPHIE DE Linh Pham, Nat Geo Image Collection
Droite: Fond:

Des travailleurs récoltent des poissons-chats dans un étang de pisciculture dans la ville d'Itta Bena, dans le Mississippi. L'un des problèmes liés à l'élevage dans des étangs sur terre est que les poissons sont plus vulnérables face aux prédateurs.

PHOTOGRAPHIE DE Brian J. Skerry, Nat Geo Image Collection

 

L’AQUACULTURE DE COQUILLAGES

Que ce soit par l’élevage d’huîtres, de palourdes ou de moules, l’aquaculture permet également de garantir que nous disposons d’une quantité suffisante de coquillages frais à manger, tout en contribuant à la propreté de nos océans.

Les aquaculteurs se procurent leurs naissains dans une écloserie, où les coquillages sont élevés jusqu’à atteindre une taille suffisante pour être « plantés ». Une fois dans une exploitation, les coquillages, comme les algues, n’ont besoin d’être ni nourris ni fertilisés ; l’océan leur offre naturellement tout ce dont ils ont besoin. Les méthodes ne sont toutefois pas les mêmes en fonction des types de mollusque.

Les moules : Le plus souvent, les moules sont cultivées à la surface de l’eau, sur des cordes pendant depuis une barge ou une structure flottante. Ces cordes sont recouvertes de naissains de moules puis placées dans l’eau, où ces dernières mettront environ deux ans à atteindre la taille à laquelle elles seront vendues.

Les huîtres : Certains aquaculteurs cultivent les huîtres dans des poches ou des cages qui flottent à la surface de l’eau. D’autres installent des lignes sous la surface, un peu comme une corde à linge à laquelle sont attachées des poches d’huîtres. Les mollusques peuvent également être cultivés sans cage, ou dans des poches au fond de la mer.

Les palourdes : Les palourdes sont cultivées exclusivement dans les fonds marins. Elles s’enfouissent dans le sable et y restent jusqu’à leur récolte, avec ou sans filet.

Des pétoncles japonais géants se nourrissent de déchets de poisson dans une ferme expérimentale au large de l'île de Vancouver, au Canada.

PHOTOGRAPHIE DE Brian J. Skerry, Nat Geo Image Collection

Dans des régions comme la Floride, les élevages de coquillages aident à éliminer les efflorescences algales nuisibles, ou « marées rouges », de l’eau. Bien que les coquillages ne soient pas comestibles lorsque de telles efflorescences ont lieu, les palourdes finissent par filtrer les toxines de l’eau, ce qui leur permet par la suite de redevenir propres à la consommation.

Les huîtres et les moules, elles aussi, ont un effet positif pour l’entretien des océans. Lorsqu’elles se nourrissent, elles éliminent en effet l’azote présent dans l’eau, ce qui a pour conséquence de la nettoyer : selon l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), en fonction de leur taille et de leur degré de bonheur, elles peuvent filtrer jusqu’à 190 litres d’eau par jour.

 

L’AQUACULTURE DE POISSONS, OU PISCICULTURE

L’élevage de poissons est le type d’aquaculture le plus complexe. Du saumon au poisson-chat en passant par le tilapia, pour obtenir des poissons en bonne santé, les éleveurs doivent être en mesure de contrôler le mieux possible l’environnement dans lequel ils vivent.

À l’origine, la plupart de ces poissons proviennent également d’écloseries : des installations de reproduction artificielle où ils sont éclos et élevés jusqu’à devenir des alevins. Ils sont ensuite transférés dans une exploitation aquacole où ils continuent à grandir jusqu’à leur récolte. En fonction de leurs besoins, les poissons peuvent être élevés dans des eaux chaudes ou froides, douces ou salées, sur terre, sur la côte ou dans l’océan.

Deux principaux types d’exploitations existent sur terre : les étangs et les systèmes d’aquaculture en recirculation.

Les étangs sont des bassins naturels équipés de digues et de canaux destinés à faire circuler l’eau, afin qu’elle ne stagne pas et reste fraîche. En Alabama, en Arkansas et dans le Mississippi, ces étangs peuvent par exemple produire jusqu’à 11 000 kilogrammes de poisson-chat par hectare, selon Anita Kelly, professeure d’aquaculture à l’Université d’Auburn. Ce mode d’élevage expose cependant les poissons à certains prédateurs, tels que les oiseaux, les serpents, les tortues et les alligators.

Un homme rentre chez lui après avoir ramassé des algues près de l'île de Coron, aux Philippines.

PHOTOGRAPHIE DE Rosem Morton

Dans les systèmes d’aquaculture en recirculation (RAS), l’eau de mer est pompée dans des filtres qui alimentent les bassins où vivent les poissons. L’eau usée est à nouveau filtrée, recyclée et réutilisée dans les bassins.

L’aquaculture côtière, quant à elle, consiste principalement en l’utilisation de parcs à filets, qui est l’une des méthodes les plus souvent associées à l’élevage de poissons.

Enfin, dans le cas de la pisciculture de pleine mer, ou aquaculture offshore, l’exploitation est établie dans des eaux profondes, selon Benetti. Ce sont les formes d’aquaculture qui exigent le plus d’entretien, raison pour laquelle elles sont bien moins nombreuses. Pour fonctionner, cette méthode nécessite également des processus innovants : les aquaculteurs utilisent des cages sphériques ressemblant à des orbes métalliques flottants, et qui contiennent des poissons en filet. Bien qu’elles puissent être amarrées ou non, elles sont généralement reliées à une barge d’alimentation munie d’un tube qui transfère la nourriture vers les poissons.

Cette photographie aérienne montre des bateaux circulant dans la zone d'aquaculture du canton de Sansha, dans le comté de Xiapu, en Chine. Au plus fort de la récolte d'automne, les bateaux parcourent une vaste zone, récoltant des produits aquatiques tels que des algues et des huîtres, et ce du lever au coucher du soleil.

PHOTOGRAPHIE DE Jiang Kehong, Xinhua, Getty Images

 

L’AVENIR DE L’AQUACULTURE

Alors que l’aquaculture continue de se développer, de nouvelles innovations voient également le jour. En 2022, la Chine, premier producteur de poissons en aquaculture, a lancé le premier navire aquacole au monde. Ce dernier se compose de quinze réservoirs, et devrait permettre de produire environ 3 700 tonnes de poissons par an. Le navire étant mobile, l’eau utilisée pour les poissons est échangée avec la mer en permanence, ce qui réduit les risques de maladie et de pollution de l’eau.

Les défenseurs de l’environnement surveillent de près la qualité de l’eau à proximité des parcs à filets où, selon eux, l’excès d’aliments et les déchets condensés des poissons constituent un risque important de pollution des écosystèmes environnants.

Pour réduire ce risque, certaines exploitations cherchent à unir leurs forces. En Norvège, par exemple, une ferme aquacole élève des saumons et des algues dans l’espoir que les végétaux absorbent l’azote et les autres nutriments expulsés par les parcs à filets, et ce afin de préserver la propreté de l’eau.

Le secteur de l’aquaculture continue de se développer rapidement, et les expérimentations se poursuivent. Les défenseurs de l’environnement et les aquaculteurs ont bon espoir que ces nouvelles innovations et techniques contribueront à nourrir notre population croissante, et peut-être même à sauver nos océans.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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