Dysfonctionnement de l'atterrisseur lunaire Peregrine : la NASA ne se dit pas (encore) inquiète

Construit par une entreprise privée, ce robot, qui aurait été le premier atterrisseur lunaire américain à se poser sur la Lune depuis 1972, a souffert d’un problème moteur. Les entreprises sollicitées par la NASA sont-elles à la hauteur ?

De Joe Pappalardo
Publication 10 janv. 2024, 10:25 CET
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Décollage de la fusée Vulcan de la société United Launch Alliance depuis Cap Canaveral, en Floride, le 8 janvier 2024. La fusée a réussi à envoyer dans l’espace un atterrisseur lunaire, mais ce dernier a souffert d’une anomalie peu après le lancement.

PHOTOGRAPHIE DE Joe Skipper, Reuters, Redux

Après un lancement réussi à 2:18 (ET) depuis la Floride ce lundi 8 janvier, un atterrisseur lunaire construit et exploité par la société spatiale Astrobotic a subi une anomalie moteur et a échoué à positionner correctement ses panneaux solaires vers le Soleil. Les contrôleurs ont corrigé l’orientation de l’engin spatial, mais ont ensuite confirmé une « perte critique de propergol », ce qui compromet la mission du module sur la Lune.

L’atterrisseur Peregrine, commandé par la NASA, devait se poser près du pôle Sud de la Lune le 23 février. En cas de succès, cela aurait été la première mission américaine d’alunissage depuis la mission Apollo 17, en décembre 1972, et du premier alunissage réalisé par une société privée.

Mais peu après que l’atterrisseur s’est séparé de l’étage supérieur de la fusée, les contrôleurs ont constaté qu’ils ne pouvaient pas orienter le module lunaire vers le Soleil en raison d’une « anomalie » au niveau de ses propulseurs, qui menace « la capacité du module à se poser en douceur sur la Lune ».

L’atterrisseur lunaire Peregrine d’Astrobotic le 21 novembre 2023, avant qu'il ne soit encapsulé dans la coiffe (ou pointe) de la fusée Vulcan de United Launch Alliance.

PHOTOGRAPHIE DE United Launch Alliance, NASA

« Chaque succès et revers sont des occasions d’apprendre et de grandir », a déclaré Joel Kearns, administrateur associé adjoint pour l’exploration à la NASA, dans un communiqué. « Nous utiliserons cette leçon pour intensifier nos efforts en vue de faire progresser la science, l’exploration et le développement commercial de la Lune ».

Bien qu’il s’agisse d’une mauvaise nouvelle pour la NASA et l’industrie spatiale commerciale américaine, le lancement de Peregrine marque le début de plusieurs expéditions privées visant à étudier le pôle sud lunaire, où devraient se dérouler les missions habitées du programme Artemis de la NASA. Un autre atterrisseur lunaire financé par la NASA, construit par la société Intuitive Machines, installée à Houston, devrait décoller le mois prochain. La société Astrobotic prévoit quant-à-elle d’autres tentatives dans le courant de l’année.

« J’aimerais préciser que j’ai vendu ce programme avec une probabilité de 50 % [de réussite] », a déclaré Thomas Zurbuchen, ancien administrateur associé de la NASA qui a dirigé le programme de l’agence visant à financer des engins lunaires privés, à National Geographic avant le lancement. Ce programme, baptisé Commercial Lunar Payload Services (litt. Services de charges utiles lunaires) ou CLPS, vise à tirer parti de l’industrie privée pour acheminer du fret vers la Lune, de la même manière que les entreprises approvisionnent la Station spatiale internationale.

Le vendredi 5 janvier 2024, la fusée Vulcan de United Launch Alliance transportant l’atterrisseur lunaire Peregrine d’Astrobotic a été déployée sur le pas de tir de la station spatiale de Cap Canaveral en Floride.

PHOTOGRAPHIE DE Ben Smegelsky, NASA

Outre plusieurs instruments de la NASA, l’atterrisseur Peregrine transporte à son bord du fret provenant de sept pays, dont notamment un détecteur de radiations fabriqué par l’agence spatiale allemande, cinq rovers miniatures pour l’agence spatiale mexicaine et de petites portions de restes humains. La nation Navajo s’est opposée à l’envoi de ces restes, qui comprennent ceux du créateur de Star Trek, Gene Roddenberry, et de l’auteur de science-fiction Arthur C. Clarke, car de nombreuses communautés indigènes considèrent la Lune comme sacrée.

Aujourd’hui, nous savons que l’atterrisseur a peu de chances de réussir à se poser sur la Lune, mais d’autres missions privées attendent dans les coulisses. « Ma stratégie était la suivante : le programme CLPS ne sera en difficulté qu’après le troisième échec », a déclaré Zurbuchen.

 

TESTER PLUSIEURS ROBOTS LUNAIRES

En mars 2018, la NASA a annoncé le programme CLPS et a commencé à financer des entreprises pour concevoir et construire la prochaine génération de véhicules spatiaux lunaires abordables.

« Ce que j’espérais lorsque nous avons eu cette idée, c’était de créer et de développer une série d’entreprises qui pourraient être disponibles pour Artemis », explique Zurbuchen, qui dirige aujourd’hui l’École polytechnique fédérale de Zurich, une université publique de recherche en Suisse. « N’oubliez pas que lorsque vous atterrissez sur la Lune dans l’objectif d’y rester longtemps, la livraison du fret est tout aussi importante que dans la Station spatiale [internationale]. »

Décollage de la fusée Vulcan de l’ULA depuis la station spatiale de Cap Canaveral, en Floride, le 8 janvier 2024. Le lancement de la fusée a été un succès et a permis d’envoyer dans l’espace l’atterrisseur Peregrine, qui a ensuite subi un problème moteur.

PHOTOGRAPHIE DE Joe Skipper, Reuters, Redux

Le défi technique que représente un alunissage est plus difficile à relever qu’un amarrage à la Station spatiale internationale, et historiquement, de nombreux véhicules se sont écrasés en essayant de se poser sur la Lune. Non seulement il n’y a pas d’atmosphère pour ralentir un véhicule spatial à l’aide de parachutes, mais en plus l’attraction de la gravité augmente la vitesse lors de la descente, et une grande partie de la surface lunaire est parsemée de blocs rocheux. Même en plein soleil, les ombres et les reflets peuvent perturber les caméras et les capteurs d’atterrissage.

Les tentatives d’alunissage de ces dernières années se sont soldées par autant d’échecs que de réussites. Trois engins spatiaux chinois et l’atterrisseur indien Chandrayaan 3 se sont posés sans encombre sur la surface lunaire, mais d’autres atterrisseurs israéliens, indiens et russes, ainsi qu’un engin spatial japonais privé, se sont tous écrasés.

Le fait de disposer de plusieurs atterrisseurs en service est au cœur même de la stratégie du CLPS. Au lieu de financer un seul engin construit selon des normes rigides, le programme a permis à plusieurs entreprises de créer leurs propres atterrisseurs et d’accepter un risque d’échec plus élevé. « Nous avons délibérément adopté une approche plus légère », a déclaré Zurbuchen à propos de la supervision de la NASA sur l'ingénierie. 

 

UNE NOUVELLE FAÇON D’EXPLORER LA LUNE

Le programme CLPS a été une aubaine bienvenue pour Astrobotic. L’entreprise installée à Pittsburgh a été fondée en 2007 par Red Whittaker, professeur à l’université Carnegie Mellon, dans le seul but de remporter le Google Lunar X-Prize. Pour prétendre à cette récompense de 20 millions de dollars, une entreprise privée devait faire atterrir sur la Lune un rover capable de parcourir environ 500 mètres et de transmettre des images haute définition à la Terre.

En 2018, encore personne n’y était parvenu. Mais le nouveau programme de la NASA visant à financer des entreprises spécialisées dans l’alunissage a été annoncé juste au moment où le X-Prize touchait à sa fin. Astrobotic a remporté son premier contrat dans le cadre du CLPS en mai 2019, rendant ainsi de nouveau pertinentes des décennies de travail. « Le CLPS a été une très grosse affaire pour nous », a déclaré John Thornton, PDG d’Astrobotic, avant le premier lancement de l’entreprise. « Nous travaillions pour un récompense qui ne pouvait pas financer la mission. »

Deux autres entreprises ont également remporté les premiers contrats en lien avec le CLPS. L’une d’entre elles a fait faillite, mais l’atterrisseur Nova C d’Intuitive Machines, une société installée à Houston, est prêt à être lancé le mois prochain. Avant le CLPS, « rien n’était développé ici en termes de programmes lunaires, et maintenant nous avons notre première mission », a déclaré Steve Altemus, PDG d’Intuitive Machine, à National Geographic fin 2023. « Dans le temps qu’il faut pour obtenir un diplôme de premier cycle, nous avons construit tout un programme lunaire. »

Avec la première tentative de lancement effectuée dans le cadre du CLPS, les États-Unis s'apprêtent, selon l'engouement mondial, à retourner sur la Lune. Ces dix prochaines années, les agences spatiales et des entreprises américaines et d’autres pays prévoient de nombreuses missions vers la surface lunaire.

« Sincèrement, on ne sait pas encore très bien comment cela va se passer », a concédé Zurbuchen avant le lancement. « C’est un grand pas en avant, mais je pense que nous sommes prêts à le faire. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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