La NASA a révélé les noms des astronautes qui seront les premiers à retourner sur la Lune

La nomination par la NASA de l’équipage de la mission Artemis II est une étape cruciale pour ce programme spatial qui enverra pour la première fois depuis cinquante ans des humains sur la Lune... et sera un marchepied pour aller sur Mars.

De Michael Greshko
Publication 4 avr. 2023, 14:36 CEST
MM9498_221116_06439

Fin 2024, quatre astronautes placés dans une capsule au sommet du Space Launch System, que l’on voit ici à l’occasion d’un vol d’essai effectué en novembre, s’envoleront pour la mission Artemis II, qui durera dix jours et consistera en un survol de la Lune. Avec la nomination des membres d’Artemis II, c’est la première fois en plus de cinquante ans que la NASA dévoile un équipage lunaire.

PHOTOGRAPHIE DE Dan Winters, National Geographic

La NASA a sélectionné les quatre astronautes qui, pour la première fois en cinq décennies, embarqueront pour un périple que seules vingt-quatre personnes ont jamais effectué : un tour de Lune avant de retourner sur Terre. La nouvelle mission lunaire de l’agence spatiale américaine, Artemis II, comptera parmi son équipage la première femme, la première personne noire et la première personne non américaine à quitter l’orbite terrestre basse.

Dès novembre 2024, les astronautes de la NASA Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch, mais aussi Jeremy Hansen de l’Agence spatiale canadienne (ASC), s’élanceront pour une mission de dix jours. L’équipage, qui comprend trois pilotes et une ingénieure a été chargé de tester la nouvelle capsule lunaire de la NASA, Orion, pour son premier vol habité.

« Nous allons porter votre enthousiasme, vos aspirations, vos rêves avec nous sur cette mission, Artemis II : votre mission », a déclaré Christina Koch lors de l’événement organisé à l’occasion de cette annonce au Centre spatial Lyndon B. Johnson de la NASA à Houston, au Texas.

En 2014, durant sa mission à bord de la Station spatiale internationale, Reid Wiseman, commandant d’Artemis II, a enregistré près de treize heures de sorties extravéhiculaires.

PHOTOGRAPHIE DE Alex Gerst, NASA

Artemis II suivra un parcours similaire à celui de la mission Apollo 8 en 1968, premier vol habité vers la Lune. Après le lancement, les astronautes se retrouveront à plus de 400 000 km de la Terre, tourneront autour de la Lune et boucleront leur trajectoire en forme de huit pour revenir sur Terre. Leur trajet permettra à la NASA de préparer la mission Artemis III, une mission habitée qui doit déposer des humains à la surface de la Lune et dont le lancement n’aura pas lieu avant fin 2025.

« Nous sommes ici aujourd’hui avec pour mission de présenter l’équipage d’Artemis II au monde : quatre noms, quatre explorateurs, quatre de mes amis qui répondent à l’appel pour, une fois de plus, se propulser hors de la Terre et se frayer un chemin autour de la Lune », a déclaré lors de l’annonce le chef du Bureau des astronautes de la NASA, Joe Acabá, qui a participé à la sélection de l’équipage. « Ce vol sera exigeant, mais nous faisons face à ce défi avec l’assurance que les personnes qui travaillent à nos côtés sont à la hauteur de la tâche. »

L’annonce faite le 3 avril marque une nouvelle étape pour Artemis, le programme lunaire de la NASA, dont l’objectif est d’envoyer la première femme et la première personne non blanche sur la surface de la Lune et d’établir une présence lunaire afin de se préparer aux missions martiennes. Malgré des retards, des déboires techniques et des dépassements de budget, Artemis a engrangé un succès majeur avec le lancement d’Artemis I en novembre dernier : un vol d’essai non habité mais crucial. L’équipage d’Artemis II sera le premier à voler à bord du Space Launch System (SLS), fusée de 98 m de hauteur, et à bord de la capsule Orion.

Si Apollon et Artémis sont frère et sœur dans la mythologie grecque, Apollo et Artemis diffèrent considérablement en tant que programmes lunaires. Le programme Apollo a vu le jour dans un contexte de compétition géopolitique, la course à l’espace entre les États-Unis et l’Union soviétique. Celle-ci a pris fin avec Apollo 11 et les vols vers la Lune ont cessé moins de quatre ans plus tard.

Avec Artemis, la NASA poursuit un objectif de long terme : s’aventurer au-delà de la Terre pour y rester. À l’inverse d’Apollo, qui ciblait la région équatoriale de la Lune, l’objectif d’Artemis est d’explorer le pôle sud de notre satellite, où des régions plongées dans une pénombre permanente recèlent des dépôts de sol lunaires riches en glace. De futures missions pourraient exploiter cette ressource pour produire de l’eau, de l’oxygène et du carburant pour fusée.

En août, avant le lancement d’Artemis I, vol d’essai non habité du Space Launch System et de la capsule Orion, des astronautes et des candidats astronautes des États-Unis et du Canada se sont rassemblés devant la rampe de lancement. Contrairement à Apollo, Artemis embarquera des astronautes non américains.

PHOTOGRAPHIE DE Kim Shiflett, NASA

Artemis cherche également à envoyer un groupe plus divers d’explorateurs humains sur la Lune. Les astronautes des missions Apollo étaient tous des hommes blancs américains, pour la plupart pilotes d’essai dans l’armée. Les astronautes éligibles pour les missions Artemis représentent un spectre plus diversifié du point de vue du genre, de l’ethnicité et du corps de métier.

Pour rendre possible une exploration continue au-delà de la Terre, l’agence spatiale américaine collabore avec d’autres pays et s’appuie sur le secteur privé. Des parties cruciales du matériel, comme le module de service d’Orion, qui héberge son moteur principal et des panneaux solaires, proviennent de partenaires internationaux européens, canadiens et japonais. La NASA a également courtisé des entreprises privées pour le transport d’équipements, d’instruments scientifiques et même de ses astronautes jusqu’à la surface de la Lune.

« Nous choisissons de retourner sur la Lune, puis ensuite d’aller sur Mars, et nous allons le faire ensemble », a lancé Bill Nelson, l’administrateur de la NASA.

 

DES COMBINAISONS DE VOL BLEUES

Les quatre astronautes d’Artemis II qui monteront dans la capsule Orion apporteront chacun des années d’expérience à leur mission et révèlent la diversité actuelle du Corps des astronautes de la NASA.

Le commandant de la mission, Reid Wiseman, âgé de 47 ans, est capitaine dans l’U.S. Navy et pilote d’essai accompli sur des appareils avancés comme le F-35 Lightning II. En 2014, il a effectué une mission de 165 jours dans la Station spatiale internationale et a été chef du Bureau des astronautes de la NASA de décembre 2020 à novembre 2022. Dans le cadre de ses fonctions, Reid Wiseman a sélectionné des équipages pour des missions, mais il ne pouvait y participer lui-même. Il a repris du service en vol deux jours avant le lancement d’Artemis I, juste à temps pour prendre part au processus de sélection pour Artemis II.

Reid Wiseman a confié que son « ambition [de devenir astronaute] a été scellée » lorsqu’il a assisté à son premier lancement de navette spatiale en 2001 depuis le bord d’une route à Cocoa Beach, en Floride. « Rien n’est plus grisant que de regarder la machine la plus complexe sur Terre accélérer vers sa cible », s’est-il souvenu.

Quand on lui a demandé de réfléchir aux risques du voyage spatial lors d’une interview donnée avant un vol de la NASA en 2014, il a répondu que « la question ne se pos[ait] même pas […] Y aller et amener l’humanité plus loin qu’elle n’a jamais été, c’est tout vu. »

Comment est née notre Lune ?

Le pilote de la mission, Victor Glover, qui a 46 ans, est pilote d’essai et a manié des avions dernier cri avec la Navy pendant plus de vingt-et-un ans. Quand on l’a admis dans le Corps des astronautes en 2013, ce natif de Pomona, en Californie, était attaché parlementaire au Sénat américain dans le cadre d’un programme de la Navy. Victor Glover a été pilote et commandant en second de Crew-1, mission conjointe de la NASA et de SpaceX dont l’objectif était d’acheminer des astronautes vers la Station spatiale internationale. Dans le cadre de cette mission, il a passé 168 jours en orbite de novembre 2020 à mai 2021.

« C’est bien plus que les quatre noms qui ont été annoncés, nous devons fêter ce moment de l’histoire humaine », a-t-il déclaré lors de l’annonce. « Artemis II est plus qu’une mission vers la Lune et puis s’en va. C’est davantage qu’une mission qui doit avoir lieu avant que nous envoyions des humains à la surface de la Lune ; c’est la prochaine étape dans le périple qui emmènera l’humanité sur Mars. »

Victor Glover, pilote d’Artemis II, a passé 168 jours en orbite durant sa mission à bord de la Station spatiale internationale de novembre 2020 à mai 2021, et a réalisé quatre sorties extravéhiculaires.

PHOTOGRAPHIE DE NASA

La spécialiste de mission Christina Koch, 44 ans, est ingénieure électricienne de formation. Elle est née à Grand Rapids, dans le Michigan, et a grandi à Jacksonville, en Caroline du Nord. Après un passage au Goddard Space Flight Center (GSFC) de la NASA, elle a vécu durant une année à base antarctique américaine Amundsen-Scott. Elle a ensuite travaillé au Laboratoire de physique appliquée (APL) de l’Université Johns-Hopkins, où elle a contribué à l’élaboration d’instruments pour la mission Juno de la NASA, puis dans des bases scientifiques administrées par l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA).

De mars 2019 à février 2020, Christina Koch a effectué une mission de 328 jours à bord de la Station spatiale internationale : le plus long vol réalisé par une femme à l’heure actuelle. En octobre 2019, Christina Koch et l’astronaute Jessica Meir, une de ses collègues de la NASA, ont effectué les premières sorties extravéhiculaires exclusivement féminines. Christina Koch a souligné « combien il est magnifique qu’en tant qu’espèce, qu’en tant qu’humanité, nous entreprenions cela maintenant, que nous ayons décidé que c’est important », dans un entretien accordé à National Geographic au mois de novembre.

Durant sa mission record de 328 jours à bord de la Station spatiale Internationale de mars 2019 à février 2020, Christina Koch, spécialiste de mission d’Artemis II, a contribué à des centaines d’expériences scientifiques en apesanteur.

PHOTOGRAPHIE DE NASA

Autre première pour un vol spatial habité, un non-Américain volera au-delà de la basse orbite terrestre. L’ASC va construire un bras robotique avancé pour une petite station spatiale répondant au nom de Getaway qui orbitera autour de la Lune. En échange, les États-Unis ont accepté d’embarquer un astronaute canadien sur Artemis II.

Cette place et cet honneur historique reviendront au spécialiste de mission d’Artemis II, Jeremy Hansen, membre de la classe d’astronautes conjointe de la NASA et du CSA de 2009. Colonel des Forces armées canadiennes et pilote de chasse, ce Canadien de 47 ans est membre du Corps des astronautes. Il a officié au centre de contrôle de mission de la Station spatiale internationale et, en 2017, il a supervisé une classe de treize astronautes candidats de la NASA et de l’ASC ; il s’agit du premier Canadien à occuper cette fonction. Mais Jeremy Hansen n’est jamais allé dans l’espace, ce qui fait d’Artemis II une mission particulièrement symbolique pour lui.

« Je n’ai pas souvenir d’une période de ma vie où je n’aie voulu devenir astronaute », confiait-il dans une vidéo de l’ASC retraçant son parcours de vie. « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fasciné par l’exploration spatiale. J’ai regardé une photo de Neil Armstrong debout sur la Lune, et je voulais voir ce que cela ferait de quitter cette planète, de la regarder de là-haut. »

 

UNE SEMAINE ET DEMI POUR FAIRE UN TOUR DE LUNE ET REVENIR

Ces quatre astronautes embarqueront pour une mission de dix jours environ autour de la Lune avant de revenir sur Terre. Après son lancement depuis le sommet de la fusée SLS, plus puissante que la Saturn V des missions Apollo, l’équipage tournera autour de la Terre deux fois à bord de la capsule Orion. Leur première orbite ne durera que 90 minutes ; la seconde, une ellipse de 42 heures, emmènera Orion de 320 à 96 000 km de la Terre.

Durant la seconde orbite, l’équipage mettra Orion à l’épreuve : la capsule devra s’approcher et s’éloigner de l’étage supérieure du SLS pour s’entraîner à des manœuvres d’amarrage dont les futures missions auront besoin. Ils vérifieront également les moyens d’entretien artificiel de la vie de la capsule. Une fois qu’Orion aura reçu son certificat de santé, elle pourra entamer son trajet de quatre jours vers la Lune. Quand Orion survolera la face cachée de notre satellite, l’équipage se trouvera à une altitude de 4 500 km environ au-dessus de la surface lunaire.

Jeremy Hansen, ici en compagnie du Premier ministre canadien Justin Trudeau et de sa fille Ella Grace lors d’une visite d’un centre de l’Agence Spatiale Canadienne en 2019, sera le premier non-Américain à sortir de l’orbite terrestre basse.

PHOTOGRAPHIE DE Christinne Muschi, Reuters, Redux

L’équipage de la mission Artemis II entamera ensuite un nouveau voyage de quatre jours pour revenir sur Terre. Comme pour Apollo 8, cette partie du circuit consistera en une trajectoire dite de « retour libre », ce qui signifie que la capsule n’aura pas besoin d’allumer ses moteurs pour se propulser. Après une descente enflammée dans l’atmosphère à plus de 40 000 km/h, Orion amerrira dans l’océan Pacifique près des côtes américaines et mexicaines.

Cette semaine et demi à bord d’Orion sera tout sauf une partie de plaisir pour l’équipage. Aucun humain n’a jamais volé à bord d’Orion auparavant, et la mission est conçue pour pousser les capacités de la capsule. Par exemple, tout au long du vol, l’équipage devra faire de l’exercice physique pour produire de hautes quantités de CO2 et de la vapeur d’eau afin de tester les systèmes de maintien artificiel de la vie d’Orion.

Mais l’équipage aura à relever d’autres défis. Par exemple, le maintien d’un rythme de sommeil convenable nécessitera de bons pare-soleils et de la volonté. En effet, Orion n’échappera aux rayons du Soleil que deux fois : durant la première orbite autour de la Terre et en passant derrière la Lune.

La NASA teste d’ores et déjà la façon dont les équipages des missions Artemis vont fonctionner sur la Lune : en octobre 2022, les astronautes Zena Cardman (à gauche) et Drew Feustel (à droite) ont travaillé dans un environnement simulant les conditions lunaires dans un champ volcanique de l’Arizona.

PHOTOGRAPHIE DE Dan Winters, National Geographic

L’équipage d’Artemis II devra aussi composer avec un isolement inédit pour le 21e siècle, car il se trouvera à plus de 400 000 km du reste de l’humanité. La bonne entente de l’équipage sera essentielle. Cependant, Artemis II aura un accès privilégié à la Terre par comparaison avec Apollo. Orion volera avec un système de communication laser qui devrait octroyer à la capsule assez de bande passante pour permettre des transferts de données rapides ; et peut-être des appels vidéo en temps réel.

Ce vol lunaire est la prochaine étape critique des missions Artemis, mais c’est loin d’être le dernier. Quarante-et-un astronautes de la NASA sont actuellement éligibles pour des missions lunaires, et une nouvelle classe est en formation. La NASA a ébauché des plans jusqu’à Artemis VIII au moins. L’affectation d’un équipage à Artemis II rend les ambitions lunaires de la NASA d’autant plus tangibles, en particulier pour les personnes qui donneront le coup d’envoi de la mission.

« Nous sommes au bord du formidable précipice d’une nouvelle ère », s’est réjouie Christina Koch. 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

loading

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage® & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2024 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.